Société
Corée du Sud

Les Sud-Coréens ont une solution flippante contre la solitude

En Corée du Sud, certaines personnes, particulièrement les jeunes femmes, ont trouvé un moyen de lutter contre la solitude: adopter un «pet rock», un caillou de compagnie. Une méthode qui ne nécessite ...
La méthode des Sud-Coréens pour lutter contre la solitude a de quoi faire hausser un sourcil. Même deux.Image: watson / dr

Les Sud-Coréens ont une solution flippante contre la solitude

Dans ce pays d'Asie de l'Est, certaines personnes, particulièrement les jeunes femmes, ont trouvé un moyen de lutter contre la solitude. Une méthode qui ne nécessite pas de devoir entretenir une relation avec un autre humain... ni même avec un animal de compagnie, ou encore avec une plante. Décryptage d'un phénomène un brin bizarre.
04.06.2024, 16:58
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Dans la catégorie «I don't want to live on this planet anymore», voici la dernière bizarrerie. Elle nous vient de Corée du Sud et dénote d'une certaine solitude... doublée d'une flemme phénoménale. Ou d'un pragmatisme à l'épreuve des balles.

Là-bas, les plus jeunes générations ne veulent plus adopter de chiens, de hamsters ou autres petits chats mignons. Non, les Sud-Coréens veulent des animaux qui nécessitent peu de travail et qui sont... increvables. Donc pas de Tamagotchi non plus, les Millennials traumatisés par la mort de leur petit être pixelisé peuvent témoigner de l'enfer que représente la perte de cette petite chose.

Comment recevoir de l'amour inconditionnel de la part d'un gentil compagnon, sans risquer que celui-ci ne décède et ne finisse enterré au fond du jardin dans un torrent de larmes?

Des compagnons qui tiennent dans la poche

En Corée du Sud, désormais, les jeunes adoptent... des cailloux. Des pierres de compagnie. Des «pet stones» ou «pet rocks», en anglais. Le phénomène a démarré durant le Covid, lorsque le télétravail a aggravé le sentiment de solitude chez certaines personnes.

Comment va votre petit caillou? Il grandi si vite...
Comment va votre petit caillou? Il grandi si vite...dr

Comme l'écrit le Korea Herald, celles et ceux qui possèdent des pierres de compagnie ont tendance à les personnifier. On donne un nom à son gentil caillou, on lui parle. C'est le cas de Lim, une femme de 29 ans, qui témoigne dans les colonnes du journal.

«J'ai acheté une pierre de compagnie pour la première fois pendant la pandémie. Je voulais simplement avoir quelque chose à mes côtés pendant que je travaillais à distance. Cela m'a donné un sentiment de compagnie.»
Lim, une détentrice d'une «pet rock»

Des adeptes de «pet stones» qui investissent aussi dans des petits lits, des vêtements ou des maisonnettes pour leurs compagnons. Et qui partagent le quotidien de leurs amis sur les réseaux sociaux.

Si même les cailloux se mettent à boire des Latte Caramelito Grande (ou que sais-je)...
Si même les cailloux se mettent à boire des Latte Caramelito Grande (ou que sais-je)...Image: dr

Il existe d'ailleurs des boutiques en ligne de pierres de compagnie - pourquoi aller ramasser un vulgaire caillou par terre quand on peut en acheter un et se faire livrer directement chez soi?

«Nous vendons environ 300 pierres de compagnie par mois. Nos principaux clients sont des femmes âgées de 20 à 30 ans»
Un propriétaire de shop online

Selon le Korea Herald, ces «pet rocks» ne sont pas les compagnons les plus onéreux. Le prix d'un caillou varie entre 6000 et 10000 wons, soit entre 4 et 6,50 francs environ.

Stressés à l'idée d'entretenir des liens

Ces nouveaux compagnons seraient, d'après plusieurs experts interrogés par le journal, une réponse à un stress relationnel et à une solitude accrue.

«J'ai constaté que de nombreux jeunes qui se sentent de plus en plus stressés à l'idée d'entretenir des relations ont tendance à s'éloigner facilement de celles-ci et à se tourner vers d'autres méthodes pour faire face à la solitude.»
Jeon Mi-young, chercheur à l'université de Séoul

Les cailloux sont donc un «bon moyen» de vaincre cette solitude et ne nécessitent pas beaucoup d'investissements, comme ce serait le cas avec un animal, par exemple, ou même avec une plante.

