La démonstration de la Nati contre les Etats-Unis ne veut rien dire
Dans une arène qui vibre et respire, un lieu fait de lumière et de béton, mais aussi de souvenirs et d’espoirs, le Championnat du monde s’ouvre sur une affiche presque trop belle pour être vraie: la Suisse face aux Etats-Unis.
Au coup d’envoi, tout le monde garde, dans un coin de sa tête, le souvenir de la finale perdue un an plus tôt, une défaite 1-0 après prolongation contre ce même Team USA. Encore une fois, seulement l’argent. Pour la quatrième fois.
Mais cette fois, tout débute par un coup de tonnerre et aboutit dans les dernières minutes, après un soupçon de drame, à un soulagement collectif et à une fin heureuse.
La première offensive des hommes de Jan Cadieux, la première incursion dans le tiers adverse, permet à la Nati d’ouvrir le score dès la 3e minute grâce à Pius Suter. Un Zurichois qui gagne sa vie en NHL. Les Américains sont dépassés. Et avant même d’avoir pu resserrer leurs rangs, le 2-0 tombe grâce à Sven Andrighetto. Un Zurichois d'adoption, qui n’évolue plus en NHL. Il porte les couleurs des ZSC Lions. Son tir, décoché depuis un angle fermé, trouve le poteau opposé avec une précision presque irréelle. Comme si un géomètre avait calculé la trajectoire exacte du palet. La Suisse mène déjà 2-0 après douze minutes de jeu.
C’est un premier tiers hors du commun pour ouvrir la compétition. Une preuve de la maturité de cette équipe, qui ne se laisse pas déstabiliser par l'affaire Fischer et les attentes élevées du public. Pas de nervosité. Pas d’hésitation. Pas de précipitation. Pas de doute.
Mais plus encore que ce début de match fulgurant, c’est la capacité de la Suisse à contrôler la rencontre durant 60 minutes qui impressionne. Une tâche pourtant extrêmement difficile dans un sport aussi imprévisible, à ce niveau-là, face à une telle équipe. Certes, les Etats-Unis ne comptent aucun champion du monde et un seul champion olympique – pas encore arrivé – dans leurs rangs. Ils n’en restent pas moins un sérieux prétendant au titre.
Les Américains dominent les deuxième et troisième périodes. Mais les Helvètes tiennent bon (20 tirs à 20) et ne se laissent jamais déstabiliser, même après la réduction du score (2-1, 49e minute), qui ajoute une dose de suspense à la fin de rencontre. Et avant même que Team USA ne puisse jouer son va-tout, Ken Jäger scelle le sort du match en inscrivant le 3-1 à la 57e minute.
Au final, les Suisses se sont montrés supérieurs dans tous les secteurs du jeu. Ils disposent d’un bien meilleur gardien et d’une impressionnante profondeur offensive. Preuve de cette richesse: des joueurs comme Timo Meier, Nico Hischier, Nino Niederreiter ou encore Roman Josi, l’un des meilleurs défenseurs offensifs au monde, terminent la rencontre sans le moindre but ni la moindre passe décisive.
Imaginez maintenant s’ils se mettaient eux aussi à marquer. La Nati deviendrait-elle injouable? Peut-être. Mais une autre question se pose: que vaut réellement ce début de tournoi, cette revanche réussie? C’est une victoire pour la confiance. Une victoire pour l’autorité discrète du nouveau sélectionneur national Jan Cadieux. Une victoire, aussi, pour l’esprit du hockey helvétique. Et cela vaut déjà beaucoup en ce début de championnat organisé à la maison.
Mais les Américains sont souvent plus vulnérables lors des premiers matchs que lors de la deuxième phase du Mondial. Ils arrivent sans véritable préparation collective et doivent d’abord trouver leurs repères au fil du tournoi, mettre en place leur stratégie.
Sur la glace, vendredi, l’équipe américaine en était encore à ses balbutiements: beaucoup de talent, de puissance et de vitesse, mais encore trop peu de structure et d’organisation. Les Suisses, en revanche, ont bénéficié d’une préparation parfaite. Ils sont bien rodés, les différentes lignes fonctionnent, la défense est solide et Leonardo Genoni s’est montré attentif, calme et sûr de lui. C’est comme s’il avait décidé de ne laisser passer qu’un seul puck lors de ce premier match. Il a logiquement été désigné meilleur joueur de l’équipe de Suisse.
Cette victoire est une magnifique entrée en matière, de quoi faire rêver un peu. Ni plus, ni moins. Les tournois ne se gagnent pas lors du premier match, mais lors du dernier. Il est déjà souvent arrivé que les héros du premier jour se retrouvent chez eux, devant leur télévision, le dernier jour de compétition. Ou qu’ils s’inclinent en finale contre une équipe qu’ils avaient battue quelques jours auparavant. C’est ce qui est arrivé à la Suisse ces deux dernières années. La sélection nationale avait battu les Etats-Unis et la Tchéquie en phase de groupes, avant de s’incliner contre ces mêmes équipes en finale.
