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Après le Venezuela, même les blogueurs prorusses perdent espoir

Ce n'est qu'en mai 2025 que Nicolás Maduro, président du Venezuela, et Vladimir Poutine ont signé un accord de soutien au Kremlin. Aujourd'hui, le prochain ami dictateur du Kremlin est  ...
Ce n'est qu'en mai 2025 que Nicolas Maduro, président du Venezuela, et Vladimir Poutine ont signé un accord de soutien mutuel au Kremlin.Image: Imago

«Cela révèle la faiblesse réelle de la Russie»

La chute de Nicolas Maduro a fait naître une amère certitude chez de nombreux analystes russes: le Kremlin n'a plus les moyens de protéger ses alliés.
06.01.2026, 17:0006.01.2026, 17:31
Bojan Stula / ch media

En Russie, la chute du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro est de plus en plus interprétée comme une défaite stratégique majeure pour le Kremlin. Des blogueurs militaires prorusses et des analystes influents soulignent désormais l’échec des ambitions de Moscou.

Plus encore, ils constatent l’incapacité actuelle de la Russie à soutenir concrètement ses partenaires les plus proches.

Une désillusion désormais impossible à ignorer

Plusieurs voix influentes de la sphère pro-Kremlin n’épargnent plus la politique étrangère menée ces dernières années par la Russie. Sur Telegram, l’essayiste Maxim Kalachnikov déplore l'«effondrement d’une politique étrangère guidée par la mise en scène et la communication».

Selon lui, près de 20 milliards de dollars auraient été engloutis dans le «régime pseudo-socialiste» vénézuélien, aspirés par un «trou noir» sans aucun retour pour l’économie russe ni pour ses intérêts stratégiques.

Kalachnikov rappelle que ce type d’erreurs s’est déjà produit ailleurs, notamment en Syrie. Il s’attaque à des projets russes qu’il juge absurdes: «Construire des bases navales en Syrie ou au Soudan, alors que nous n’avons même pas de véritable marine», ironise-t-il, en référence à la base de Tartous, aujourd’hui largement inopérante.

Un cinglant constat d'échec

A ses yeux, Moscou a surtout manqué des occasions décisives. Au lieu de concentrer ses forces sur ses objectifs prioritaires en Ukraine, la Russie aurait dispersé ses moyens dans des zones éloignées. Le constat est sévère: Odessa, Kherson et Mykolaïv restent sous contrôle ukrainien, la Transnistrie est isolée, l’influence russe s’effrite dans le Caucase du Sud et en Asie centrale, tandis que la Finlande et la Suède ont rejoint l’Otan.

Kalachnikov évoque un «automne du patriarche», une métaphore à peine voilée de l’affaiblissement du pouvoir de Vladimir Poutine.

Le blogueur Alexandre Kartavykh se montre tout aussi implacable. Le régime Maduro, affirme-t-il, était financièrement exsangue, incapable même de rémunérer ses propres forces de sécurité. Les prêts et investissements russes à Caracas s’apparenteraient, selon lui, à de l’argent donné «à un sans-abri en espérant qu’il rembourse sa dette un jour». Sa conclusion est sans concession: il faut acter les pertes et exiger des comptes.

Un moyen de faire barrage à la Russie

Pour d’autres observateurs, la chute de Maduro n’est qu’un épisode de plus dans une série de revers géopolitiques. Le blogueur Ghost of Novorossiya dresse la liste de ces échecs: fin 2024, la chute du régime d’Assad en Syrie; à l’été 2025, les lourds dommages infligés à l’Iran par des frappes américano-israéliennes; et désormais, le Venezuela.

Selon cette analyse, l’Occident ciblerait méthodiquement les alliés les plus fragiles de la Russie afin de contenir Moscou et Pékin, tout en évitant une confrontation directe entre grandes puissances. Des scénarios similaires pourraient, à l’avenir, se produire en Afrique. Ghost of Novorossiya écrit:

«Les Etats-Unis ont offert au monde entier une démonstration concrète de la manière de mener des opérations spéciales visant un changement de régime.»
L'enlèvement de Nicolas Maduro ne suscite pas seulement l'émoi des blogueurs militaires russes.
L'enlèvement de Nicolas Maduro suscite l'émoi des blogueurs militaires russes.Image: Kyle Mazza / Imago

L’analyse de la Milice populaire russe est sans concession: la Russie n’aurait plus la capacité d’aider concrètement ses alliés en Amérique latine, en Afrique ou au Moyen-Orient. En pratique, tout ce qu’elle peut faire se limite à des démarches diplomatiques symboliques à l’ONU, tandis que les milliards dépensés au titre de l’«aide fraternelle» sont perdus.

Le sort de certains anciens alliés illustre cette impuissance: l’ex-président syrien Bachar el-Assad vivrait aujourd’hui à Moscou, simple spectateur des événements, et pourrait s’estimer heureux d’avoir pu s’enfuir à temps.

Incertitude quant à un «match nul» en Ukraine

Pour de nombreux blogueurs de guerre russes, la chute de Maduro a agi comme un électrochoc, révélant «la faiblesse réelle de la Russie», comme le résume un analyste sur X. Le renversement du gouvernement vénézuélien est presque unanimement perçu comme une défaite stratégique pour Moscou.

Au-delà des pertes financières, c’est «l’avenir même de la Russie» qui serait en jeu. Des alliés clés, la Syrie, l’Iran, le Venezuela, se détachent de l’influence russe ou sont neutralisés, sans que le Kremlin puisse véritablement agir.

Signe de ce déclin, certains commentateurs, y compris la Milice populaire russe, estiment désormais qu’un simple «match nul» en Ukraine serait déjà un succès. L’objectif principal pour Moscou est d’éviter une défaite nette. Des villes comme Kiev, Kharkiv ou Odessa sont hors de portée, et le Kremlin concentre donc ses efforts sur le reste du Donbass, espérant y obtenir une «victoire partielle». Même si cet objectif n'est pas atteint, le résultat pourra être présenté comme un «nul» acceptable, plutôt qu’une défaite totale.

L'avenir du règne de Poutine remis en question

Ces prises de position sur les réseaux sociaux ne reflètent certes qu’une partie de l’opinion russe. D’autres blogueurs dénoncent le «double discours» américain et estiment que l’enlèvement de Maduro renforce la légitimité de la guerre menée contre l’Ukraine. Mais un constat s’impose désormais, y compris dans les médias officiels: en cas de crise majeure, les alliés autoritaires de Vladimir Poutine ne peuvent plus compter sur un soutien effectif du Kremlin.

Dans un éditorial teinté de lucidité amère, le Moscow Times résume ainsi la situation:

«Vladimir Poutine savait qu’il ne pouvait pas empêcher l’opération américaine Absolute Resolve. L’effort colossal exigé par la guerre d’usure en Ukraine ne permet plus de consacrer des ressources à des fronts secondaires, une réalité que la situation en Syrie avait déjà cruellement mise en évidence.»

Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich

Le résumé de la conférence de presse de Crans-Montana
Video: watson
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