La Nati de hockey doit répondre à une question cruciale
Ängelholm n’a pas seulement été, ces derniers jours, une ville de la côte sud de la Suède. Ni simplement la dernière étape avant l’entrée en lice au Mondial, vendredi prochain à Zurich face aux États-Unis. Ängelholm incarnait une promesse: celle d’un titre mondial. Pour notre hockey, ces mots résonnent encore comme une langue étrangère.
Et ce dimanche après-midi face à la Tchéquie, la Nati de hockey s'est imposée 6-1 sans avoir eu besoin de ses titans de NHL laissés au repos (Roman Josi, Nino Niederreiter, Timo Meier et Nico Hischier). Un résultat qui a résonné comme un coup de tonnerre au-dessus d’un lac immobile. Une victoire aux dimensions historiques. Il s’agit du plus large succès suisse contre cet adversaire depuis plus d’un siècle.
À l’approche de la fin de leur préparation mondiale, les Suisses jouent avec le calme et l’évidence d’un véritable prétendant au titre. Le puck circule vite, avec précision. Les combinaisons dégagent cette élégance rare qui naît de l’alliance entre le talent et la confiance. Un hockey de musique de chambre: subtil techniquement, sûr dans le rythme, raffiné, porté par des automatismes impressionnants.
Jamais dans l’histoire les Tchèques n’avaient été à ce point dominés, démantelés, désarmés par la Suisse. Pour une fois, peu importe l’homme placé devant la cage: Sandro Aeschlimann n’a même pas eu besoin de multiplier les miracles. De toute façon, il est acquis qu’il sera le numéro trois du Mondial derrière Leonardo Genoni et Reto Berra. À cette répétition générale grandiose avant les Mondiaux s’ajoute un retour presque miraculeux: celui de Sven Andrighetto, commotionné le 25 mars dernier face au HC Lugano.
Et dès son come-back, c’est le vrai Sven Andrighetto qui est réapparu. Il a été impliqué sur trois buts et, sur le 4-1, il a repris instantanément une passe de Denis Malgin. Le puck a fusé dans les filets comme un éclair. Interrogé après la rencontre, il a pourtant estimé qu’il n’était pas encore tout à fait «le vrai Sven Andrighetto». «Je dois encore retrouver le rythme», reconnaît-il. Mais pour le reste, il se dit à nouveau apte à cent pour cent.
Lors du Mondial, il sera l’un des hommes-clés de cette équipe. Aucun autre attaquant ne maîtrise avec autant de virtuosité l’art du tir direct. Et en supériorité numérique, il transforme le power-play comme un chef d’orchestre.
Et pourtant, il n’y a aucune raison de céder à l’euphorie. Les circonstances ont clairement favorisé les Suisses. À Ängelholm, ils ont déjà évolué avec une équipe quasiment identique à celle qui disputera le Mondial. Une seule arrivée est encore certaine: celle du défenseur NHL Janis Moser. Reste également en suspens l’éventuelle libération de Philipp Kurashev. En face, les Finlandais, les Suédois et les Tchèques attendent encore entre six et huit renforts. Jamais, à une époque moderne, la Suisse n’avait disposé d’un groupe aussi complet, aussi tôt, dans la préparation.
D’où cette question légitime, presque inquiétante: les Suisses n’ont-ils pas volé trop haut face aux Tchèques? Jan Cadieux, lui, ne semble souffrir d’aucun vertige.
Dans le regard du sélectionneur national, de plus en plus détendu et souverain au fil des jours, le verdict reste mesuré: son équipe a simplement réussi un test. Rien de plus.
Car à Ängelholm, il y a aussi eu cette deuxième rencontre, samedi, face à la Suède (0-3). Le match le plus intense de toute la préparation. Les Suisses ne se sont pas contentés de perdre: ils n’ont jamais réellement eu la moindre chance. Du brillant aperçu lors du premier duel contre la Finlande (5-4 ap.) et du feu d’artifice final face à la Tchéquie, il ne restait plus rien. Peut-être que la vérité de ces belles journées d’Ängelholm ne se trouve pas dans le 6-1 infligé à la Tchéquie, mais réside dans ce 0-3 contre la Suède, la veille.
Dans ce qui a été le match le plus intense de toute la préparation, les Suisses n’ont jamais vraiment existé. Aucun espace. Aucune élégance. Aucune sensation de flotter sur la glace. Or un Mondial de hockey ne se décident pas à partir des quarts de finale, dans les moments où le hockey rayonne. Il se gagne là où ça fait mal. Devant les cages. Le long des bandes. Dans les mêlées. Là où la technique cesse d’être un art pour devenir une question de survie.
La question décisive, à l’approche du Mondial, est donc la suivante: ce hockey flamboyant peut-il être enrichi de suffisamment de «papier de verre», de puissance physique et de dureté pour aller au bout?
Le défenseur NHL Jonas Siegenthaler ainsi que Andrea Glauser et Michael Fora, les deux défenseurs les plus rugueux et combatifs de notre championnat, manqueront le rendez-vous sur blessure. Or ces hommes durs, qui avaient déjà contribué à forger l’argent mondial, font la différence lorsque tout devient serré, chaotique, brouillon.
Voilà, au fond, toute la vérité des belles journées d’Ängelholm: la Suisse est-elle assez brillante pour devenir championne du monde pour la première fois de son histoire? Oui, sans doute. Mais sera-t-elle aussi assez dure?
