Infantino va tuer la Coupe du monde: réveillez-vous!
Le président de la Fifa, Gianni Infantino, a livré il y a peu de nouvelles déclarations grandioses. Le Mondial 2026 a été, selon lui, «la plus grande Coupe du monde de l’histoire». Mais ce n’est pas tout: il a même constitué «le plus grand événement humain, social et culturel que l’humanité ait jamais connu».
Dans les faits, la Coupe du monde a effectivement battu de nombreux records, notamment en matière de buts inscrits, de billets vendus, d’audiences télévisées et de recettes. Mais comme le tournoi s’est déroulé pour la première fois avec 48 équipes, une réforme ayant entraîné 40 matchs supplémentaires, cela était en grande partie prévisible.
Ce succès n’est donc pas à mettre au crédit de Gianni Infantino ou de la Fifa. Leur seul mérite, si tant est que l’on puisse parler de mérite, est d’avoir fait passer le nombre de participants de 32 à 48.
Le Mondial 2026 a été, malgré cette évolution controversée, un excellent tournoi, qui a offert de belles histoires. Mais cela n’est certainement pas dû à Infantino, qui aime tant se mettre en scène comme le héros du football. Ce sport est tout simplement trop extraordinaire, trop captivant et trop profondément ancré dans nos cœurs pour que nous cessions de vibrer à son rythme. Mais cela pourrait finir par arriver, à force de laisser un seul homme tenter de le détruire.
Gianni Infantino a déjà franchi certaines limites avec sa proximité assumée avec Donald Trump, auquel il a remis de sa propre initiative le nouveau prix de la paix de la Fifa. En échange, Trump n’a pratiquement rien fait pour faciliter l’entrée sur le territoire américain des supporters de plusieurs pays participants, de l’arbitre somalien Omar Artan ou encore de l’équipe nationale iranienne. Lorsqu’il a ensuite demandé la levée de la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, celle-ci a été accordée comme par enchantement.
Mais Infantino a eu bien d’autres idées pour tenter de détruire le football. Par exemple, le découpage des matchs en quatre quarts-temps lié aux fameuses pauses fraîcheur, qui ont perturbé le rythme du jeu et servi de pauses publicitaires à de nombreuses chaînes de télévision. Il y a aussi le concert de la mi-temps lors de la finale, qui a presque doublé la durée de la pause, ainsi que la réforme de la Coupe du monde des clubs. Les relations étroites entretenues avec les régimes du Qatar et de l’Arabie saoudite, régulièrement critiqués pour leur bilan en matière de droits humains, ne contribuent pas non plus à rendre Infantino et la Fifa particulièrement populaires.
Le président de l’instance mondiale balaie cependant toutes ces critiques d’un revers de main. Selon lui, elles ne viendraient que de personnes rongées par la haine, qui n’auraient aucune idée du football. Or il devient de plus en plus difficile de croire qu’Infantino aime réellement ce sport et qu’il agit encore dans son intérêt. Ses actions ne servent que deux objectifs: maximiser les revenus de la Fifa et renforcer son propre pouvoir. Nous l’avons encore vu mardi, avec un projet qui va clairement trop loin.
La FIFA a annoncé vouloir créer une entreprise qui gérerait les droits commerciaux de la Coupe du monde et de la Coupe du monde des clubs. Pour cela, le soutien des associations membres est nécessaire. La valeur de l’entreprise serait initialement fixée à 20 milliards de dollars (environ 16,4 milliards de francs).
Les fédérations profiteraient également de ce projet, puisqu’elles recevraient des parts qu’elles pourraient ensuite revendre. De quoi permettre à Infantino de s’assurer leur soutien et de renforcer encore sa position. Parmi les investisseurs privés devraient figurer des proches de Donald Trump, tandis qu’Infantino souhaiterait diriger cette entreprise après son dernier mandat à la tête de la Fifa. Un salaire avoisinant les 50 millions de francs serait à la clé. Un rêve pour tout homme avide d’argent.
Il faut désormais espérer que les fédérations continentales et nationales sauront empêcher cette initiative d’aboutir. Il est temps qu’elles se réveillent enfin et qu’elles imposent des limites à Gianni Infantino. Qu’elles l’empêchent de continuer à prendre toujours plus de contrôle sur le football, au risque de finir par le détruire. L’UEFA a déjà fait un premier pas encourageant avec sa prise de position.
La démarche d’Infantino franchirait «une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir», peut-on lire dans son communiqué. Elle précise également: «Aucun d'entre nous n'est le propriétaire du football. Il n’appartient pas à la Fifa de le vendre».
Ces phrases ne doivent pas rester de simples formules creuses: l’UEFA doit tout mettre en œuvre pour empêcher la Fifa d’agir. Cela implique également de convaincre les autres confédérations, qui dépendent largement du soutien financier de l'instance mondiale. Les fédérations européennes devront aussi faire des concessions. Faute de quoi, Infantino restera un choix plus avantageux pour de nombreuses nations et pourrait réussir à imposer son projet.
Les conséquences sont difficiles à imaginer. Cependant, si des investisseurs privés détenaient effectivement près de la moitié des parts de la Coupe du monde, la commercialisation de l’événement pourrait franchir un nouveau cap. A ce moment-là, même 64 participants pourraient ne plus suffire. Quatre années entre deux tournois pourraient sembler bien trop longues. Seulement deux pauses publicitaires supplémentaires, en plus de la mi-temps, pourraient être jugées insuffisantes. Le football serait de plus en plus exploité, et ce, afin que les investisseurs puissent en tirer profit.
Seules les fédérations membres et leurs dirigeants peuvent encore empêcher cela. Après tout, elles ont le pouvoir de ne pas réélire Infantino. C’est absolument nécessaire, car tant qu’il tiendra les rênes de la Fifa, il pourra agir comme bon lui semble. La prochaine élection aura lieu au printemps 2027.
Infantino bénéficie encore du soutien d’une nette majorité des fédérations membres. Il est encore temps de changer cela. C’est le devoir de ceux «à qui l’avenir du football tient à cœur», pour reprendre les termes de l’UEFA. Sinon, le Valaisan pourrait bel et bien parvenir à détruire le sport le plus populaire au monde.
