Les habitants de Majorque en ont ras le bol du tourisme de masse. Déjà fin mai, de nombreuses plages de la populaire île méditerranéenne espagnole étaient tellement bondées que les habitants locaux, qui ont généralement l'habitude de se rendre à la mer plus tard dans la journée, avaient du mal à trouver des places de parking et devaient parcourir de longues distances à pied jusqu'à la plage.
Il voulait se rendre avec sa femme et ses deux enfants en bas âge sur la plage de rêve d'Es Trenc, à une trentaine de minutes en voiture de Palma. Mais des centaines de vacanciers étrangers ont eu la même idée — et ont été plus rapides. La famille a donc dû marcher près d'un demi-kilomètre jusqu'à la plage, lourdement chargée et avec les enfants dans les bras.
Pour de nombreux autochtones, la situation est devenue trop tendue. Ils passent désormais à la contre-offensive. La semaine dernière, quelques habitants de l'île ont lancé sur la plate-forme X une initiative intitulée «Mallorca Platja Tour». En quelques jours, l'initiative comptait déjà plus de 1600 followers. Le plan: chaque week-end, les plages de vacances populaires doivent être occupées par les locaux avant l'arrivée des vacanciers étrangers.
El Caló des Moro és un símbol de la massificació a les nostres platges, i per això l’hem escollit per anar-hi a fer capficos diumenge 16 de juny‼️
— Mallorca Platja Tour (@MallorcaPlatja) June 4, 2024
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Samedi, l'action de protestation «#Ocupemlesnostresplatges» («Occupons nos plages») a débuté sur l'une des plus belles plages de Majorque — la Platja Sa Ràpita, sur la côte sud de l'île. Dès le matin, les gens se sont rassemblés sur la plage pour bloquer les parkings locaux et s'installer entre les parasols payants. Le 16 juin, la prochaine plage devrait être occupée, ce sera l'idyllique Caló des Moro.
Le succès de samedi a toutefois été limité. Principalement parce que le temps était assez nuageux, peu de vacanciers étrangers sont venus. Mais l'action le montre: les Majorquins atteignent leurs limites face à la masse de vacanciers qui arrivent de plus en plus tôt dans l'année.
Il y a deux semaines déjà, des manifestations massives ont eu lieu dans le centre-ville contre ce tourisme envahissant. Plus de 15 000 habitants se sont «déguisés» en touristes avec des chemises colorées, des tongs et des chapeaux de soleil et ont protesté dans les rues piétonnes de Palma contre les hordes de touristes et la pénurie de logements abordables provoquée par les appartements de vacances.
Ainsi, sur les affiches de protestation, on pouvait lire:
Bien sûr, de nombreux habitants de l'île sont également conscients que Majorque vit du tourisme. On lisait donc aussi sur de nombreuses pancartes:
La politique a déjà réagi. Le maire conservateur de Palma, Jaime Martínez (PP), a déjà annoncé des propositions de nouvelles restrictions et règles pour l'été, afin de freiner l'afflux massif de vacanciers dans la capitale de l'île et dans la ville côtière associée, El Arenal, avec sa fameuse zone Ballermann.
Comme le rapporte le «Journal Mallorca», de nouvelles restrictions, voire des interdictions, devraient être imposées aux bateaux de fête. En outre, le nombre de bateaux de croisière devrait à nouveau être limité et des taxes touristiques presque deux fois plus élevées devraient être prélevées sur les touristes de croisière.
En outre, ses propositions, qui doivent encore être approuvées par le gouvernement de l'île, prévoient une réduction des groupes de touristes ainsi qu'une interdiction totale de consommer de l'alcool dans les rues et sur les promenades en bord de mer.
L'accès des voitures de location au centre-ville de Palma devrait également être fortement limité. Au vu des manifestations anti-tourisme qui ont désormais lieu également aux Canaries et sur la Costa Brava, l'été risque d'être chaud à Majorque.
Traduit et adapté par Noëline Flippe