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Les médias pro-Poutine se retournent contre le chef du Kremlin

Les médias pro-Poutine se retournent contre le chef du Kremlin
Même dans le talk-show proche du Kremlin Soirée avec Vladimir Soloviev, les propos critiques sur la guerre sont autorisés.image: rossia1

Les médias pro-Poutine se retournent contre le chef du Kremlin

Depuis les défaites russes à Kharkiv et à Lyman, même les émissions TV de propagande fidèles au gouvernement ont émis des critiques sur la gestion de l'«opération spéciale». Les experts parlent d'un «changement drastique» dans l'info-sphère russe.
05.10.2022, 06:0905.10.2022, 15:16
Carl-Philipp Frank
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La perte de la ville stratégique de Lyman ainsi que les nombreuses frictions de la mobilisation partielle ont provoqué un déplacement du discours dans la sphère de l'information russe. Depuis peu, des invités d'émissions télévisées soutenus par le Kremlin émettent à leur tour des critiques. Un point crucial souvent débattu est le fait que Poutine a formellement annexé les quatre régions contestées avant qu'elles ne soient entièrement sécurisées militairement.

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Le chroniqueur Maxim Yusin a directement critiqué sur NTV le fait que Poutine «s'approprie» des territoires que la Russie ne contrôle pas: «Je ne me souviens pas d'un tel précédent dans l'histoire mondiale». Il a également qualifié de «rêveurs» ceux qui veulent «libérer» Zaporijia. NTV appartient au Gazprom Media Group, la plus grande holding de médias russes qui se trouve être proche du Kremlin.

Critiques des médias grand public

Le fait que des médias sponsorisés par l'Etat s'expriment négativement sur le déroulement de la guerre est une nouveauté. Jusqu'à présent, les «milbloggers» étaient la seule source de reportages un tant soit peu indépendants en Russie.

Les «milbloggers» sont des commentateurs privés qui diffusent leurs réflexions et leurs analyses majoritairement via Telegram. Ils ont souvent eux-mêmes un passé militaire et, contrairement aux médias classiques, expriment également des opinions critiques. Jusqu'à présent, Poutine les a laissés faire.

Cette attitude s'explique surtout par le fait que, malgré leurs critiques, ces derniers se trouvent être proches du Kremlin et se prononcent clairement en faveur de la partie russe. L'Institute for the Study of War (ISW) – un groupe de réflexion basé aux États-Unis fondé en 2007 – soupçonne Poutine de vouloir les utiliser comme boucs émissaires en cas de défaite.

Le «milblogueur» et ultranationaliste politique Igor Girkin, alias «Strelkov», s'est déjà exprimé à plusieurs reprises par le passé de manière critique sur l'action de l'armée russe.
Le «milblogueur» et ultranationaliste politique Igor Girkin, alias «Strelkov», s'est déjà exprimé à plusieurs reprises par le passé de manière critique sur l'action de l'armée russe.image: telegram

Le ton est parfois rude sur ces canaux Telegram. La journaliste du blog Anastasia Kasherova s'y est notamment insurgé: «Izioum, Balakleya, Lyman, pourquoi diable personne n'a rien fait? Pourquoi ne vous êtes-vous pas préparés pendant huit mois?» Et: «Où est le ravitaillement, où est l'Armata [le char de combat ultramoderne de l'armée russe], comment tout cela a-t-il pu arriver?». Sur la chaîne «WehearfromYanina», on peut lire:

«Oui, 70% de notre armée russe sont des idiots totalement non formés. Oui, notre armée vit depuis des décennies dans un mensonge profondément ancré»

Aujourd'hui, ce ton commence à se répandre dans les médias grand public, même s'il est beaucoup plus modéré. En plus des revers militaires, les propagandistes russes du Kremlin sont déçus par les nombreuses erreurs commises lors de la mobilisation partielle.

Selon l'ISW, un orateur invité au talk-show pro-gouvernemental «Soirée avec Vladimir Soloviev» a déclaré que l'alcoolisme était «un gros problème parmi les appelés» au combat. En raison de la formation et de l'équipement insuffisants des réservistes, on n'est pas sûr que la mobilisation ait vraiment une influence décisive. Soloviev est considéré comme un propagandiste et il figure sur la liste des sanctions de l'Union européenne.

Pour certains conscrits russes, la mobilisation se fait dans l'alcool

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En effet, les rapports sur les pertes à Kharkiv et à Lyman ont alimenté l'incertitude au sein de la population. Personne ne veut être envoyé sur le champ de bataille pour réparer des erreurs. Selon une étude du «Levada Center», une agence de sondage russe indépendante, 50% de la population russe s'inquiète d'une mobilisation totale. En février 2022, ce chiffre était encore insignifiant.

Une sphère d'information vitale pour Poutine

Comparé à la répression soviétique, Vladimir Poutine fait plutôt bonne figure. L'accès à Internet a longtemps été illimité pour les Russes et Telegram n'a pas été touché, et ce malgré les menaces de sa part d'interdire l'application si les opérateurs n'autorisaient pas de contrôles étatiques. Au lieu de cela, le Kremlin a fait confiance aux médias publics. Les journalistes, les hôtes et les invités de la télévision ont été priés de ne pas faire de reportages négatifs sur l'«opération spéciale».

Depuis le mois de mars, une loi est entrée en vigueur qui punit le «discrédit» de l'armée d'une peine pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison. Il est donc d'autant plus étonnant que les médias s'expriment désormais ouvertement de manière critique.

Les proches de Poutine retournent aussi leur veste

Samedi, Ramzan Kadyrov, le président de la République russe de Tchétchénie, a critiqué de manière extrême la défaite de Lyman et le commandant de l'offensive, Alexandre Lapine. Il a en outre exigé l'utilisation d'armes nucléaires légères pour s'emparer entièrement des républiques annexées. Evgueni Prigojine, proche de Poutine et fondateur du fameux groupe «Wagner», a approuvé les déclarations de Kadyrov. Selon lui, le commandement de l'armée devrait «combattre pieds nus et avec son fusil, sur le front».

Ces déclarations ont brisé le récit qui avait minimisé les pertes de Lyman. Le fait que les médias grand public russes aient immédiatement relayé ces deux déclarations, en aient discuté et les aient ainsi diffusées dans les salons de la population montre, selon ISW, un «changement drastique» dans l'info-sphère russe.

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L'ancien commandant du district militaire sud, Andreï Gourouliov, est même allé jusqu'à qualifier l'armée russe de «système de mensonges, du haut en bas de l'échelle» lorsqu'il était invité à un talk-show. Avant qu'il ne puisse s'expliquer davantage, sa communication a été mystérieusement interrompue.

La critique du général Lapine est aussi, volontairement ou non, une critique indirecte de Poutine. Ce dernier avait encore exprimé en juin sa pleine confiance en Lapin. Poutine et ses proches sont habituellement extrêmement silencieux lorsqu'il s'agit des qualités de leurs chefs militaires. C'est pourquoi les déclarations de Kadyrov et de Prigoschin sont d'autant plus inhabituelles.

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