Un Bulgare «tué» par les pro-Poutine raconte son étrange histoire
Depuis près de dix ans, Nickolay Gentchev est régulièrement confronté à cette étrange question, au téléphone:
Car, oui, les réseaux d'informations du Kremlin diffusent la photo de l'homme en affirmant que ce Bulgare a été tué à Odessa par les Ukrainiens, à des fins de propagande pro-russe.
Après la Seconde Guerre mondiale, la Bulgarie était devenue l'un des satellites les plus proches de l'Union soviétique. Aujourd'hui, la nostalgie du régime totalitaire crée un terreau fertile pour les récits anti-occidentaux dans le pays des Balkans, pourtant membre de l'Union européenne et de l'Otan.
«Mort» depuis dix ans déjà
Nickolay Gentchev, «tué» par la propagande russe, croit d'ailleurs lui aussi à une bonne partie des récits anti-occidentaux.
Ce garagiste de 42 an réside à Kazanlak, une ville du centre de la Bulgarie, réputée pour sa production d'huile de rose et ses usines d'armement. Une fois mise en ligne, l'infox a été relayée sur les réseaux sociaux et médias, et malgré les démentis répétés de Gentchev au fil des années, sa photo continue de circuler.
Fin 2025, elle a à nouveau refait surface après une publication sur Facebook demandant:
Comme souvent, la tentative de désinformation repose sur un événement réel: les graves violences qui ont opposé militants pro-Russes et pro-Ukrainiens à Odessa en mai 2014, dont l'incendie de la Maison des syndicats. Plus de 40 personnes, principalement des pro-Russes, avaient alors été tuées, nombre d'entre elles dans l'incendie.
Dans les lignes du grand récit russe
Selon l'analyste bulgare, «la propagande russe en Bulgarie fait partie des dynamiques informationnelles depuis plus d'un siècle», et va des monuments hérités du communisme à l'enseignement de l'histoire dans les écoles, en passant par les politiciens bulgares et les influenceurs sur TikTok.
La raison tient entre autres, selon lui, à «des niveaux extrêmement bas de confiance dans la société bulgare, un passé partagé, ainsi qu'une proximité géographique et culturelle avec la Russie».
«Disons qu'ils se sont trompés»
Bien que lui-même victime de la désinformation russe, Nickolay Gentchev ne s'offusque pas.
Sur son profil Facebook, qui compte 5000 abonnés, il publie des posts visant les «politiciens corrompus», mais aussi des contenus pro-Kremlim et anti-européens.
«Aucun bénéfice de l'Union européenne»
«L'euro, c'est une absurdité totale», tranche Gentchev, également militant d'un petit parti nationaliste, opposé à l'adoption de la monnaie unique européenne par la Bulgarie le 1er janvier.
Il soutient en revanche la guerre de la Russie contre l'Ukraine. Reprenant les éléments de langage de Moscou, il affirme ainsi que Kiev a «provoqué» l'agression.
Interrogé sur le lourd bilan humain de la guerre, Gentchev se réfugie derrière des thèses complotistes: «Je ne sais pas, je n'y étais pas, je n'ai rien vu. On ne peut pas croire les journalistes.»
La ville où il réside et travaille abrite la plus grande usine d'armes de Bulgarie. Depuis le début de l'invasion russe, elle tourne à plein et produit surtout des munitions pour l'armée ukrainienne. Sur ce point, Gentchev se veut pragmatique:
