Pourquoi Charles III n'abdiquera jamais en faveur de son fils
On aurait pu baptiser cela «Opération Charme». La robe Gucci de princesse Disney, les boucles brunes délicates, le nœud pap' impeccable et les sourires Colgate carnassiers déployés face aux objectifs. Alors que la monarchie traverse une crise majeure sous les traits blanchards et contrits de l'ex-prince déchu Andrew, Kate et William se devaient d'afficher une bonne figure de façade, ce dimanche, en foulant le tapis rouge des Bafta.
Sans oublier de lâcher un tacle, subtil, qui restera gravé dans les annales de la punchline royale.
Perfide? Absolument. Efficace? Tout à fait. Depuis des mois, William campe à merveille le rôle de l'héritier plus bankable, plus désirable et, surtout, plus pur que son géniteur actuellement aux commandes.
«Je ne pense pas que William soit impliqué de quelque manière que ce soit dans ce scandale», faisait déjà savoir le biographe Andrew Leonie dans plusieurs interviews accordées à la télévision et aux tabloïds, la semaine dernière, avant l'arrestation de l'oncle problématique du prince.
Sitôt Andrew conduit au commissariat, il n'en fallait pas plus pour que chacun, du Daily Mail au Daily Beast, en passant par les biographes royaux les plus éminents, y aille de leur appel: s'il tient un tant soit peu à l'institution dont il a héritée, Charles III doit rendre son tablier. Lâcher l'affaire.
La fermeté apparente du souverain après l'arrestation de son cadet, le 19 février dernier, n'a pas réussi à convaincre qu'il n'était pas, lui aussi, un «canard boiteux». En dépit d'un communiqué rapide et lapidaire affirmant sa pleine coopération avec les autorités, l'enquête et la justice, le souverain de 77 ans a été touché par les éclaboussures acides du scandale Epstein.
Au point que les plumes les plus complotistes s'interrogent déjà. Que Charles savait-il de la relation de son frère avec le pédophile décédé? Pourquoi n'a-t-il pas agi plus tôt? Jusqu'où le souverain britannique a-t-il trempé dans cette affaire délétère pour l'institution?
«Nous traversons la plus grave crise royale depuis l'abdication (d'Edouard VIII) de 1936, et le prince William devrait en profiter pour restructurer en profondeur la monarchie. Il serait donc judicieux que son père règle la situation dès maintenant», renchérit pour sa part Tom Sykes, du Daily Beast.
«La survie exige parfois de la cruauté. La reine Elizabeth l'a bien compris. Elle était capable de chaleur humaine, mais lorsque l'institution exigeait de la fermeté, elle n'hésitait pas à s'y soumettre. Charles doit agir sans tarder.»
Capitaine du navire
Des appels pétris de noblesse et de bons sentiments, pour sûr. Mais qui ne manqueront pas de rester lettre morte. S'ils aiment plus que quiconque se faire mousser, les chroniqueurs royaux perdent de vue le rôle de Charles III. Régner jusqu'à la mort est un rôle qu'on lui a assigné à sa naissance. Sa raison d'être. Sa destinée.
La monarchie britannique est un paquebot de la trempe du Titanic. Lourd, difficile à manœuvrer et présumé insubmersible. Son capitaine est sommé d'affronter les ouragans et les obstacles avec flegme et calme. Quitte, en cas de gros pépin, à sombrer avec le navire.
A cette réalité s'ajoute la personnalité de l'homme derrière la couronne. Héritier frustré pendant plus de sept décennies, Charles III ne boude pas son plaisir depuis qu'il a raflé le titre suprême. Le septuagénaire, au contraire, ne s'est jamais autant amusé.
Bien inspiré par l'attitude de sa mère, la reine Elizabeth, ce souverain allergique aux conflits a accueilli les controverses qui ont agité son règne depuis 2022 au pire avec agacement, au mieux, avec une relative indifférence. Chaque crise, de la rébellion de son fils Harry aux dérapages de son infréquentable frère Andrew, n'ont fait que le conforter dans sa position d'autruche.
A cela s'ajoute le fait que Charles vit depuis 77 ans empli d'un sens du devoir qui nous échappe largement, à nous autres, mortels nés hors du sérail royal. Un privilège de naissance qui l'habite et, sans doute, lui pèse. Tout au long de sa vie, le poids de la couronne a provoqué à l'ancien prince de Galles nombre de bouffées d'angoisse et épisodes dépressifs, largement documentés par les journalistes et les spécialistes qui l'ont côtoyé.
Au moins de trois ans à peine de règne, c'est peu dire que le jeune monarque ne compte pas abandonner cette position si longtemps attendue, si «durement» acquise, si dûment méritée. Malgré la maladie qui le ronge, l'ambition dévorante de son fils aîné et les déboires de son ignoble cadet, Charles III s'accrochera au trône aussi longtemps qu'il en aura la force. Jusqu'à ce que mort s'ensuive.