Les ménages composés d'une seule personne, qui constituent la majorité de tous les ménages en Corée du Sud, ont souvent du mal à élever de «vrai » animaux de compagnie à cause du travail.

Des «pet stones» qui mangent de tout. Ou de rien, et c'est ça le vrai plus.
Des «pet stones» qui mangent de tout. Ou de rien, et c'est ça le vrai plus.Image: dr

C'est ce qu'explique Pak, une femme de 31 ans vivant à Séoul, qui ne pourrait pas gérer un chat ou un chien à cause de son travail, selon ses dires.

«J'aime avoir des pierres de compagnie parce que je n'ai pas à me soucier de les nourrir ou de les promener»
Pak, une détentrice de «pet rock»

Des pierres qui ne sont pas l'apanage (uniquement) des marginaux allergiques aux relations sociales, puisque même les stars de K-Pop exhibent les leurs sur les réseaux sociaux.

Une blague américaine dans les années 1970

Si certains adoptent des pierres au premier degré aujourd'hui, il y a une cinquantaine d'années, Gary Dahl, un Américain, a lancé le business des «pet rocks» comme une blague. Un coup marketing de génie, puisqu'en 1975, il s'en est écoulé pas moins de 1,5 million d'exemplaires. Vendu 3,95 dollars pièce, le caillou était fourni dans une boîte agrémentée de trous d’aération pour que le «pet rock» puisse respirer.

Là, par exemple, le «pet rock» dort. Ou il fait le mort, on sait pas trop.
Là, par exemple, le «pet rock» dort. Ou il fait le mort, on sait pas trop.Image: dr

Le package contenait également un livret avec de précieuses informations par rapport à la vie du caillou.

«Les pierres ont une durée de vie assez longue, de sorte que vous ne serez jamais séparés, du moins pas à cause de votre pet rock.»

Gary Dahl écrira encore dans son fascicule que les cailloux ne répondent pas à tous les ordres avec la même efficacité. Ainsi, «va chercher» étant une consigne difficile à faire comprendre à son caillou, tandis que «au pied» ou «fais le mort» fonctionnent bien, («fais le mort» était l'une de ses spécialités).

Une plaisanterie qui permet tout de même au père des cailloux de compagnie de devenir millionnaire. Un coup qu'il ne réitérera pas malgré plusieurs tentatives. Comme avec le kit pour faire pousser du sable et créer son propre désert, ou encore le «Red China Dirt», la poussière rouge de Chine, un plan visant à introduire clandestinement la Chine continentale aux Etats-Unis, un centimètre cube à la fois.

Une tradition ancestrale asiatique détournée

Mais revenons aux cailloux sud-coréens. Le fait de chérir des pierres n'est pas une nouveauté en Asie. Ces traditions existent depuis des millénaires, et portent des noms différents d'un pays à l'autre. Ainsi, on parle de «suseok» en coréen, ou l'art de rechercher des pierres qui ressemblent à des paysages naturels.

Dans l'Empire du Milieu, ce sont les «gongshi», des roches généralement faites de calcaire que les Chinois collectionnent. Des pierres qu'on appelle aussi «roches des érudits» et qui peuvent être de petites tailles, exposées comme des bibelots, ou être gigantesques et prendre la moitié du jardin. Ces roches sont appréciées pour leurs formes, leurs trous, leur texture, ou même leur résonance lorsqu'on frappe dessus.

Un élégant gongshi made in China.
Un élégant gongshi made in China.Image: dr

Au Japon, on parle de «suiseki», qui sont, à l'inverse des pierres chinoises, plutôt lisses car travaillées par l'eau, et admirées pour leurs formes rappelant la silhouette d'un animal par exemple.

Des arts ancestraux qui ont peut-être inspiré les Sud-Coréens d'aujourd'hui, même si ça n'est pas l'esthétique des pierres qu'ils recherchent, mais plutôt une réponse à une solitude et une peur des relations sociales. Une peur qui s'est aggravée avec le Covid, et s'est amplifiée malgré la fin des restrictions liées à la pandémie.

Et même si ces «pet stones» peuvent représenter un passe-temps «mignon» et apporter du réconfort aux plus timides ou aux plus sensibles, la situation - s'en remettre à un caillou auquel on a collé des yeux - a de quoi susciter une certaine inquiétude.

Si on aime les animaux, mais qu'on n'a pas de temps à leur consacrer:

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Animaux mal empaillés
source: imgur
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Ce taureau se balade en voiture

Vidéo: watson
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