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90 minutes, c'est trop long pour un cerveau de jeune?

On dit des ados qu'ils sont impatients, agités, que les matches de football à la télévision les ennuient. Mais est-ce vrai? On a posé la question à quelqu'un qui connaît à la fois les jeunes et le ballon.

Julien Caloz
Julien Caloz



Le projet de Super Ligue était censé rallumer la flamme du football dans les yeux des jeunes. «40% des 16-24 ans ne le suivent plus à la télévision», avait lourdement insisté le président du Real Madrid, certain que la répétition des grosses affiches inverserait la tendance, observée aussi en Italie.

«J'ai cinq enfants d'âges différents et je regarde leurs comportements. Ils n'ont pas la patience de rester 90 minutes à regarder un match»

Andrea Agnelli, président de la Juventus de Turin

Les ados seraient-ils devenus flemmards? Inattentifs? Pas du tout, estime Youssef El Masoudi, doctorant en sociologie, spécialisé dans la jeunesse et le numérique, et autrefois milieu défensif de talent en France voisine.

Youssef El Masoudi, les jeunes sont-ils encore capables de rester devant un match de football?
«(Il soupire et hésite) Ils le peuvent, tout en faisant autre chose. Ils pratiquent la multi-activités. Ils vont regarder le match et en même temps le commenter sur les réseaux sociaux, discuter avec leurs amis.

Quelle génération s’impatiente devant un match?
Il y a un effet générationnel, bien sûr, mais ce n’est pas une vérité absolue. L'âge est moins déterminant que le vécu, ou l'éducation.

Peut-on évaluer la durée de concentration d’un jeune?
Tout dépend de ce qu’on lui propose. On constate par exemple que les adolescents, même s'ils pratiquent la multi-activités que j'évoquais précédemment, ont tendance à consommer les contenus de Netflix de manière frénétique. Quand c’est intéressant, ils accrochent.

«J'ai constaté que les jeunes pouvaient discuter longtemps, sans consulter leur portable, avec des éducateurs qui s'intéressent à eux»

Youssef El Masoudi

Le football serait-il devenu moins intéressant?
C’est difficile à dire. Car si l’affiche joue un rôle (un match Lausanne-Vaduz suscitera moins d'intérêt qu’une finale de Ligue des champions), d’autres facteurs entrent en ligne de compte: si Lausanne est le club que le jeune supporte, ou l’équipe sur laquelle il a parié, son attention sera différente.

On a le sentiment de vivre dans une société du spectacle. Tout doit être exceptionnel, on ne se contente plus du banal.
C’est la dérive du modèle publicitaire qui régit le numérique: plus on fait le buzz et plus on a de la valeur marchande. Il y a une guerre de l’attention. Les GAFAM (ndlr: l'acronyme des géants du Web -Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft- qui dominent le marché du numérique) investissent des millions, voire des milliards, en neurosciences pour comprendre comment fonctionne le cerveau humain, et capter ainsi le plus longtemps possible l’attention des usagers.

Que doit faire le football pour susciter de l'attention?
Il en a déjà beaucoup, mais moins à travers les matches qu’à travers le story telling qu'il génère en permanence. Le football a compris que le public, dans sa grande majorité, préfère les récits de fêtes et les saillies verbales des stars plutôt que leurs qualités techniques. On touche là aux dérives de l’industrie numérique: nous amener vers quelque chose de très émotionnel et très superficiel. C’est du fast-food. Mon travail auprès des jeunes consiste à les orienter vers des contenus peut-être un peu moins attractifs mais autant, voire plus enrichissants sur d’autres aspects.

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C'est tout de même à lui qu'il a été accordé (Zuber a été vérifier les statistiques officielles après la partie …

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