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De quoi le rappeur Médine, accusé d'antisémitisme, est-il le nom?

Médine.
Médine. image: capture d'écran
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Idole de la gauche radicale, ce rappeur est accusé d'antisémitisme

Invité aux universités d'été de la gauche radicale française, le rappeur Médine est l'auteur d'un jeu de mot visant une petite-fille de déportés juifs, qui lui vaut d'être accusé d'antisémitisme. Mais derrière Médine et la présente polémique, on trouve l'impossible procès de l'islamisme.
14.08.2023, 19:0415.08.2023, 12:20
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Le rappeur français Médine, 40 ans, est au cœur d’une polémique. Ce n’est pas la première fois. En cause: sa participation aux Journées d’été des écologistes français, le 24 août au Havre, la ville normande où il est né. Annoncée le 31 juillet sur le fil X (ex-Twitter) de la patronne des Verts, Marine Tondelier, la présence du Havrais à ce rendez-vous politique creuse un peu plus encore le gouffre qui sépare la gauche radicale de la gauche laïque. Le 9 août, c’était au tour de La France insoumise, le parti leader de cette gauche radicale allié aux Verts au Parlement, de faire état de la venue du Havrais à ses universités d’été. Manière d’enfoncer le clou.

La pire des périodes

La gauche laïque ne pardonne pas à la première ses «compromissions avec l’islamisme et l’antisémitisme». Islamisme et antisémitisme dont Médine serait l’une des voix, jouant des contorsions de la rime et de la punchline. Serait ou aurait été? Les accusations, dont on verra quelques exemples, portent sur une période qui aura duré une dizaine d’années, entre 2005 et 2015. La pire des périodes: celle d’un islamisme ne connaissant pas de limites, celle d’un antisémitisme décomplexé parmi la jeunesse issue de l’immigration maghrébine et sub-saharienne. Avec pour point d’orgue, les attentats. Après quoi, Médine, de père algérien et de mère française, a assagi son discours.

Sauf qu’un récent jeu de mot de son cru peut faire douter de la sincérité de son inflexion, du moins en cette occasion: «ResKHANpée», comme «rescapée ». Formulé par le rappeur dans un tweet daté du 10 août, effacé depuis, il visait la militante laïque Rachel Khan, une ex-athlète de père gambien et de mère française d’origine juive ashkénaze, dont la famille a péri dans les camps nazis à l’exception du grand-père. Rachel Khan avait précédemment qualifié Médine de «déchet». Celui-ci répliquait par ce jeu de mot faisant selon lui référence au départ de Rachel Khan d’un centre culturel hip-hop qui ne souhaitait plus sa présence.

Le jeu de mot

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Pas sûr que Les Verts et les Insoumis eussent invité Médine à leurs raouts de rentrée politique après avoir pris connaissance d’un tel tweet, mais le décommander à présent serait reconnaître l'existence d'un problème.

Alors que la presse laïque – l’hebdomadaire Franc-Tireur en tête, emmené par l’essayiste Caroline Fourest et le philosophe Raphaël Enthoven – n’a de cesse de dénoncer l’antisémitisme d’où qu’il vienne, la presse dite progressiste a plus de peine à le faire lorsque le soupçon d’antisémitisme vise un activiste «racisé», à plus forte raison si lui-même combat l’«extrême droite» et les «violences policières». C'est le cas de Médine.

Franc-Tireur dégaine

Le site Franceinfo a d’abord ainsi mis des guillemets à «antisémite» pour qualifier le jeu de mot «ResKHANpée». Il a fini par les ôter. En effet, pourquoi faudrait-il considérer cette formule moins antisémite que «Durafour-crématoire», une trouvaille de l’ex-président du Front national (devenu Rassemblement national), Jean-Marie Le Pen, qui s’en prenait de la sorte en 1988 à un ministre, Michel Durafour, non juif en l’occurrence.

Déclarée irresponsable

A travers Médine se pose la question du traitement réservé au passé extrémiste d’une partie de la jeunesse française d’origine maghrébine et sub-saharienne. Une partie qui s’est souvent réclamée et se réclame encore de l’islam. Pour la gauche radicale, qui a fait des banlieues son terrain de chasse électoral, cette jeunesse-là est en quelque sorte irresponsable de ses actes et de ses propos, y compris les plus extrêmes. Ce sociologue français ne pensait pas différemment lorsqu’il osait dire, en 2015, peu après l’attentat ayant décimé la rédaction de Charlie Hebdo: «L’antisémitisme (en banlieue) est à titre réactif, l’islamophobie est à titre principal.»

