Voici les 5 défis majeurs du nouveau ministre de la Défense ukrainien
Mykhaïlo Fedorov, 34 ans, a été élu mercredi par le Parlement ukrainien ministre de la Défense, dans le cadre d'un vaste remaniement et d'une réforme voulus par le président Volodymyr Zelensky.
«Aucun pays au monde n’était prêt à affronter les défis d’une guerre de cette ampleur», a concédé devant les députés Mykhaïlo Fedorov, qui occupait jusqu'à présent le poste de ministre de la Transformation numérique.
Il hérite d'un portefeuille qui représente de nombreux défis alors que l'Ukraine se prépare à une cinquième année de guerre difficile face à des troupes russes qui poursuivent leur progression.
Les soutiens de Kiev
Les efforts diplomatiques se sont intensifiés depuis novembre sous l'impulsion du président américain Donald Trump pour tenter de mettre fin au conflit en Ukraine déclenché par l'invasion russe en février 2022.
Mais le soutien des Etats-Unis demeure incertain, Donald Trump alternant les messages favorables tantôt à Kiev, tantôt à Moscou, tandis que l’aide occidentale n’a plus le caractère assuré des premières années du conflit. Dans ce contexte, Fedorov devra convaincre les alliés de poursuivre leur soutien, en soulignant les efforts de modernisation des forces ukrainiennes.
Technologie de guerre
Les drones explosifs sont devenus indispensables sur la ligne de front, où les deux armées se disputent une course à l’innovation, marquée par des évolutions et des adaptations quasi quotidiennes. Artisan de la numérisation de l'Ukraine quand il était en charge du ministère de la Transformation numérique, Mykhaïlo Fedorov a été salué par Volodymyr Zelensky pour ses «résultats» dans l'intégration des technologies au champ de bataille
Le nouveau ministre de la Défense a dit vouloir se concentrer sur l’utilisation à une large échelle de la technologie dans l'armée, une «priorité», a expliqué Volodymyr Zelensky après la validation par le Parlement du choix de Fedorov. Mais la Russie a industrialisé sa production de drones en s’appuyant sur des composants chinois bon marché. L'Ukraine devra donc s'adapter pour maintenir le rythme.
Manque d'hommes
Si l'Ukraine tente de compenser son manque de soldats par un recours accru aux drones, le pays reste confronté à une pénurie face à une Russie quatre fois plus peuplée. La mobilisation obligatoire est impopulaire, alors que 200 000 personnes ont déserté l'armée, selon Fedorov.
L'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW) pointe de profonds problèmes structurels hérités de l'époque soviétique, notamment un commandement jugé trop centralisé et bureaucratique – des problèmes qui ont alimenté l'impopularité de la mobilisation.
«Aujourd'hui, on ne peut pas lutter contre les nouvelles technologies avec une structure organisationnelle obsolète», a déclaré Fedorov, ses objectifs:
Depuis 2022, plusieurs tentatives de réforme ont été engagées, mais le processus demeure lent, tandis que l’armée doit en même temps combattre les forces russes.
Défense aérienne
Alors que les bombardements russes contre les infrastructures essentielles s’intensifient, plongeant une partie du pays dans le froid et l’obscurité, le renforcement de la défense antiaérienne reste la priorité absolue de l’Ukraine, selon Zelensky.
Le nouveau ministre est notamment attendu sur l’augmentation de la production nationale de drones intercepteurs, ces appareils peu coûteux capables de neutraliser les drones d’attaque lancés par Moscou contre le réseau énergétique ukrainien.
La récente utilisation par Moscou de son missile de dernière génération Orechnik, pour la deuxième fois depuis 2022, pose aussi un défi pour Kiev, qui n'a pour le moment pas les capacités d'intercepter ses têtes explosives qui frappent à une vitesse hypersonique.
Kiev dépend aussi de ses partenaires internationaux pour protéger son ciel grâce aux coûteuses batteries antimissiles européennes ou américaine Patriot, mais leur approvisionnement reste incertain.
Financement, le coeur du problème
Répondant aux députés, Mykhaïlo Fedorov a annoncé le lancement d’un audit financier de son ministère, affirmant ne disposer que de «trois cents milliards» de hryvnias (environ 7,5 milliards d’euros) pour poursuivre l’effort de guerre.
Le président a d'ailleurs ajouté:
L’Ukraine, très dépendante de l’aide internationale, a été fragilisée par l’arrêt de l’aide américaine en mars 2025, que l’Union européenne tente désormais de compenser. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué mercredi que Kiev pourra dépenser 60 milliards d'euros, sur les 90 milliards prêtés par l'UE, pour renforcer ses capacités militaires en 2026 et 2027.
Pour réduire sa dépendance à l'UE, Kiev mise cependant sur le développement de son industrie de défense et de technologies militaires avancées, en proposant le savoir‑faire de ses entreprises aux partenaires occidentaux. Et Fedorov de conclure:
(adapt. jah)
