Le mal est très profond à Manchester United
Une crise sévère de résultats, un entraîneur sur un siège éjectable, des joueurs cadres devenus encombrants et des propriétaires honnis par les supporters: bienvenue à Manchester United, institution en crise à l'heure de recevoir l'AS Rome, ce mardi (21h) en Ligue des champions.
Le club vingt fois champion d'Angleterre et triple champion d'Europe traverse une zone de turbulences, une de plus, de celles qui alimentent régulièrement son histoire depuis le départ d'Alex Ferguson, manager légendaire qui a rendu son tablier en 2013.
Sportivement, déjà, le début de saison ressemble à un champ de ruines. United apparaît à la 17e place en Premier League, avec le même nombre de points que le premier relégable, et cela fait désormais neuf matchs qu'il n'a plus gagné, une série inédite depuis 1984 pour lui.
Le classement de Premier League
Cette mauvaise passe inclut notamment deux défaites consécutives en Ligue des champions, chez l'Atlético Madrid (2-0) et Côme (4-1), et une autre sur la scène nationale, samedi à Chelsea (2-0).
L'entraîneur Michael Carrick, sous la menace d'un renvoi, est en sursis jusqu'à la prochaine trêve internationale, mais toute nouvelle contre-performance le rapproche de la porte.
Et pourtant, malgré les mauvais résultats, l'ancien capitaine du club conserve le soutien d'une majorité des supporters, qui ont chanté son nom et l'ont applaudi en fin de match à Stamford Bridge. Les joueurs, eux, ont reçu un accueil plus mitigé.
Parmi eux, peu peuvent «se regarder dans un miroir et dire "Je me donne à fond à chaque fois que j'enfile le maillot de Manchester United"», a lâché l'ancien footballeur Dion Dublin à l'antenne de BBC Radio 5 Live.
«Le vestiaire pose problème»
Les critiques se sont dirigées principalement sur le défenseur central Lisandro Martinez, coupable de passivité sur l'ouverture du score puis d'un geste incompréhensible qui a débouché sur son expulsion et sur un penalty, converti par Cole Palmer. Mais l'Argentin n'est pas le seul responsable.
Son capitaine Bruno Fernandes se montre plus consterné que décisif, au sein d'une équipe en manque de leaders et de qualité, aussi, parfois.
Carrick est-il l'arbre qui cache la forêt, et que la direction s'apprête à abattre malgré tout? C'est ce que pensent une partie des observateurs. «Il est plus facile de remplacer un entraîneur que de remplacer toute l'équipe», a constaté avec regret l'ancien gardien Mark Schwarzer à l'antenne de la BBC. «Je ne crois pas que ce soit la bonne décision. Pour moi, c'est le vestiaire qui pose problème», a renchéri l'ex-défenseur Stephen Warnock dans l'émission Match Of The Day.
L'atmosphère s'est alourdie récemment après des sorties médiatiques de Bruno Fernandes et Lisandro Martinez. Le premier a déclenché ses flèches contre l'entraîneur après la débâcle à Côme, en questionnant publiquement ses choix tactiques. Le second a ciblé la direction sportive, responsable selon lui d'un dernier mercato insuffisant, lors d'une interview suivant la défaite à Madrid. Carrick s'est retrouvé seul en première ligne pour déminer ces bombes médiatiques, sans que les propriétaires ne réagissent.
La famille Glazer, par ce silence, n'a pas redoré son blason auprès des plus fidèles supporters du club, lesquels nourrissent une certaine hostilité à son endroit et depuis le début. Ils ne pardonnent pas aux Américains d'avoir, en 2015, pris le contrôle du club en grande partie grâce à un montage financier de type LBO – une opération par laquelle l'acquéreur s'endette, avant de se rembourser ensuite sur les finances de sa cible.
Ces reproches ne s'arrêtent pas à ce péché originel présumé. La gestion financière, l'instabilité chronique, le manque d'investissements ou leur mauvaise utilisation, et le sentiment que la culture du club disparaît, figurent parmi les multiples griefs soulevés.
Dans les tribunes, les banderoles «Glazer out» fleurissent. Le départ le plus probable reste pourtant celui de Carrick, à moins qu'il ne parvienne à ressusciter Old Trafford et son surnom devenu désuet: le «Théâtre des rêves». Tous les espoirs passent par Rome.
(ats/yog)