Médine irresponsable? En 2005, il a 22 ans. C’est en connaissance de cause qu’il intitule un album «Jihad», avec le «J» en forme de sabre sur la pochette. Certes, il précise que le jihad en question est un combat «contre soi-même», de même rend-il hommage dans une chanson au commandant Massoud, ce résistant afghan à l’invasion russe, assassiné en 2001 par un commando d’al-Qaïda. Mais quel est le message délivré par cette pochette d'allure martiale, sinon celle de la force associée à l’islam?

Vrai bonhomme

Dans sa communication à l’époque, Médine apparaît en t-shirt noir, floqué de ce «Jihad» assorti d’un énorme sabre emprunté à l’imagerie arabo-musulmane. Le rappeur, allure de vrai bonhomme, viril à souhait, ne peut ignorer que la décennie 1990 a été marquée en Algérie par une effroyable guerre civile, où les égorgements perpétrés au nom du jihad par des islamistes armés furent nombreux. Cette iconographie était pour le moins malvenue dans une France chauffée à blanc par la propagande islamiste, en particulier algérienne. En même temps, elle était dans le ton.

Dans une séquence vidéo non datée mais qui doit se situer à la même époque, Médine estime que l’«assimilation», c’est «abandonner son appartenance ethnique, sociale et religieuse», que c’est être «un musulman light, qui boit son petit verre de champagne», que c’est être:

«Un Noir qui se défrise les cheveux et qui fait un peu tarlouze»
Médine

Une homophobie caractérisée, mais, surtout, un discours s’inscrivant, là encore, dans cette propagande islamiste, de type frériste, qui tente alors et qui y réussira plus d’une fois, à mettre le grappin sur la jeunesse des quartiers.

La quenelle

Plus tard, Médine se dit «ambassadeur» (il démentira) de l’association havraise «Havre de savoir», d’obédience Frères musulmans. En juin 2015, le responsable de cette association donne une conférence hallucinante, intitulée «Les Yézidis (adorateurs de Satan)», en plein génocide des Yézidis par l’Etat islamique. Comment peut-il?

En 2014, Médine est pris en photo en train de faire une quenelle, ce geste popularisé par Dieudonné et qui à l’époque déjà passe pour antisémite. Il dira qu’il l’associait à une manifestation «antisystème». Il a tenu par ailleurs des propos sexistes, au nom, toujours, d'une morale islamique faisant assaut de pudeur.

«Crucifions les laïcards comme à Golgotha»

Dans sa chanson «Don’t laïk» sortie le même mois que l’attentat contre Charlie Hebdo, il écrit: «Crucifions les laïcards comme à Golgotha» et, plus loin, «Marianne est une femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles». Des paroles violentes, qui s’inscrivent en totale opposition avec la séparation du politique et du religieux prévalant en France, pas qu'en France d'ailleurs, et qui sont attentatoires à la liberté en général. Il soutiendra que laïcité qu’il critiquait dans cette chanson n’était pas la laïcité à laquelle il se réfère.

Ce qu’il y a de frappant dans le personnage Médine, c’est son déni. Il a bien exprimé des regrets, mais il n’a jamais véritablement entamé la critique de l’idéologie islamiste qui, bien qu'il s'en défende, a longtemps alimenté chez lui et tant d'autres un ressentiment. Le sommet du déni est atteint, en 2018, lorsqu’il entend, suite à l’incompréhensible invitation des propriétaires de la salle parisienne, se produire au Bataclan, où cette idéologie, dans sa version armée, celle de l’Etat islamique, a tué 90 spectateurs trois ans plus tôt. Pour son jeu de mot écorchant le nom de Rachel Khan, il s'est excusé: 👇

Emancipation avec des drags queens

Mais on l’a compris. La gauche laïque, pour ne citer qu’elle, en a surtout après cette gauche radicale qui entretient le déni en repeignant l'islamisme en lutte contre les violences policières et le patriarcat. Cette gauche-là essaie d’émanciper «ses musulmans» par l’intersectionnalité, en leur faisant rencontrer des drags queens, mais ce n'est pas gagné. Médine se prête au jeu dans cette rencontre organisée en mai par Mediapart: 👇

Quand la presse regarde ailleurs

Pour cette même gauche, le plus important est de toujours relever, lorsqu'il est question d'islamisme et d'antisémitisme chez des Français de confession musulmane, les «attaques de l'extrême droite», alors que le combat pour la laïcité est un combat à l’origine authentiquement de gauche et qu'il le demeure dans sa doctrine. Des journaux, en Suisse aussi, se prêtent parfois à ce qui s’apparente à une falsification du sens profond de la critique de l’islamisme en l’attribuant aux seules piques de l'extrême droite. C’est certainement mentir et se mentir que de le faire. Médine, dont le dernier album s'intitule «Médine France», est annoncé en concert à Lausanne à la fin de l'année.

Avec ceux qui vivent les micro-agressions
Video: watson
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