Infantino a raison: le Mondial doit être encore élargi
Soyons clairs: il n'y a rien de mieux qu'une Coupe du monde à 32 équipes.
Cependant, ce format appartient désormais au passé. La Fifa a enclenché le mode à 48, sans aucun retour en arrière possible. Objectif avoué: rendre le football plus inclusif. Une ambition qui pousse le président de l’instance, Gianni Infantino, à voir encore plus grand et à rêver d’un Mondial à 64 équipes, en dépit de ses détracteurs qui n’y voient que des considérations économiques.
Qu'il concrétise ce projet afin surtout d'avoir suffisamment de poules pour mettre fin à ce système absurde des meilleurs troisièmes, qui compromettent l’équité sportive.
Si le Mexique, premier de sa poule, se qualifie pour les huitièmes de finale, il pourrait défier un autre premier, en l’occurrence l’Angleterre. La situation est en revanche bien différente pour les vainqueurs de groupe comme l’Argentine ou l’Espagne. Si elles atteignent elles aussi les huitièmes de finale, ces nations affronteront forcément un deuxième de groupe – une forme de récompense pour avoir déjà croisé un tel adversaire lors des seizièmes de finale, au lieu d’un troisième.
Le peuple mexicain aurait probablement préféré un parcours à l’image de celui qui se dessine pour les Argentins: deux deuxièmes (le Cap-Vert puis le vainqueur d'Australie-Egypte), plutôt qu'un troisième, l'Equateur, avant un potentiel premier de groupe dangereux, l'Angleterre.
image: Keystone
Mais il y a un autre problème concernant l'équité: les équipes jouant en dernier lors de la phase de groupes disposent d’une visibilité complète sur le tableau des meilleurs troisièmes.
Quand l’Autriche a encaissé le but du 3-2 en toute fin de match contre l'Algérie, elle savait qu’elle était éliminée. Elle devait alors impérativement égaliser. Elle aurait certes joué son va-tout si elle avait été placée dans le groupe A. Mais l’énergie déployée n’aurait sans doute pas été celle du désespoir.
Les statistiques ne mentent pas: depuis l’introduction de ces repêchages à l’Euro en 2016, aucun troisième ayant conclu la phase de groupes n’a été éliminé, contrairement à ceux placés dans les premières poules, qui peinent souvent à franchir le cut, comme la Corée du Sud (A) et l'Ecosse (C) cette année. Ce procédé va à l’encontre de la pratique consistant à faire jouer simultanément les derniers matchs d’un même groupe. Etrange.
Outre la question de l’équité, les meilleurs troisièmes compliquent aussi la lecture du tableau final. Il faut dire que leur attribution se fait selon ce que prévoit l’une des 495 combinaisons possibles de poules à trois qualifiés. L’incertitude règne longtemps.
Résultat: la rencontre entre l’Allemagne et le Paraguay n’a été connue qu’un peu plus de 48 heures avant le coup d’envoi. Pas idéal pour préparer un rendez-vous aussi important.
Les meilleures troisièmes nuisent davantage au tournoi qu’un nouvel élargissement à seize nations, lesquelles seraient susceptibles d’enthousiasmer la planète football, à l’image du Cap-Vert du héros Vozinha ou de la séduisante RD Congo lors de cette édition.
Le revers de cette évolution serait des poules encore plus hétérogènes. Mais, de toute façon, la Coupe du monde à 48 équipes a déjà sonné la fin des groupes de la mort.
