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Suisse: Inge Herrmann fait rêver la planète avec ses inventions

La professeure Inge Herrmann,
Image: Claudio Thoma

Les inventions de cette Suissesse font rêver la planète

Des lasers pour refermer les plaies et des implants contre l'endométriose: les inventions de la Suissesse Inge Herrmann pourraient sortir tout droit d'un film de science-fiction.
27.07.2024, 07:03
Simon Maurer / ch media

La semaine dernière, les médias du monde entier ont parlé d'une invention suisse.

«Des chercheurs suisses développent un implant révolutionnaire contre l'endométriose»
The Hans India de New Delhi

La responsable de ce buzz planétaire est une femme dont le nom n'est mentionné qu'en marge de toutes ces informations sensationnelles: la professeure zurichoise Inge Herrmann.

«L'implant contre l'endométriose n'était en fait qu'un projet annexe», explique l'ingénieure chimiste, qui préfère parler de son travail plutôt que de sa vie privée. A l'origine, elle voulait développer un moyen de contraception réversible qui, sous forme d'implant dans les trompes de Fallope de la femme, empêcherait les grossesses.

Mais après avoir discuté avec un gynécologue, elle s'est rendu compte que son approche pourrait également servir de moyen préventif contre l'endométriose. En effet, son implant peut empêcher le sang menstruel de s'échapper de l'utérus vers l'abdomen et d'y déclencher l'endométriose. Cette maladie longtemps méconnue touche de nombreuses femmes et est considérée comme extrêmement douloureuse.

Elle vit avec la forme la plus grave de l'endométriose

Vidéo: watson

Elle fait émerger les stars suisses de la recherche

Comme pour la plupart de ses projets, Herrmann a fait naître l'implant contre l'endométriose sous sa direction, mais a laissé la suite du développement aux jeunes chercheurs de son équipe. Parmi eux, Alexandre Anthis, un chercheur du laboratoire d'Herrmann qui a déjà fait partie de la liste des «30 Under 30» du magazine Forbes.

Cela lui permet de ne pas faire de lobbying trop agressif pour ses propres inventions et d'en évaluer l'utilité de manière indépendante. C'est aussi la raison pour laquelle Herrmann ne souhaite être impliquée qu'à titre consultatif dans de nombreux projets de start-up que les doctorants poursuivent après leur activité de recherche.

Inge Herrmann.
Inge Herrmann.Image: Claudio Thoma

L'implant contre l'endométriose n'est de loin pas la seule invention avec laquelle l'ingénieur chimiste a fait parler d'elle. Au début de l'année, sa technologie laser pour la fermeture de plaies ouvertes a fait la une des journaux du monde entier. L'invention avait notamment fait l'objet d'articles dans le magazine The Economist et même dans des revues spécialisées sud-africaines.

Avant cela, elle avait fait sensation avec un patch intestinal qui envoie des signaux d'alarme en cas de perforation, que les médecins peuvent détecter par échographie. Elle tente également de guérir le cancer des ovaires à l'aide d'une nouvelle thérapie à base de nanoparticules.

Même les chirurgiens les plus critiques estiment son travail

La thèse de doctorat d'Herrmann, elle aussi, est remarquable: en 2010, elle a développé un procédé de purification du sang basé sur des aimants, qui a été perfectionné en collaboration avec la célèbre université de Harvard. Les doctorants et collègues de l’EPFZ, qui ont suivi Herrmann, ont fondé, sur la base de cette technique, la start-up suisse Hemotune, qui a été récompensée par de multiples prix de l'innovation. Ici aussi, la professeure n'est plus présente qu’en tant que conseillère.

Contrairement à la plupart des chercheurs, elle parvient à innover dans plus d'une discipline. Comment s'y prend-elle? «Nous cherchons à établir un dialogue étroit avec les cliniciens et sommes très à l'écoute des problèmes qu'ils rencontrent au quotidien», explique celle qui jouit d'une réputation irréprochable, même auprès des chirurgiens, réputés pour leur sens critique.

Interrogée à ce sujet, la doctoresse rit et dit qu'elle apprécie particulièrement ces spécialistes, car ils vont rapidement à l'essentiel et ont un sacré dynamisme.

«En outre, les congrès de chirurgie sont pour moi l'une des meilleures sources d'idées. Lorsque j'y assiste, je suis confrontée à de nombreux nouveaux problèmes auxquels j'essaie de trouver une solution»
Inge Herrmann

Diverses équipes et beaucoup de liberté pour leurs chercheurs

«Une partie de ce succès s'explique certainement par la curiosité et la diversité de mon équipe», explique la chimiste. Elle estime qu'il est important que le plus grand nombre possible de personnes ayant des points de vue et des horizons différents soit représenté, car cela favorise la créativité.

Elle a particulièrement apprécié cela lorsqu'elle travaillait dans des instituts de recherche à l'étranger, comme aux Pays-Bas, aux Etats-Unis et en Angleterre. A l'université de technologie de Delft, elle avait des collègues provenant de nombreux pays, sans lesquels certains projets de recherche n'auraient jamais eu le même succès.

«Je suis une personne extrêmement éprise de liberté. La créativité et la flexibilité sont extrêmement importantes pour moi»
Inge Herrmann

La chercheuse puise avant tout son énergie dans la recherche, qu'elle ne considère pas comme un travail, mais comme une tâche très gratifiante. Sans oublier le temps qu'elle passe avec sa famille et ses amis, qui lui donne aussi beaucoup de force. C’est d'ailleurs en discutant avec des amis d'autres secteurs, que de nombreuses idées de recherche lui sont venues.

Une femme pour quatre fonctions

Le grand engagement de Herrmann a déjà porté ses fruits sur le plan scientifique. Aujourd'hui, elle n'est pas seulement professeur à l'université de Zurich, mais aussi chargée de cours à l'EPFZ. De plus, elle fait de la recherche en tant que chef de groupe au Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche (Empa) et a ouvert en septembre 2023 l'Ingenuity Lab à l'Hôpital universitaire Balgrist. Cela lui permet de collaborer encore plus étroitement avec le corps médical.

«Dans cette configuration, je peux combiner l'ingénierie, la chimie des matériaux et la médecine, faire de la recherche et former des étudiants»
Inge Herrmann

Mais cela ne fonctionne que parce qu'elle a créé des structures qui laissent aux doctorants et aux post-doctorants la liberté nécessaire pour leurs projets de recherche, tout en leur offrant un soutien chaque fois que cela s'avère nécessaire. «Les gens dans mes laboratoires sont incroyablement passionnés par leurs projets», dit-elle. Il est donc rarement nécessaire que Herrmann s'implique dans les détails. Elle est davantage responsable des idées de recherche et de l'encouragement des jeunes scientifiques.

La pratique prouve que ce style de direction antipatriarcal fonctionne. Après tout, Herrmann a ainsi déjà fait émerger toute une série d'inventions et de jeunes scientifiques couronnés de succès - et ce, bien qu'elle n'ait elle-même que 39 ans.

Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich

Elle vit avec la forme la plus grave de l'endométriose
Video: watson
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