Infantino encensé par plusieurs dirigeants du football
La pression ne faiblit pas autour de Gianni Infantino. Depuis la divulgation de son projet d’ouverture du Mondial aux investisseurs privés, une initiative finalement abandonnée face au mécontentement général, il ne cesse de perdre des soutiens. D’abord l’UEFA, puis des proches collaborateurs, dont son principal conseiller, ainsi que de hauts dirigeants de la Fifa, notamment les numéros deux et trois de l’organisation. Des fédérations européennes, comme les associations anglaise et suédoise, sont également revenues sur leur promesse de vote.
De plus en plus esseulé à l’approche de l’élection présidentielle de la Fifa, prévue au printemps prochain, Infantino est toutefois loin d’avoir dit son dernier mot, comme en témoigne l’appui qu’il aurait cherché du côté de la Maison-Blanche.
Au moment de compter les voix, l’actuel président peut aussi s’appuyer sur un continent qui semble lui rester fidèle envers et contre tout: l’Afrique. Plusieurs présidents de fédérations locales viennent en effet de réaffirmer leur soutien sans faille au Valaisan. C’est notamment le cas de ceux de la RD Congo, du Maroc, de l’Egypte et de Djibouti.
Dans leurs communiqués, tous saluent la décision de Gianni Infantino de renoncer à son projet d’ouverture du Mondial aux investisseurs privés. Leur lecture diffère toutefois de celle des fédérations européennes. Ils ne se félicitent pas de l’abandon d’une initiative controversée, mais mettent en avant «la volonté d’écoute, de dialogue et de concertation» du Suisse, qui aurait su entendre les critiques et se montrer attaché à l’unité.
«Le président Infantino a fait preuve de sagesse en écoutant non seulement tous ceux, et ils étaient nombreux, qui étaient favorables à ce projet, mais également ceux qui y étaient opposés. Il s’est laissé convaincre de renoncer sans tarder, quitte à en faire les frais», a ainsi déclaré Véron Mosengo-Omba, président de la Federation congolaise de football (Fecofa), qui a étudié avec Infantino en Suisse. Il ne nomme "Gianni" plus tard dans son communiqué.
Tous louent ensuite son action au cours des dix dernières années et les avancées obtenues, notamment pour les petites fédérations, avant donc de lui réitérer leur soutien en vue de la prochaine élection.
Ces communiqués, construits selon une structure similaire, ont éveillé les soupçons du journaliste spécialisé dans le football africain Romain Molina, qui suggère que leur publication rapprochée pourrait répondre à une directive émanant du clan Infantino.
Les fédérations africaines n’ont toutefois pas nécessairement besoin d’un signal venu d’en haut pour se ranger derrière le Suisse, tant elles dépendent des dotations de la Fifa, comme l’a rappelé Saïd Ali Athouman, président de la Fédération comorienne de football, auprès de l’agence Reuters.
«Notre problème est de savoir comment obtenir de l’argent. En ce moment, nous n’avons aucun sponsor», a-t-il indiqué concernant les finances de sa fédération et des autres sur le continent africain.
En outre, les associations africaines ne peuvent souvent compter sur aucun soutien gouvernemental lorsqu’elles sont confrontées à des difficultés budgétaires. «Notre gouvernement n’est pas capable de garantir les fournitures médicales dans les hôpitaux et de s’occuper en même temps de football. Le Malawi a besoin d’argent. Le Malawi a besoin de stades», a déclaré en ce sens Fleetwood Haiya, président de l’Association de football du Malawi.
La mauvaise gestion des ressources et la défense d’intérêts personnels ne peuvent pas non plus être occultées. Lors du dernier Mondial, les joueurs sénégalais se seraient plaints d’un camp de base jugé indigne d’une sélection de leur niveau, tandis que plusieurs dirigeants de leur fédération auraient mené grand train en se rendant aux Etats-Unis avec leurs familles aux frais de l’association.
Le continent africain, où se tiendra en mars prochain l’élection du président de la Fifa, représente, avec ses 54 fédérations, un soutien de poids pour Infantino, dont l’influence pourrait encore grandir.
De nombreuses associations parmi les 41 membres que compte la Concacaf sont susceptibles d’emboîter le pas à l’Afrique à l’avenir, même si la confédération en charge de l’Amérique du Nord, de l’Amérique centrale et des Caraïbes s’est rangée du côté de l’UEFA. La fédération mexicaine s’est d'ailleurs déjà désolidarisée, et plusieurs nations d’Amérique centrale et des Caraïbes, dont le fonctionnement repose en partie sur les dotations de la Fifa, auraient intérêt à voir Infantino reconduit.
Le Valaisan a perdu plusieurs batailles, mais pas la guerre.
