La semaine dernière, les médias du monde entier ont parlé d'une invention suisse.
La responsable de ce buzz planétaire est une femme dont le nom n'est mentionné qu'en marge de toutes ces informations sensationnelles: la professeure zurichoise Inge Herrmann.
«L'implant contre l'endométriose n'était en fait qu'un projet annexe», explique l'ingénieure chimiste, qui préfère parler de son travail plutôt que de sa vie privée. A l'origine, elle voulait développer un moyen de contraception réversible qui, sous forme d'implant dans les trompes de Fallope de la femme, empêcherait les grossesses.
Mais après avoir discuté avec un gynécologue, elle s'est rendu compte que son approche pourrait également servir de moyen préventif contre l'endométriose. En effet, son implant peut empêcher le sang menstruel de s'échapper de l'utérus vers l'abdomen et d'y déclencher l'endométriose. Cette maladie longtemps méconnue touche de nombreuses femmes et est considérée comme extrêmement douloureuse.
Comme pour la plupart de ses projets, Herrmann a fait naître l'implant contre l'endométriose sous sa direction, mais a laissé la suite du développement aux jeunes chercheurs de son équipe. Parmi eux, Alexandre Anthis, un chercheur du laboratoire d'Herrmann qui a déjà fait partie de la liste des «30 Under 30» du magazine Forbes.
Cela lui permet de ne pas faire de lobbying trop agressif pour ses propres inventions et d'en évaluer l'utilité de manière indépendante. C'est aussi la raison pour laquelle Herrmann ne souhaite être impliquée qu'à titre consultatif dans de nombreux projets de start-up que les doctorants poursuivent après leur activité de recherche.
L'implant contre l'endométriose n'est de loin pas la seule invention avec laquelle l'ingénieur chimiste a fait parler d'elle. Au début de l'année, sa technologie laser pour la fermeture de plaies ouvertes a fait la une des journaux du monde entier. L'invention avait notamment fait l'objet d'articles dans le magazine The Economist et même dans des revues spécialisées sud-africaines.
Avant cela, elle avait fait sensation avec un patch intestinal qui envoie des signaux d'alarme en cas de perforation, que les médecins peuvent détecter par échographie. Elle tente également de guérir le cancer des ovaires à l'aide d'une nouvelle thérapie à base de nanoparticules.
La thèse de doctorat d'Herrmann, elle aussi, est remarquable: en 2010, elle a développé un procédé de purification du sang basé sur des aimants, qui a été perfectionné en collaboration avec la célèbre université de Harvard. Les doctorants et collègues de l’EPFZ, qui ont suivi Herrmann, ont fondé, sur la base de cette technique, la start-up suisse Hemotune, qui a été récompensée par de multiples prix de l'innovation. Ici aussi, la professeure n'est plus présente qu’en tant que conseillère.
Contrairement à la plupart des chercheurs, elle parvient à innover dans plus d'une discipline. Comment s'y prend-elle? «Nous cherchons à établir un dialogue étroit avec les cliniciens et sommes très à l'écoute des problèmes qu'ils rencontrent au quotidien», explique celle qui jouit d'une réputation irréprochable, même auprès des chirurgiens, réputés pour leur sens critique.
Interrogée à ce sujet, la doctoresse rit et dit qu'elle apprécie particulièrement ces spécialistes, car ils vont rapidement à l'essentiel et ont un sacré dynamisme.
«Une partie de ce succès s'explique certainement par la curiosité et la diversité de mon équipe», explique la chimiste. Elle estime qu'il est important que le plus grand nombre possible de personnes ayant des points de vue et des horizons différents soit représenté, car cela favorise la créativité.
Elle a particulièrement apprécié cela lorsqu'elle travaillait dans des instituts de recherche à l'étranger, comme aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et en Angleterre. A l'université de technologie de Delft, elle avait des collègues provenant de nombreux pays, sans lesquels certains projets de recherche n'auraient jamais eu le même succès.
La chercheuse puise avant tout son énergie dans la recherche, qu'elle ne considère pas comme un travail, mais comme une tâche très gratifiante. Sans oublier le temps qu'elle passe avec sa famille et ses amis, qui lui donne aussi beaucoup de force. C’est d'ailleurs en discutant avec des amis d'autres secteurs, que de nombreuses idées de recherche lui sont venues.
Le grand engagement de Herrmann a déjà porté ses fruits sur le plan scientifique. Aujourd'hui, elle n'est pas seulement professeur à l'université de Zurich, mais aussi chargée de cours à l'EPFZ. De plus, elle fait de la recherche en tant que chef de groupe au Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche (Empa) et a ouvert en septembre 2023 l'Ingenuity Lab à l'Hôpital universitaire Balgrist. Cela lui permet de collaborer encore plus étroitement avec le corps médical.
Mais cela ne fonctionne que parce qu'elle a créé des structures qui laissent aux doctorants et aux post-doctorants la liberté nécessaire pour leurs projets de recherche, tout en leur offrant un soutien chaque fois que cela s'avère nécessaire. «Les gens dans mes laboratoires sont incroyablement passionnés par leurs projets», dit-elle. Il est donc rarement nécessaire que Herrmann s'implique dans les détails. Elle est davantage responsable des idées de recherche et de l'encouragement des jeunes scientifiques.
La pratique prouve que ce style de direction antipatriarcal fonctionne. Après tout, Herrmann a ainsi déjà fait émerger toute une série d'inventions et de jeunes scientifiques couronnés de succès - et ce, bien qu'elle n'ait elle-même que 39 ans.
Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich