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FIFDH: Alisa Kovalenko diffuse son film sur les viols russes

Alisa Kovalenko, réalisatrice et activiste ukrainienne.
Alisa Kovalenko, réalisatrice et activiste ukrainienne, lutte contre les violences sexuelles commises par l'armée russe en Ukraine.Image: Yulia Kochetova

«Ça s'appelle le coup de fil à Poutine»: elle raconte les tortures sexuelles

En 2014, la réalisatrice ukrainienne Alisa Kovalenko a été violée par un officier russe. Depuis, elle lutte pour que d'autres victimes soient entendues. Un combat à l'origine du film Traces, diffusé au Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH).
14.03.2026, 06:5814.03.2026, 06:58

Avant de s'envoler pour la Suisse, la réalisatrice et activiste ukrainienne Alisa Kovalenko est à New York au siège des Nations Unies. Un rendez-vous qui suit la sortie de son film Traces, dans lequel six femmes agressées et violées entre 2014 et 2023 par les soldats russes témoignent. Il sera diffusé le dimanche 15 mars au Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH).

Alisa Kovalenko a également été victime de viol en 2014, année durant laquelle la Russie a envahi la Crimée et orchestré un conflit séparatiste dans l'est du pays. Depuis 2019, aux côtés d'autres survivantes, elle se bat pour que la parole autour des violences sexuelles commises durant la guerre se libère et que les coupables soient condamnés.

Pouvez-vous nous raconter ce qu'il vous est arrivé en 2014?
Alisa Kovalenko: A l'époque, j'étais étudiante à Kiev. J'ai documenté la révolution de Maïdan, un moment important de notre histoire. J'ai voulu faire de même dans le Donbass.

«Arrivée au checkpoint, j'ai été capturée puis interrogée par un officier russe, qui m'a violée»

Je suis restée quatre jours en captivité. Lorsque j'ai été libérée, il m'a dit: "Tu as de la chance de ne pas avoir été exécutée." Pendant près de deux ans, je n'ai parlé de ce viol à personne. Je ne pouvais pas. Rompre ce silence a été un moment difficile, mais c'est suite à cela que j'ai été contactée par un groupe de défense des droits humains qui documentaient les crimes de guerre. J'ai livré mon témoignage. Iryna Dovgan, l'une des protagonistes du film, m'a ensuite proposé de discuter avec d'autres survivantes. Dans la foulée, l'organisation d'aide aux victimes Sema Ukraine a été fondée. Nous étions en 2019.

«Je suis la première à m'être exprimée publiquement sur la violence sexuelle utilisée comme arme de guerre, un sujet stigmatisé en Ukraine comme dans d'autres pays en conflit»
Iryna Dovgan et Alisa Kovalenko.
Iryna Dovgan et Alisa Kovalenko.Image: Yulia Kochetova

A quel moment avez-vous décidé de réaliser un long-métrage sur les violences sexuelles perpétrées par l'armée russe?
En 2023. D'ailleurs, au début, je n'avais pas pour projet de faire un film. Cependant, au fur et à mesure des discussions entre survivantes, nous avons compris qu'ensemble, nous pouvions sauver la mémoire collective ukrainienne. Un documentaire est ainsi entré en ligne de mire. Mais pendant des années, j'avais peur de commencer ce travail.

Pourquoi?
Parce que je savais que j'allais devoir plonger dans mon traumatisme et que beaucoup d'émotions allaient refaire surface. Je n'étais pas certaine d'être assez courageuse pour produire ce long-métrage. Toutefois, quand l'invasion russe de février 2022 a débuté, j'ai vu qu'il y avait de plus en plus de victimes de violences sexuelles. En parallèle, nous avons reçu de l'argent pour documenter ces crimes contre l'humanité. Ces deux éléments ont été déclencheurs.

«Il était temps de s'exprimer haut et fort, de faire entendre les voix de ces femmes et d'empêcher les Russes d'utiliser la violence sexuelle comme arme de guerre. C'est ma mission et celle du film»

Vous faites partie de l'organisation Sema Ukraine, dont le but est notamment d'éradiquer ces crimes. A quoi ressemble votre travail sur le terrain?
Premièrement, nous encourageons le plus de personnes possible à parler. Pour ce faire, nous nous rendons dans les territoires occupés par les Russes et discutons avec les habitants. Ensuite, nous sensibilisons à la thématique des violences sexuelles, notamment dans les petits villages. En effet, beaucoup pensent que seul le viol avec pénétration entre dans cette catégorie. Ce n'est pas le cas.

