France-Maroc: vers un duel acharné sur fond de bromance
C’est l’heure de la revanche pour les Lions de l’Atlas, battus 2-0 par la France il y a quatre ans au Qatar en demi-finale de la Coupe du monde. Mais c’est aussi l’heure et le temps des copains, même si l’amitié s’efface devant l’enjeu du moment: une place en demies, le 14 juillet, jour de la Fête nationale française, à Arlington, au Texas.
«Ils se connaissent par cœur»
Les copains? «Ils se connaissent par cœur», écrit L’Equipe, ce jeudi, à quelques heures du coup d’envoi, en périphérie de Boston. Il y a d’abord Achraf Hakimi, le latéral marocain et coéquipier au PSG du trio d’attaque Ousmane Dembélé, Bradley Barcola et Désiré Doué, performant avec le club parisien comme avec les Bleus.
Et puis il y a la «relation spéciale» entre Kylian Mbappé, l’ex-Parisien devenu madrilène, et Achraf Hakimi, lui encore. Des amis en dehors des terrains, comme en ce Nouvel An 2023, alors tous deux en virée à New York.
Un je-ne-sais-quoi de détente flotte dans l’air caniculaire de ce France-Maroc. Et cela ne tient pas seulement au fait que des joueurs appelés à s’affronter en sélections nationales se connaissent et s’apprécient par ailleurs. L’environnement politique et sportif fait beaucoup.
Beau fixe diplomatique
En diplomatie, les relations franco-marocaines traversent une période prolongée de beau fixe. Cela n’a pas toujours été le cas. Mais depuis qu’Emmanuel Macron a reconnu, l’an dernier, la marocanité du Sahara occidental, au grand dam de l’Algérie (d’où l’incarcération de l’écrivain Boualem Sansal, puis du journaliste sportif Christophe Gleizes), Paris et Rabat vivent, eux aussi, une «relation spéciale».
Détente identitaire et sportive
Détente, également, sur les plans identitaire et sportif. Parmi les joueurs évoluant au Mondial avec le Maroc, «sept sont nés ou ont grandi en France avant d’opter pour le maillot des Lions de l’Atlas, un choix sportif, mais aussi personnel et familial», note Le Dauphiné Libéré.
Le premier choix
On sait le vivier du football français très fourni en jeunes talents. Les recruteurs marocains y repèrent les pépites franco-marocaines. Pour Neil El Aynaoui, 25 ans, milieu de terrain de l’AS Rome, né et formé à Nancy, qui brille à la Coupe du monde, le choix du Maroc «s’est fait naturellement».
Par «naturellement», il faut entendre sans (trop de) dilemmes identitaires et sans calculs de plan de carrière, si l’on en croit les déclarations des uns et des autres. La donne a changé: lorsque le Maroc était une équipe relativement modeste, rejoindre la sélection marocaine, pour un binational estimant avoir peu de chances d'intégrer les Bleus, pouvait être un choix par défaut.
Zidane le voulait
Cette époque paraît aujourd'hui révolue. Depuis quelques années, en particulier depuis la demi-finale face à la France au Mondial 2022 et la victoire (sur tapis vert) à la CAN, la Coupe d'Afrique des nations, en 2025 face au Sénégal, les Lions de l'Atlas sont souvent le premier choix des binationaux.
A l’image d’Ayyoub Bouaddi, né à Senlis, près de Paris. Un joueur que Zinedine Zidane, pressenti pour remplacer Didier Deschamps au poste de sélectionneur, aurait bien voulu voir jouer avec les Bleus. Or il a opté pour le Maroc. Une perte pour la France.
«Des infrastructures parfois meilleures qu’en Europe»
C'est comme si plus grand-chose ne retenait ou n’attirait les Franco-Marocains chez les tricolores. La fédération marocaine, qui figure à présent parmi l’élite mondiale, a mis les bouchées doubles pour se rendre attrayante. Le directeur technique national marocain, Nasser Larguet, le confiait dernièrement à l’envoyé spécial du Dauphiné Libéré à la Coupe du monde.
Cette star a été comme un déclencheur
Un joueur marocain, devenu une star, a décomplexé les binationaux: Achraf Hakimi. L’Espagne l'a perdu, le Maroc a été plus rapide. Le royaume n’a rien pu en revanche pour Lamine Yamal. Le génie barcelonais a choisi la Roja. Des Marocains lui en veulent encore.
Contre-exemple algérien
Si le maillot des Lions de l’Atlas n’apparaît plus comme un second choix, ce n’est pas le cas du maillot des Fennecs. Bien que vainqueur en 2019 de la CAN, l’Algérie n’a pas le niveau de son voisin marocain. Composée de nombreux binationaux franco-algériens, la sélection algérienne ne parvient pas à décoller. Et lorsqu’elle ne convainc pas, comme cette année au Mondial, des voix s’élèvent en Algérie, en France aussi, pour reprocher un trop-peu de motivation aux binationaux, accusés d’avoir endossé «par défaut» la tunique verte des Fennecs.
Sinon, côté sécurité, c’est, si l'on peut dire, la routine. Se fiant à une note des renseignements territoriaux, les autorités françaises «se préparent à une soirée sous très haute tension» pour ce quart de finale France-Maroc, titre Le Parisien. Un scénario classique des matchs opposant la France à des équipes maghrébines, dont l’occurrence est devenue rarissime depuis les mauvaises expériences de la décennie 2000. Pour ceux qui croient encore à la fraternité, gageons qu'ils sont nombreux, heureusement qu'il reste la Coupe du monde pour faire se rencontrer des équipes qui évitent de la faire en amicale pour les raisons exposées plus haut.
Sur écran géant aux Mureaux
Ce jeudi 9 juillet, à l'initiative d'amicales franco-marocaines, le match «Maroc-France», à moins qu'il ne s'agisse de «France-Maroc», sera retransmis sur écran géant au Parc de Sautour, rue Salvador Allende, aux Mureaux, dans les Yvelines. L'un des organisateurs glisse à watson:
