Comme un milliard de personnes à travers le monde, vous avez probablement regardé la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, que beaucoup ont jugé réussie, au point même de la qualifier de plus belle cérémonie de l'Histoire.
Une cérémonie qui aura eu un point noir, puisque l'un de ses tableaux a offensé d'irréductibles conservateurs et personnes religieuses, des anonymes sur les réseaux sociaux, en passant par des politiques. La scène a même ému Elon Musk, qui n'est jamais en manque de tweets pour s'exprimer. À l'international, ce passage de la cérémonie a d'ailleurs été censuré dans de nombreux pays, notamment en Russie ou encore au Maroc, pour des raisons de pudeur, ou encore de «propagande LGBTQI+», selon les mots des détracteurs.
— Natalie F Danelishen (@Chesschick01) July 27, 2024
La représentation s'est déroulée sur un pont au-dessus de la Seine, autour d'une table qui servait également de podium pour des mannequins et des danseurs. Au centre, une femme coiffée d'une couronne dorée dressée comme une auréole se tenait devant des platines de DJ, entourée de plusieurs drag-queens et de dizaines de danseurs et comédiens habillés par de jeunes créateurs.
L'apparition à la table de l'artiste Philippe Katerine incarnant Dionysos, le dieu grec de la vigne, du vin et de la fête, n'a pas empêché certains de penser que le repas en question représentait la Sainte-Cène, soit le dernier repas de Jésus avec ses apôtres. De nombreuses personnes ont ainsi estimé que ce tableau faisait offense aux croyances chrétiennes.
To all the Christians of the world who are watching the #Paris2024 ceremony and felt insulted by this drag queen parody of the Last Supper, know that it is not France that is speaking but a left-wing minority ready for any provocation. #notinmyname
— Marion Maréchal (@MarionMarechal) July 26, 2024
À tous les chrétiens du monde… pic.twitter.com/GusP2TR63u
Thomas Jolly, le directeur artistique de la cérémonie d’ouverture, a démenti dimanche toute référence chrétienne dans sa création. Il lui semblait assez clair que le tableau était d'un autre registre, avec la présence du dieu grec Dionysos, lié au contexte olympique.
Mais si ces conservateurs ont aboyé en associant ces images à la Sainte-Cène, d'autres, certainement férus d'histoire de l'art, y ont plutôt vu une référence au tableau Le Festin des Dieux, peint au XVIe siècle par Jan Harmensz van Biljert.
Cependant, si cette soi-disant «reprise» du célèbre tableau de Léonard de Vinci représentant le dernier repas du Christ a choqué, c'est à se demander si ce n'est pas plutôt la présence de drag-queens et d'une imagerie queer qui dérange, plus que le simple fait d'avoir utilisé une imagerie jugée sacrée.
Et si derrière le blasphème, se cachait surtout l'homophobie? Puisque cette image du dernier repas a été utilisée un nombre incalculable de fois, que ce soit de manière publicitaire, dans la culture populaire ou encore de manière artistique, sans que cela offusque qui que ce soit.
La preuve en une vingtaine d'exemples:
Rappelons également que la notion de blasphème a été définitivement supprimée du droit français par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Cependant, il est vrai que dans une cérémonie olympique, la transgression n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus rassembleur, même si, personnellement, j'y vois surtout de l'audace, une qualité typiquement française.