Les accusations en provenance des Etats-Unis circulent depuis longtemps, et en novembre 2022, le chef des mercenaires russes de Wagner, Evgueni Prigojine, a admis pour la première fois qu'il avait interféré dans les élections américaines. Il s'agissait de la première fois qu'un Russe influent admettait qu'il y avait bel et bien eu des interférences dans les élections américaines.
Mardi 14 février, l'homme d'affaires, ex-mafieux et criminel condamné, a pour la première fois raconté quel rôle il a joué dans cette affaire. Il explique qu'il a fondé l'Internet Research Agency (IRA) et qu'il a ensuite continué à le financer, comme l'écrit l'agence de presse Reuters. Un réseau que le gouvernement américain qualifie de «ferme à trolls» (Trollfarm).
Selon Evgueni Prigojine, l'objectif derrière la création du réseau était de «protéger l'espace d'information russe de la propagande antirusse indécente et agressive de l'Occident».
Sur le papier, l'IRA est une entreprise tout à fait normale, basée à Saint-Pétersbourg. Selon le journal russe Novaya Gazeta, elle a été fondée en 2013 et son QG se trouverait dans le quartier huppé d'Olgin. La mission des trolls est simple: faire de la propagande en ligne afin de rendre plus présentables les préoccupations politiques et économiques russes. Selon les rapports, jusqu'à 1000 personnes travaillaient parfois pour l'IRA.
En 2017, les Renseignements américains ont présenté un rapport selon lequel l'IRA avait déjà commencé en 2014 et 2015 à faire campagne en ligne, en faveur de Donald Trump en tant que futur président des Etats-Unis (et à dénigrer en retour son adversaire de l'époque, Hillary Clinton).
Les trolls de Vladimir Poutine et d'Evgueni Prigojine ont utilisé de faux comptes sur les réseaux sociaux, dans les forums des grands journaux et sur d'autres plateformes d'échange en ligne, afin de présenter Donald Trump comme plus acceptable aux yeux du public qu'il ne l'était réellement.
A l'époque déjà, le responsable derrière l'armée de trolls était décrit comme un «financier, proche allié de Vladimir Poutine et ayant des liens avec les services secrets russes». Des attributs qui correspondent à Evgueni Prigojine. Mais ce dernier n'avait jamais reconnu officiellement être derrière l'usine à trolls – jusqu'au 14 février 2023.
Pourquoi avouer aujourd'hui qu'il est responsable de l'usine à trolls – et en soulignant de manière particulièrement autoritaire qu'il était la force motrice et décisive derrière le projet?
L'une des raisons pourrait être le ralentissement de l'attaque des troupes russes, et notamment des mercenaires d'Evgueni Prigojine, contre la petite ville de Bakhmout, disputée depuis des semaines.
Selon le think tank américain Institute for the Study of War (ISW), presque au même moment que le communiqué de presse concernant l'IRA, le chef du groupe Wagner a publié une tirade remplie d'invectives dans laquelle il souligne que ses mercenaires sont loin d'encercler la localité, en raison du renforcement des défenses ukrainiennes dans la région.
Ces derniers mois, il s'est exprimé de plus en plus clairement en Russie, n'hésitant pas à critiquer des généraux russes de haut rang. Avec ses interventions, l'homme de 61 ans a réussi à se profiler dans l'opinion publique russe et à gagner en influence dans les structures du pouvoir.
Les observateurs estiment qu'Evgueni Prigojine a l'ambition d'obtenir une position plus élevée au sein de la politique russe et qu'il vise un poste officiel. Si ses troupes échouent à Bakhmout, sa réputation publique en souffrira. Il est donc bien possible qu'il tente de faire contrepoids avec l'aveu de l'usine à trolls.