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J’ai bien connu Gianni Infantino avant qu’il ne change

Gianni Infantino, FIFA president holds the FIFA World Cup Trophy during the FIFA World Cup 2026 Playoff Draw on Thursday, 20. November 2025 in the Home of FIFA in Zuerich, Switzerland. (KEYSTONE/Claud ...
Gianni Infantino, président de la Fifa.image: Keystone

J’ai bien connu Gianni Infantino avant qu’il ne change

J’ai eu l’occasion de tisser un lien professionnel avec Gianni Infantino à ses débuts à la tête de la Fifa. Je le trouvais alors fort sympathique. Tout cela me paraît aujourd’hui à des années-lumière.
05.08.2026, 11:5705.08.2026, 11:57
Rainer Sommerhalder / ch media

Au cœur de cette histoire, il y a une bouteille de vin, le vin le plus cher de ma vie. Une bouteille qui n’était pas qu’un achat onéreux: elle était une question d’honneur, une dette de pari envers Gianni Infantino, qui venait d'être élu président de la Fifa.

Mais avant cette bouteille, il y avait eu un appel. Un appel qui m’avait surpris. Agréablement surpris.

Rainer Sommerhalder, journaliste au sein du groupe CH Media, auquel watson appartient.
Rainer Sommerhalder, journaliste au sein du groupe CH Media, auquel watson appartient.image: Sandra Ardizzone

Le 19 février 2016, après 23h, le téléphone sonne. Un numéro inconnu, qui ne s'affiche pas en numéro masqué. «Ici Gianni Infantino», annonce une voix. J’avais contacté par e-mail le candidat valaisan à la présidence de la Fifa pour un portrait, sans grand espoir de recevoir une réponse.

Pourtant, la réponse est arrivée. Juste avant minuit. Trop tard pour l’article critique que j’avais déjà rédigé à son sujet, et envoyé à l’éditeur. Mais suffisamment tôt pour une promesse. «Si je suis élu, vous aurez la première interview», affirme Infantino. Je lui réponds qu’après son élection, le journaliste sans importance que je suis sera vite oublié. Son attention sera réservée aux personnalités les plus influentes de ce monde. Infantino veut parier une bonne bouteille de vin que ce ne sera pas le cas.

Puis vient une autre bonne surprise: cinq minutes après son discours d’investiture, une notification apparaît sur mon téléphone. Je viens tout juste de voir Gianni Infantino quitter la scène. «Pari perdu. Je vous attends demain avec le vin dans mon nouveau bureau au siège de la Fifa», indique le message affiché sur mon écran.

Un homme sympathique à mes yeux

Notre contact personnel, d’une intensité étonnante, a duré environ 18 mois. J’ai découvert un homme qui m’était très sympathique. Avec le recul, d’autres compagnons de route partagent également un souvenir positif de cette période. Des personnes dont Gianni Infantino s’est ensuite éloigné, avec plus ou moins de brutalité.

Au printemps 2016, le président de la plus puissante organisation sportive au monde était étonnamment accessible. Il se montrait ouvert. Il était doté d’une autodérision surprenante et ne cherchait pas à plaire à tout prix. Un trait frappe particulièrement lorsqu’on le compare à l’image qu’il renvoie aujourd’hui: Gianni Infantino paraissait souvent un peu hésitant. Comme s’il était un président avec un «L» dans le dos.

Gianni Infantino à ses débuts à la tête de la Fifa, en 2016.
Gianni Infantino à ses débuts à la tête de la Fifa, en 2016.image: Patrick B. Krämer

Quand quelqu’un affirme dix ans plus tard que Gianni Infantino a grandi dans sa fonction, il le pense très probablement avec une pointe d’ironie. Mon propre sarcasme, parfois difficile à supporter pour lui, avait d’ailleurs été évoqué par le président de la Fifa lui-même, un peu plus d’un an après le début de nos échanges, comme l’une des raisons pour lesquelles nos contacts étaient progressivement devenus plus distants et à sens unique. Lors d’une conversation en tête-à-tête, il s’était senti contraint de m’assurer:

«Il n’y a pas de dictature à la Fifa, pas de pouvoir imposé par le président. Tout le monde a son mot à dire»
Gianni Infantino

Lorsque le contact direct s’est brutalement interrompu du jour au lendemain, Gianni Infantino avançait toutefois une autre explication. L’un de ses conseillers lui aurait vivement déconseillé d’entretenir une relation trop étroite avec un journaliste. Mais il est aussi possible que cette décision soit venue d’Infantino lui-même. La relation initialement détendue avec la presse allait rapidement laisser place à une méfiance totale.

Même son matelas fait polémique

Les premiers mois de Gianni Infantino à la tête de la Fifa ont probablement été les plus scrutés médiatiquement pour un dirigeant sportif. Les révélations se sont succédé à un rythme effréné. Gianni Infantino se rend à Genève à bord du jet privé d’un dirigeant du Golfe. Gianni Infantino dépasse son plafond de frais de représentation. Il achète un smoking à 1415 francs, un appareil de fitness pour son appartement à 8 883 francs et, summum de la démesure, un matelas à 11 421 francs. Même les coûts exorbitants d’une entreprise de nettoyage engagée pour la nouvelle secrétaire générale Fatma Samoura sont imputés à Infantino.

Grâce aux fuites, le public découvre toutes ces dérives presque en temps réel. Les lanceurs d’alerte au siège de la Fifa amènent par ailleurs la commission d’éthique de l’instance à se saisir de dizaines de signalements concernant le nouveau patron. Gianni Infantino prend alors de plus en plus ses distances avec la presse. Il ne parvient pas à placer au cœur de sa communication les réformes qu’il s’efforce de mener. Dans ses échanges personnels, il m’assurait toutefois: «Je suis une personne normale qui essaie de faire son travail honnêtement». A l’époque, j’étais encore enclin à le croire.

Gianni Infantino se plaignait de la jalousie qu’il percevait autour de lui. Il voulait être aimé. Il réclamait de la reconnaissance et ressentait un manque d’estime, d’abord en Suisse, puis en Europe. Au siège de la Fifa, il voyait de plus en plus, dans chaque regard critique, un ancien proche de Blatter qu’il soupçonnait d’être en mission de sabotage. En interne aussi, le Valaisan accordait sa confiance à un nombre toujours plus restreint de personnes. En réalité, il en était déjà arrivé à ne plus se fier qu’à lui-même. Les décisions prises seul sont parfois moins le fruit de l’arrogance que de la peur.

La promesse de garder les pieds sur terre

Lors d’une visite dans son bureau, en mai 2017, je lui prédisais qu’un jour, prisonnier de la cage dorée du pouvoir, il finirait par perdre le sens des réalités. Gianni Infantino m’assurait que cela n’arriverait pas. Il se souvenait de ses racines, celles d’un enfant d’immigrés. L’humilité comme un gène indélébile.

En 2016, Infantino n’acceptait mon invitation à un barbecue qu’à une seule condition: il voulait une saucisse, et non la côte de bœuf promise. Une modestie affichée. Cela me semblait sincère, même si certains le décrivaient déjà comme un opportuniste sans scrupules. Le barbecue dans mon jardin n’a finalement jamais lieu.

Quelques années plus tard, la presse s’indignait d’un steak doré dégusté par le président de la Fifa chez le restaurateur turc à la mode Salt Bae, à Dubaï. Une expression sans concession de la décadence. Plus récemment, en matière de démesure, il a atteint une altitude où même pour lui l’air commence à manquer.

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source: sda / pamela smith
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