«J'étais l'animateur le plus haï de l'histoire»: Jean-Marc Richard déballe
«Vous avez rendez-vous pour l'émission cœur à cœur?» nous lance la réceptionniste à l'accueil de la maison de la radio à la Sallaz. Il est vrai que l'on avait omis que Jean-Marc Richard était en direct une bonne partie de la journée pour l'émission caritative qui réunit la chaîne du bonheur et la RTS. Lorsque nous le rencontrons sur le plateau, il remarque notre pull estampillé Eurovision 2025 à Bâle, un clin d'œil qu'il apprécie avec un grand sourire.
Vous avez annoncé votre retraite de la RTS et dans la foulée, vous révélez votre nouvelle émission sur LFM, à 65 ans, vous n'êtes pas fatigué par tout ça?
Non, pas du tout. Vous pensez vraiment que l'on peut être fatigué en faisant ce métier? Je suis un passionné de la radio et de la télévision et la seule chose qui aurait pu m'arrêter, c'est de perdre l'envie de faire ce métier, mais ce n'est pas mon cas. Il y a quatorze ans, à la fin de l'émission «Les Zèbres» et «Les petits zèbres» j'ai pensé arrêter et aller voir du côté des télévisions ou des radios privées, mais Gilles Marchand est venu me voir pour me proposer la ligne de cœur et j'ai accepté.
Il y a toutefois deux choses que je garde, c'est le Kiosque à musique jusqu'à fin 2027 et puis je reste aussi à l'animation de la Chaîne du bonheur, mais cette émission n'est pas produite par la RTS.
Vous n'avez pas peur qu'on se dise, on l'a assez entendu?
Alors je vais faire la place aux autres ici à la RTS, cela ne fait aucun doute. De plus, LFM n'a pas la même audience que la radio publique, avis à ceux qui en ont marre de m'entendre. Vous savez, j'ai touché à tout dans mon métier, en partant des commentaires des matchs de hockey dans les radios privées, de la couverture de la politique régionale avec radio Acidule, aux jeux télévisés à la RTS. Cette variété en matière d'animation est une force que je cultive.
J'ai toutefois mis une seule condition avant d'accepter, celle de ne pas prendre la place de quelqu'un d'autre. J'ai pris le créneau de 12h à 13h, il n'y avait pas d'émission à cette heure-là.
«Vous d'abord», c'est le nom de l'émission que vous allez animer sur LFM. L'objectif est de donner la parole aux auditeurs, vous allez donc débattre des thématiques de société?
Oui. La première émission sera consacrée aux 30 km à l'heure dans les centres-villes, il y aura un expert et on donnera la parole aux auditeurs pour avoir leur opinion. Le but est d'écouter, de partager et, à la fin, de voter. On m'a demandé si l'émission n'allait pas être un défouloir, je pense que cela ne sera pas le cas. Je fais confiance aux gens et je vais essayer de créer un climat pour qu'ils puissent s'exprimer.
Il y a un peu côté Monsieur loyal chez vous?
Totalement. Dans cette émission, je ne serai pas animateur, mais modérateur. Mon rôle est de mettre en lien les gens, même s'ils ne sont pas du tout d'accord entre eux.
Sans vous le cacher, nous avons dû lire votre page Wikipédia pour connaître votre parcours, il est très diversifié et abondant. Vous être entré à la RTS par l'animation de jeux de société, c'est bien cela?
Pas exactement. Je suis entré à la radio publique par la Chaîne du bonheur, les premières émissions que j'ai faites, c'était par la Chaîne du bonheur et non les jeux TV. Mais la présentation des jeux TV de la Loterie romande est une part importante de mon parcours et je n'ai pas fait que des heureux.
C'est-à-dire?
Eh bien, je pense qu'à l'époque, j'étais l'animateur le plus haï de l'histoire de la radio télévision romande. Tout le monde regardait et la plupart des gens me trouvaient insupportable, ce que je comprends tout à fait. Aujourd'hui, je rencontre encore des gens qui m’en veulent pour ça.
