La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock a reproché au président russe de s'en être pris à des équipes de secours. Elles avaient été appelées mardi sur le lieu d'une attaque de missiles russes à Poltava.
«Alors que Poutine est à Oulan-Bator, deux missiles russes sont tombés sur Poltava. Le second a été largué alors que des secouristes étaient déjà à pied d'œuvre. Plus de 45 personnes ont perdu la vie, et plus de 200 autres ont été blessées. Poutine ne connaît aucune limite à la brutalité. Il doit rendre des comptes», a-t-elle écrit sur X.
Viser une même cible deux fois de suite, cela fait manifestement partie d'une tactique perfide de l'armée russe. Les sirènes ont également retenti mercredi à Lviv, où des attaques ont fait au moins sept morts et 38 blessés, selon le maire Andri Sadovy. Il s'agirait à nouveau de la tactique baptisée «Double-Tap» (double frappe). Après une première attaque, on attend que les secouristes s'approchent, puis on frappe à nouveau.
Le blogueur militaire ukrainien Igor Sushko a également condamné la stratégie du Double Tap. Il a en outre vivement critiqué les alliés de son camp:
Pour appuyer sa critique, il a partagé une vidéo qui montrerait un véhicule de secours en feu après une attaque russe à Lviv. On ne distingue pas bien s'il s'agit d'une ambulance ou d'un camion de pompiers.
Russian fascists "double tap" the original strike sites on civilians in Ukraine by launching additional missiles at the same targets with a delay to murder first responders as well. This happened in Lviv this night.
— Igor Sushko (@igorsushko) September 4, 2024
The West just spews garbage words like "We stand with Ukraine." pic.twitter.com/u9PYLmEagL
Ce n'est pas la première fois que Moscou procède de la sorte. En avril dernier, trois sauveteurs ont perdu la vie à Kharkiv, et peu de temps après à Zaporijia. Le schéma se répète à chaque fois: un missile s'abat, les secouristes arrivent, puis une seconde offensive est lancée. A Zaporijia, elle était même double, selon la BBC. Quatre personnes sont mortes. Parmi elles, deux journalistes qui couvraient les attaques russes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait déjà condamné fermement la tactique lors d'une opération sur Odessa en mars 2023. Il avait parlé d'un «acte méprisable de lâcheté».
Le gouverneur de la région de Kharkiv, Oleh Synehoubov, a déclaré en avril aux médias ukrainiens que le Kremlin s'activait «jour et nuit»:
Selon la BBC, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a déclaré avoir constaté un «schéma particulièrement inquiétant». A ses yeux, le Double Tap est «cruel» et «impitoyable» et il faut immédiatement y mettre fin. «Cette stratégie se répand malheureusement toujours davantage. C'est difficile à comprendre. Les Russes n'ont pas le droit de faire cela», a déclaré le porte-parole des services de secours ukrainiens, Oleksandr Khorunshy, au radiodiffuseur britannique:
Cette grande brutalité doit servir un objectif initial qui n'est pas uniquement militaire. Après des attaques massives sur la ville de Kharkiv, le président Zelensky livrait son analyse: «Moscou a à nouveau visé Kharkiv aujourd'hui. On compte pour l'instant près de cinquante blessés. Les secouristes continuent de déblayer les décombres, et on signale que des personnes sont prises au piège sous les gravats. Des cibles civiles très ordinaires - centre commercial, palais des sports, zones urbaines».
Les secours ne peuvent souvent rien face aux missiles, notamment parce que les systèmes de défense aérienne ukrainiens ont atteint leurs limites. Le chancelier allemand Olaf Scholz a promis à l'Ukraine des systèmes de type IRIS-T supplémentaires. La commande de huit modèles SLM et neuf SLS a été validée, a déclaré le dirigeant mercredi depuis le site de la Bundeswehr à Todendorf, dans le Schleswig-Holstein.
Berlin a déjà livré quatre systèmes de type Iris-T SLM et trois Iris-T SLS apparentés de la société Diehl Defence à Kiev. Ils ont fait leurs preuves en repoussant les attaques russes. Scholz a déclaré que 250 missiles de croisière, drones et roquettes russes avaient été abattus, sauvant ainsi de nombreuses vies humaines. Le taux de réussite est de 95 pour cent.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)