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Comment les migrants servent à canaliser la colère des Russes

Un employé municipal déblaye la neige devant le siège du ministère russe des Affaires étrangères à Moscou, le 14 janvier 2025. (Photo d'archive)
Un employé municipal déblaye la neige devant le siège du ministère russe des Affaires étrangères à Moscou, le 14 janvier 2025. (Photo d'archive)Image: Alexander NEMENOV / AFP

«Les migrants sont devenus l'ennemi canalisant la colère des Russes»

Surveillance numérique, pots-de-vin, tests de russe et violences: en Russie, les migrants, principalement originaires d’Asie centrale, décrivent une vie faite de discriminations et d’obstacles à leur intégration.
19.01.2026, 17:0119.01.2026, 17:01
Victoria LOGUINOVA-YAKOVLEVA, Russie / AFP

Des «pots-de-vin» à verser et de la surveillance numérique: le quotidien d'Alym, chauffeur de taxi kirghize près de Moscou, est fait de vexations. Une réalité que connaissent nombre de migrants en Russie, qui dénoncent les barrières à leur intégration.

Alym, âgé de 38 ans et père de deux enfants, se désespère de la situation:

«La police réclame tout le temps des pots-de-vins, pour chaque document, chaque tampon: enregistrement à une adresse en Russie, brevet, permis de travail.»

Un quotidien entaché

Selon lui, les pots-de-vins vont parfois jusqu'à 25 000 roubles (260 francs) pour un seul document. Il soupire:

«Nous devons payer, payer, payer pour tout»

Chaque jour, Alym doit envoyer sa géolocalisation aux autorités via un logiciel spécial, Amina. Il explique:

«Si tu ne le fais pas trois jours de suite, tu es inscrit sur une liste noire qu'il est difficile de quitter.»

L'inclusion dans cette liste, appelée «registre des personnes contrôlées» dont la présence en Russie est jugée illégale, prévoit le blocage des comptes bancaires et peut entraîner le licenciement et l'exclusion d'universités, voire l'expulsion.

Selon le ministère de l'Intérieur, la Russie, pays de 146 millions d'habitants, compte plus de 6,5 millions d'étrangers. Une bonne partie d'entre eux vient des anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale: du Kirghizstan, comme Alym, du Tadjikistan, d'Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Turkménistan.

Une politique qui crée la stupeur

En octobre dernier, Vladimir Poutine a approuvé une nouvelle «politique d'Etat» visant à «limiter la présence en Russie des membres de familles» des immigrés, afin de «réduire la charge sur les systèmes social et médical».

Anna Orlova, professeur de russe aux «Enfants migrateurs», un projet non-gouvernemental d'aide aux enfants de migrants, juge:

«Nous devrions, au contraire, être heureux que les migrants viennent chez nous. Cela veut dire que l'économie russe se développe.»
Sur cette photo collective diffusée par l'agence d'Etat russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine assiste à une messe de Noël dans une église de la région de Moscou, le 7 janvier 20 ...
Sur cette photo collective diffusée par l'agence d'Etat russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine assiste à une messe de Noël dans une église de la région de Moscou, le 7 janvier 2026.Image: VYACHESLAV PROKOFYEV / POOL / AFP

Elle dénonce le test de russe instauré l'an dernier pour les enfants de migrants. La réussite à cet examen extrêmement difficile conditionne ensuite leur scolarisation.

Or, selon le Service fédéral de contrôle de l'éducation, plus de 87% des enfants de migrants n'ont pas pu être scolarisés en 2025 à cause des obstacles bureaucratiques et… du test de russe. Orlova s'insurge:

«Le ministère de l'Education a fixé comme objectif de ne plus accepter d'élèves non-russes dans les écoles. C'est complètement fou!»

Des brimades à l'école

La fille d'Alym, le chauffeur de taxi, devra bientôt passer ce test. Pour son fils adolescent, «ça ne se passe pas toujours bien». Récemment, il a été tabassé par ses camarades russes. En décembre, dans une école près de Moscou, un adolescent adepte de l'idéologie néonazie a tué à coups de couteau un garçon tadjike âgé de 10 ans.

Svetlana Gannouchkina de l'ONG de défense des droits des migrants «Aide Civile», estampillée «agent de l'étranger» par les autorités, relève:

«La vie d'un migrant en Russie est dure. Le migrant est devenu un ennemi qui canalise le mécontentement de la société provoqué par l'offensive russe en Ukraine et ses conséquences économiques.»
«On tente de nous convaincre qu'ils nous volent nos emplois, qu'ils font du dumping avec nos salaires»

Un mépris des migrants qui grandit encore

La nouvelle politique russe envers les migrants «est imprégnée de peur», surtout après l'attentat du Crocus City Hall près de Moscou en mars 2024, qui avait fait 149 morts, relève Gannouchkina. Les quatre assaillants présumés, jugés depuis l'été dernier, sont originaires du Tadjikistan.

Le rejet des migrants permet aussi à certains partis de prospérer. A l'image du LDPR, une formation ultra-nationaliste, alliée de Russie unie, le parti du président russe.

Son chef, Léonid Sloutski, tranche sur sa chaîne Youtube:

«Je voyage tout le temps dans les provinces, et l'immigration illégale est souvent la première question évoquée par nos concitoyens. On en a marre de cette situation.»

Sloutski accuse les migrants de «violer l'ordre public et les traditions» de la société russe et il soutient un projet de loi qui vise à interdire aux migrants de venir en Russie avec leurs familles. Sollicité, il s'est refusé à tout commentaire.

Léonid Sloutski.
Léonid SloutskiImage: Imago

Le chauffeur de taxi va, lui, quitter la Russie en 2030, le temps de rembourser son prêt immobilier au Kirghizstan. Alym affirme:

«Beaucoup de mes compatriotes sont déjà rentrés, parce que leurs enfants n'ont pas été admis à l'école.»

Après quatre ans en Russie, il a finalement renoncé à essayer d'obtenir la citoyenneté russe:

«Je ne veux pas être mobilisé pour aller combattre en Ukraine. La loi kirghize interdit le mercenariat»
L'attentat contre le Crocus City Hall à Moscou
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L'attentat contre le Crocus City Hall à Moscou
L'attaque contre le Crocus City Hall, à Moscou, a fait 137 morts.
source: sda / dmitry serebryakov
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Moscou envoie des animaux au front
Video: watson
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