Plus on me détestait et plus, on regardait, c'était complètement fou. Il faut souligner qu'à mon engagement, on m'avait donné une consigne, celui «d'animer à la québécoise». A l'époque, cela voulait dire avec beaucoup d'exubérances et d'entrain. Ce concept d'animation était totalement nouveau et pas du tout suisse. Je me suis alors créé un personnage et j'en faisais des tonnes (nous lui montrons un extrait du jeu «Téléduo» qu'il s'empresse de commenter). Vous voyez, dans l'introduction du jeu, je mettais une telle énergie que les gens disaient que je criais. Cela n'avait rien à voir avec ma personnalité bien entendu, je jouais un rôle et ça n'a pas été compris sur le moment.
Vous rappelez souvent ces critiques dans vos interviews, cela vous a marqué, on dirait.
Oh oui, à l'époque, bien avant les réseaux sociaux, il y avait une émission sur la RTS qui s'appelait Case postale et qui était dédiée aux critiques des téléspectateurs. Elle avait reçu une lettre disant que j'étais un singe hurleur qu'il fallait envoyer à l'asile. Elle a fait un sketch se moquant ouvertement de moi, l'un des acteurs jouait mon rôle dans un hôpital psychiatrique et il était passé au jet d'eau. Cela a fait un scandale au sein de la chaîne, le directeur était fâché de la caricature des personnes vivant avec des problèmes psychiques et de la mauvaise image que l'on m'avait donnée. On m'a proposé dans les mois qui ont suivi de participer à l'émission «Telle Quel» qui a fait mon portrait.
L'émission devait aussi lever le voile sur mes autres activités, comme celui d'animateur à Radio Acidule.
On peut dire que vous avez vécu la grande époque des jeux télévisés sur la télévision publique? D'ailleurs, laissez-moi vous dire qu'en regardant les archives, vous avez un air de Vincent Lagaf.
Peut-être, mais j'ai fait les jeux TV bien avant lui (rires).
Le public était désarçonné, car l'émission ne correspondait pas aux codes télévisuels de l'époque. Quant à l'audience, c'était tout simplement phénoménal, les téléspectateurs n'attendaient que ça, on pouvait gagner jusqu'à 100 000 francs, c'était incroyable.
On le remarque dès que l'on vous rencontre, le vrai Jean-Marc Richard est beaucoup plus posé qu'on ne l'imagine.
Complètement. Certains disent qu'il y a plusieurs Jean-Marc Richard, moi, je dis qu'il n'y en a qu'un, mais qu'il a plusieurs rôles. Parfois je suis modérateur comme dans la Ligne de coeur, d'autre fois commentateur comme pour les matchs de hockey, mais aussi animateur quand il s'agit des jeux.
Comment ne pas aborder vos 34 années à présenter l'Eurovision? D'ailleurs, vous avez apprécié mon pull?
Oh oui, il vous va très bien. Cela fait plaisir de rencontrer des personnes qui suivent le concours depuis plusieurs années, vous ne vous rendez pas compte du nombre de coups de fil que je devais passer à l'époque pour intéresser les collègues journalistes à l'Eurovision, ce concours était à bout de souffle. Pour l'anecdote, en 1991, on me contacte deux semaines avant la diffusion du concours et on me dit: «On a eu un désistement, alors si ça t'intéresse, on t'emmène pour commenter», c'était impossible de refuser.
Il y a 15 ans, j'ai insisté pour prendre Nicolas Tanner, expert du concours, comme commentateur, à son arrivée, je me suis senti beaucoup moins seul.
J'imagine que votre meilleur souvenir reste la victoire de Nemo en 2024...
Oui, mais pas seulement. La troisième place de Gjon Tears en 2021 a montré que la Suisse était sur la bonne voie. Pour la première fois depuis des décennies, on pouvait se dire que gagner le concours était possible, c'était un signe important pour notre pays. Quant à Nemo, je ne vous raconte pas le niveau de stress que l'on avait en cabine en attendant l'annonce des résultats cette nuit-là. Nous avions les larmes aux yeux, Nicolas Tanner et moi-même, quelle émotion.
La prestation de Nemo était époustouflante et c'est un artiste adorable, ce souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.
Maintenant, place à toutes les questions qu'on a toujours voulu vous poser, vous êtes prêt?
Allez-y, je n'ai pas beaucoup de secrets, vous savez.
Vous êtes un personnage jovial, mais qu'est-ce qui peut fâcher Jean-Marc Richard à l'antenne?
