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Effacer le numéro d'un proche décédé n'est pas anodin

Effacer le numéro d’un proche décédé, c'est «le faire mourir une 2e fois»

En expliquant qu'elle avait eu besoin de huit ans pour se résoudre à supprimer le numéro de sa mère décédée, l'actrice et réalisatrice Isabelle Mergault a suscité beaucoup de commentaires et interrogé chacun de nous.
16.10.2024, 16:5416.10.2024, 16:54
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Dans un minuscule message de 4 lignes, 50 mots et 270 caractères, Isabelle Mergault a fait ressurgir toute la douleur du deuil et la culpabilité qui l'accompagne parfois. «Ma mère est morte il y a huit ans et c’est seulement maintenant que j’ai décidé de supprimer son numéro dans mes contacts, a écrit l'actrice et réalisatrice française sur le réseau social «X».

«C’est fou comme parfois, il faut du temps pour faire ça. Comme si, conservant son numéro, on la gardait encore un peu, elle. C’est tellement irrationnel!»

Son intervention a suscité de nombreux commentaires, à commencer par celui-ci: «Il n'y a rien d'irrationnel dans l'amour éternel pour une maman». Mais ce que les internautes ont surtout tenu à exprimer dans leur réponse, c'est leur manière de réagir au décès d'un proche.

Beaucoup ont ainsi reconnu qu'ils n'effaçaient pas le contact de l'être aimé dans leur téléphone portable. «J'aurais l'impression de le faire mourir une deuxième fois», a admis l'un d'eux. Un sentiment que l'on devine en creux dans beaucoup d'autres réactions.

«Le numéro de ma mère est toujours présent dans mes favoris et je pense ne pas pouvoir le supprimer. Non pas que mon deuil ne soit pas fait, mais l’action de la supprimer de mon téléphone n’est pas envisageable. C'est irrationnel sans doute, mais très humain»
@J_RLS

La plupart des gens ne font rien de ce numéro. Ils le conservent dans leur répertoire comme un souvenir précieux, un lien symbolique qui les rattache encore à la vie d'autrefois. Mais certains l'utilisent toujours.

«Nous avions des clients qui demandaient à garder une ligne ouverte, ne serait-ce que pour entendre le message d'accueil», a expliqué sur «X» un internaute se présentant comme «un ancien opérateur téléphonique».

«Ça fait 12 ans que mon frère est mort et son numéro est toujours dans mon carnet d’adresse. Pendant des années, je lui ai envoyé des sms pour son anniversaire. C’est idiot, mais c’était comme conserver une connexion avec lui.»
@gloupsback
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Au total, 134 personnes ont participé à ce sondage.

On devine que pour certains, supprimer un contact ne revient pas à faire mourir un proche une seconde fois, mais plutôt à prendre définitivement congé du disparu, à accepter de le laisser partir tout à fait. Une action qui témoigne aussi de notre rapport au téléphone portable, ce petit boîtier dans lequel nous avons rangé toute notre vie, et qui nous relie à tout ce qui nous est précieux.

Une internaute explique ainsi le chagrin qu'elle a ressenti lorsqu'elle n'a plus entendu la voix de sa défunte mère au téléphone:

«Mon père a repris le téléphone de ma mère après sa mort. J'appelais souvent à des heures à laquelle il ne pouvait pas répondre pour entendre sa messagerie. Et puis un jour, il la changé. J'ai tellement pleuré ce jour-là, en me disant que plus jamais je n'entendrais sa petite voix»
@KeziaLepoint

Même si la plupart des intervenants de la discussion partagent le sentiment et la douleur d'Isabelle Margault, on en trouve aussi qui refusent d'attribuer une quelconque portée symbolique à la conservation d'un contact téléphonique. Peut-être parce que c'est trop dur d'avoir le numéro de quelqu'un qu'ils aimeraient tant appeler, mais qui jamais plus ne leur répondra.

«Je suis absolument triste et désolé de vous dire que le droit à l'oubli existe»
@MATsxm

D'autres estiment sans doute que la suppression définitive du contact est une étape à passer pour accepter la vie qui continue, malgré tout.

«Est-ce parce que je suis athée? (ou est-ce que cela n’a aucun rapport?) J’efface le numéro dans la journée de la mort de la personne que je connais. Je l’ai fait pour mon père et ma mère, cette dernière étant partie en janvier de cette année.»
@gale_eden

Isabelle Mergault ne s'attendait pas à autant de témoignages. La Parisienne de 66 ans l'a reconnu dans une publication dans laquelle elle a semblé émue et apaisée.

«Je m’aperçois à quel point je ne suis pas la seule à avoir gardé le numéro de ma mère si longtemps. Et tous vos témoignages sont fort poignants»

Ils disent beaucoup en effet de ce que sont nos liens aux autres, dans la vie, mais surtout dans la mort.

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