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Vacances: comment lutter contre la «maladie des loisirs»

La «maladie des loisirs», ce fléau qui peut gâcher vos vacances

Vous aussi vous tombez malade à chaque fois que vous prenez des vacances? Une psychiatre décrypte la maladie des loisirs et explique comment s'en débarrasser.
14.07.2024, 07:0314.07.2024, 09:13
Bruno Knellwolf / ch media
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Pour certains, il n'est pas si facile de passer du monde du travail à la douceur de vivre des vacances. Un obstacle majeur peut se mettre en travers de leur route: la maladie des loisirs ou «leisure sickness».

«Ce phénomène se produit lorsque, après une période de forte pression, celle-ci disparaît soudainement, entraînant une baisse du taux d'hormones de stress composé de cortisol et d'adrénaline»
Dagmar Schmid, psychiatre à l'hôpital cantonal de Saint-Gall

Cela entraîne une baisse des défenses immunitaires et augmente les risques de refroidissement ou de maladie infectieuse.

En effet, en cas de stress, les glandes surrénales libèrent de l'adrénaline. Tant que l'adrénaline est pompée, le corps libère également du cortisol, une hormone anti-inflammatoire.

L'interaction entre le système sympathique et le système parasympathique est donc déséquilibrée. Ces deux acteurs sont responsables des battements du cœur, de la digestion, du métabolisme et de bien d'autres choses encore. Dagmar Schmid précise:

«La maladie des loisirs n'est pas une question d'âge ou de sexe»

Il s'agit plutôt de la façon dont le système physique et psychique gère le stress.

De nombreux symptômes possibles

La baisse du taux de cortisol, et donc des défenses immunitaires, peut entraîner des infections, de la fièvre, des symptômes d'épuisement, de la fatigue, des troubles du sommeil, des douleurs musculaires et articulaires et, très souvent, des migraines. L'irritabilité, l'anxiété, le burn-out et même la dépression sont aussi possibles.

«De plus, en période de vacances, la structure et les distractions liées aux tâches du travail quotidien disparaissent»
Dagmar Schmid

Soudain, l'esprit trouve le temps de réfléchir à des problèmes reportés et à des conflits non résolus.

Par ailleurs, à l'arrivée des vacances, le corps est épuisé et oblige la personne à se régénérer. Si l'on ne tient pas compte de cela, la vulnérabilité augmente.

En 2017, l'Allemagne a recensé le nombre de personnes souffrant du mal des vacances. Il en ressort qu'une personne sur cinq en est atteinte au moins une fois dans sa vie. D'autres données indiquent que 3 à 4% de la population peut être atteint de manière régulière. Cette estimation est confirmée par une étude des psychologues néerlandais Ad Vingerhoets et Maaike Van Huijgevoort.

C'est en 2001 qu'ils ont décrit pour la première fois le mal des vacances. Selon eux, la maladie est un peu plus fréquente chez les hommes (3,6%) que chez les femmes (2,7%). La plupart des personnes ont déclaré présenter les symptômes depuis plus de 10 ans et le début du premier épisode peut être associé à un événement particulier de la vie, comme un mariage, la naissance d'un enfant ou le début d'un nouveau travail.

Les changements de rythme sont importants

Selon Dagmar Schmid, l'élément décisif est la manière dont une personne gère la pression de la performance.

«Comment est-ce que je gère mes forces, quel est mon style de vie, est-ce que je peux séparer le travail et les loisirs, est-ce que j'arrive à faire des pauses pendant les heures de travail?»

Les personnes les plus vulnérables sont celles qui ont des exigences de performance élevées, les perfectionnistes, ceux qui sont soumis à la pression de la concurrence. Les personnes qui ont du mal à dire non ou à supporter la critique ou qui gérent mal leurs émotions.

Comment l'éviter?

La psychiatre recommande d'entraîner le changement de rythme, afin que le système immunitaire, mais aussi le comportement, s'habituent à l'alternance de performances élevées et de pauses. On parle alors de gestion des forces ou d'un style de vie équilibré.

Il est important d'analyser d'abord ce qui stresse quelqu'un et ce qui lui permet de retrouver son calme. Dans le cadre d'une intervention de thérapie comportementale, on analyse la gestion des forces des personnes concernées afin de définir les facteurs de stress et les ressources. Il faut ensuite travailler ensemble sur l'attitude et le comportement à adopter face à ces situations et développer des compétences alternatives pour les gérer.

«Il s'agit avant tout de briser le niveau d'exigence constamment élevé et de savoir déjà gérer le repos avant les grandes vacances et les attentes qui y sont liées»
Dagmar Schmid

Le cercle vicieux peut même s'accentuer si les personnes concernées se mettent à redouter les vacances parce qu'elles s'attendent à contracter la maladie des loisirs. Elles commencent alors à éviter ces situations ou à remplir leurs vacances avec des tâches professionnelles non effectuées. Comme dans le cas d'une maladie anxieuse, il s'agit, sur le plan immunologique comme sur le plan comportemental, de se confronter consciemment à cette situation et de s'entraîner de manière échelonnée.

«Reporter les vacances ou même y renoncer pendant un certain temps serait la mauvaise solution, car le problème deviendrait chronique»
Dagmar Schmid

Ceux qui ont surmonté le mal des vacances à long terme expliquent comment ils s'y sont pris dans l'étude précitée du psychologue Ad Vingerhoets. Les améliorations les plus souvent citées ont eu lieu grâce à un changement d'emploi, un changement d'attitude envers le travail ou un changement d'attitude envers la vie en général.

Le rôle clé du sommeil

Pour les personnes concernées, le meilleur médicament est souvent le sommeil. Le corps va alors chercher ce dont il a besoin. Pour optimiser le sommeil et prévenir le stress, il existe différentes méthodes comme l'activité physique, l'alimentation, les exercices de relaxation, l'entraînement à la pleine conscience, le biofeedback, l'acupuncture, les remèdes à base de plantes et d'huiles essentielles et la médecine classique.

«Il faut si possible renoncer aux somnifères et tranquillisants, non seulement en raison de leurs effets secondaires et de leur potentiel de dépendance, mais aussi parce qu'ils favorisent surtout le sommeil léger et non le sommeil profond réparateur»
Dagmar Schmid
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