La seule fois où j'ai tenu à modérer dans la Ligne de cœur, c'est lorsque j'entends des propos racistes. Je ne tolère pas ce genre de propos. J'aime rappeler que l'on ne doit pas lutter contre les individus et particulièrement les personnes pauvres, mais contre la pauvreté en général. D'ailleurs, les médias ne le savent pas encore, mais je vous annonce que je vais reprendre la présidence de la fondation Mère-Sofia à Lausanne.
Vous avez fait des jeux TV, des émissions avec des enfants comme «Les Zèbres», «l'Eurovision», «La ligne de cœur» etc. vous n'avez donc aucune spécialité, vous ne refusez jamais rien?
Certains disent que je ne sais pas dire non. Il est vrai que toutes les émissions que l'on m'a proposées ont été créées et animées par d'autres. Mais en les reprenant, j'ai toujours mis mes conditions. Je prends l'exemple de la création d'une plateforme sociale pour la ligne de cœur ou le fait d'aller dans les classes pour «Les Zèbres». De plus, je n'ai jamais travaillé seul, j'ai toujours eu de belles équipes qui ont fait vivre ces émissions.
On me demande de vous signaler que vous hurliez «comme un fou» à la radio lors des commentaires de matchs de hockey, c'est vrai?
Totalement, mais j'assume. A cette époque, je travaillais pour des radios régionales, dont RTN notamment. Ma manière de commenter répondait à ce que le public régional attendait de nous.
Mais, bon, on me dit que vous étiez très partial quand même...
Ah oui, effectivement, mais impossible de ne pas l'être quand on travaille en région (rires).
Votre meilleur souvenir dans l'émission «Les Zèbres» avec les enfants?
J'ai une jolie anecdote: pour «Les Zèbres», on avait comme principe de faire parler tous les enfants au moins une fois durant l'émission. A la fin de l'une d'elles, je remarque un petit gars qui n'avait rien dit, je vais vers lui et lui explique qu'il va faire une phrase courte et devra dire: «C'est l'heure des infos». Arrivé le moment tant attendu et il le dit d'une traite, très clairement. Là, je vois toute la classe se lever et l'applaudir. Je vois le regard de la maîtresse émue. On m'explique alors qu'il ne parlait quasiment jamais en classe et que c'était une première.
Comme nous sommes à l'heure des confidences, l'émission que vous avez regrettée présenter?
Sans hésitation, «Miss Suisse». L'univers ne me convenait pas, il y avait un côté femme-objet qui me déplaisait, je ne m'y suis pas senti à l'aise. Durant la présentation avec Lolita, je demandais régulièrement si ma prestation convenait, car je me demandais souvent ce que je faisais là.
Vous l'avez animé une décennie tout de même?
Oui, mais j'avais vite compris que je n'étais pas à ma place.
Vous gagniez combien à vos débuts à la RTS?
Jusqu'à l'âge de 31 ans, je gagnais 800 CHF par mois et je ne travaillais pas à plein temps pour la TSR. Pour les jeux TV, on était payé par jours d'enregistrement et non par diffusion, donc, en une journée, on pouvait enregistrer plusieurs émissions, cela ne permettait pas de devenir riche. Ce n'est qu'à la fin des années 90 que j'ai commencé à plein temps pour la RTS.
On ne connait pas grand-chose de la vie privée de Jean-Marc Richard, vous semblez la cacher?
Je ne la cache pas, disons que je la protège. Je peux vous dire que je suis marié et que mon épouse et moi, nous avons quatre enfants en commun, dont un garçon encore mineur. Je parle rarement de ma vie privée et n'expose pas mes enfants sur les réseaux, car je pense que c'est une forme de maltraitance. Comme vous l'avez dit, je suis quelqu'un de populaire, les gens connaissent ma voix et pensent parfois me connaître, mais je sais ce qu'il en coûte et je préserve mes proches de tout ça.
Est-ce que vous avez un regret durant ces décennies à la RTS?
Il y a une chose que je n'ai pas totalement réussie, c'est de changer l'image de «La ligne de cœur» auprès des personnes qui ne l'écoutent jamais. J'aimerais que les personnes qui ne connaissent pas l'émission prennent la peine de l'écouter et ne jugent pas trop vite en pensant que les auditeurs appellent seulement pour se plaindre de leur quotidien. C'est bien plus que cela, notre objectif est de créer du lien social.
