Quand une insurrection gagne, elle vide souvent les prisons, remplies d'opposants au régime. La chose est vraie de la Révolution française à la rébellion syrienne, de la Bastille à la tristement célèbre prison de Saidnaya.
Mais la comparaison s'arrête là. Car l'établissement, nommé «l'abattoir humain» par Amnesy International, a été un des instruments les plus terribles de la répression du régime de Bachar al-Assad.
Les rebelles islamistes d'Abou Mohammed al-Joulani ont ouvert les portes des cellules dimanche et libéré les civils emprisonnés. Cette immense prison était destinée à détenir les opposants politiques à Bachar al-Assad. Mais toutes les idées anti-régime ne se valent pas: si une bonne partie d'entre eux était présente à Saidnaya pour raisons d'opposition politique classique ou démocratique, il n'est pas exclu d'y trouver des éléments plus radicaux.
On pense notamment à des djihadistes, y compris de l'Etat islamique. Le cruel groupe terroriste salafiste avait semé la terreur en Syrie entre 2014 et 2019 et était combattu par l'armée de Bachar al-Assad.
En 2011 déjà, au début de la guerre civile, des leaders islamistes présents dans cette prison avaient été libérés. La question se pose à nouveau en 2024. Se pourrait-il par ailleurs que des djihadistes suisses aient été remis en liberté?
Contacté, le Département fédéral des Affaires étrangères confirme à watson que plusieurs djihadistes suisses sont emprisonnés dans des geôles syriennes. Mais, selon les informations de l'office tenu par Ignazio Cassis, ils se trouvent tous dans des prisons kurdes, au nord-est du pays. Celles-ci ne sont pas concernées par la rébellion d'al-Joulani.
Ces informations correspondent aux informations diffusées par Temps Présent, en mars dernier. L'émission de la RTS révélait alors la présence de trois djihadistes masculins, d'une femme et d'un enfant. Les autorités suisses ne veulent toutefois pas les rapatrier en Suisse, le Conseil fédéral estimant que «la sécurité de l'Etat et de la population prime sur ces cas individuels».
Se pourrait-il toutefois que d'autres djihadistes suisses, qui ne sont pas passés par la case prison, soient toujours dehors dans la nature, en Syrie? L'Etat islamique est en effet encore présent dans quelques poches de résistance à l'est du pays. Le DFAE précise également:
Selon le DFAE, 60 personnes sont inscrites au registre des Suisses de l'étranger pour la Syrie et une y était de passage.
Il est toutefois à noter que des djihadistes d'autres pays occidentaux pourraient encore être présents en Syrie. Selon un rapport du Soufan Center datant de 2017, près de 1900 Français s'étaient rendus dans le pays pour faire le djihad, ou encore plus de 900 Allemands et 500 Belges.
Une partie des combattants masculins ont été tués. Des femmes et des enfants sont cependant encore sur place. En 2023, environ 80 Françaises qui avaient accompagné leur mari pour faire le djihad avaient déclaré «ne pas vouloir rentrer», note Le Point. Et Radio France notait en septembre dernier que 120 adolescents de nationalité française se trouvent dans les camps tenus par les Kurdes, au nord-est du pays.