«Nous avons ainsi permis à dix femmes de comprendre qu'elles étaient des victimes. Je ne souhaite pas entrer dans les détails, mais elles ont vécu de l'humiliation et de la torture sexuelle»

Les témoins de ces actes sont également des victimes. Enfin, nous offrons de l'aide psychologique, médicale ou financière. Nous avons, par exemple, rénové la maison d'une survivante endommagée à cause de la guerre.

Plusieurs protagonistes du film racontent avoir été retenues captives et torturées. Existe-t-il une méthodologie utilisée par les militaires russes?
L'objectif est de supprimer la résilience des Ukrainiens et d'infliger une humiliation extrême. La violence sexuelle est une forme de torture, qui n'a rien à voir avec le genre ou l'âge des victimes. Les hommes, par exemple, reçoivent des chocs électriques sur les parties génitales et les oreilles simultanément. Cette méthode s'appelle «le coup de fil à Poutine». Les femmes sont quant à elle brutalement frappées. Lorsque tu survis à ces actes, les conséquences physiques et psychologiques sont lourdes. Quand cette arme vise toute une communauté, elle se brise.

Les protagonistes du film «Traces».
Les protagonistes du film Traces.Image: Yulia Kochetova

Votre long-métrage se termine sur un message d'espoir. Malgré votre vécu, comment avez-vous réussi à aller de l'avant?
Au début, lorsque j'ai commencé à récolter les témoignages des survivantes et à documenter leur vie d'après, j'ai vu qu'elles transformaient leur douleur en force et qu'elles utilisaient leur histoire comme arme à l'encontre de leur agresseur.

«Ce film est le triomphe de la dignité contre le mal et une façon de guérir. Notre solidarité nous a permis d'être unies dans notre combat pour la justice»
Alisa Kovalenko, réalisatrice et activiste.

Justement: vous utilisez Traces comme outil pour, notamment, faire condamner les agresseurs russes. Est-ce possible? De quelle manière procédez-vous?
Au niveau international, l'objectif est d'attirer l'attention sur le fait que la Russie utilise la violence sexuelle comme arme de guerre et qu'il s'agit d'un crime contre l'humanité. Et d'avoir ainsi un impact sur le parlement européen ou les avocats spécialisés en droits humains, par exemple. Ils pourront ainsi mettre en place des mécanismes pour poursuivre les auteurs.

Et au niveau national?
Il faut témoigner devant les autorités. Une enquête est ensuite ouverte. Bien sûr, identifier les coupables est compliqué, en particulier quand ils portent des masques. En revanche, lorsque les agresseurs ont agi devant un groupe, l'identification est plus facile, car les témoins sont nombreux. Cela a été le cas dans une affaire à Kherson, au sud de l'Ukraine.

Que se passe-t-il après? Les auteurs sont-ils amenés devant un tribunal?
Non. On ne peut pas leur faire de procès, car la personne concernée est absente. Cependant, chaque étape reste importante. Si nous arrêtons notre combat, justice ne sera jamais faite.

Quel est le rôle du gouvernement et des autorités ukrainiennes dans la condamnation de ces crimes de guerre?
A nos côtés, nous avons une équipe composée de membres de la police nationale et du bureau du procureur général qui enquêtent. Il faut néanmoins reconnaître qu'à l'heure actuelle, nous n'avons pas beaucoup d'outils. Ils sont en train d'être créés.

Est-ce que vous avez parfois envie de baisser les bras?
Lorsque je perds espoir, je regarde les douze années qui se sont écoulées. Il fut un temps où je gardais le silence et où l'aide aux victimes n'existait pas.

«Aujourd'hui, des centaines de personnes prennent la parole. Les survivantes sont devenues des combattantes. C'est un immense changement en Ukraine»

Il existe désormais un statut spécial qui reconnaît les victimes de ces crimes de guerre, ainsi qu'une procédure – certes, longue et fastidieuse – qui permet d'obtenir un dédommagement.

La guerre en Ukraine est entrée dans sa cinquième année. Avez-vous l'impression d'être oubliés?

«La guerre en Ukraine est devenue un bruit de fond. Les gens n'écoutent plus et le monde continue de tourner. Avec ce film, je veux que l'on se souvienne que les Ukrainiens sont toujours là»

En racontant des histoires de vie, cela permet de ressentir de l'empathie, d'engendrer de la solidarité et de l'action. Nous devons nous battre ensemble pour les valeurs démocratiques. Je vois l'Ukraine comme le gigantesque mur de Game of Thrones. Il est important que les gens se mettent à notre place: nous sommes le dernier rempart contre un lieu glacial rempli de zombies (rires).

Le film «Traces» est diffusé le dimanche 15 mars à 16 heures au FIFDH à Genève.

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