L'odeur des stands de bouffe dans l'air accompagne l'attente fébrile des spectateurs, bière à la main. On en a déjà bu une ou deux, on est vite allé faire un arrêt pipi dans ces toilettes en plastique dont les effluves piquent le nez, les pieds s'agitent en attendant de voir les écrans s'illuminer pour la soirée. Bientôt, ce sera le grand show. Et on va s'éclater. Paléo, juste? Raté: la fan zone de Plainpalais, à Genève.
Il faut dire qu'avec ses écrans géants, sa foule en délire, sa zone (plus ou moins) contrôlée et ses cris de joie, la plaine se transforme presque en concert. La setlist? Deux fois onze stars dont on scrute tous les mouvements durant nonante minutes — avec un peu de temps additionnel comme autant de rappels.
Les milliers de personnes présentes devant les écrans hurlent de joie non pas aux premières notes de la chanson favorite de leur artiste, mais du but tant espéré. Et comme dans tout bon concert qui se respecte, il arrive souvent soit au début, soit à la fin du spectacle.
C'était le cas dimanche soir, lorsque la Suisse a marqué à la 28e minute, puis lors de l'égalisation de l'Allemagne durant le temps additionnel (92e): les meilleurs moments sont venus quand on les soupçonnait, et ils ont quand même tapé fort dans nos émotions.
Et pour ceux qui viennent juste pour passer du temps avec leurs proches, il reste les stands de nourriture: tacos, asiatique, burger... de quoi passer une bonne soirée même si on n'a pas le regard tourné vers la grande scène — ou les écrans géants.
Les quelque 16'000 spectateurs de l'importante fan zone de la plus grande ville de Suisse romande ont un petit goût d'avant-festival, en cette fin de mois de juin. La fan zone de Plainpalais n'est que le reflet, par sa taille, du plus grand festival de Suisse romande, qui se tient à quelque 20 kilomètres de là.
Mais chacune de ces grandes kermesses, qu'elle soit à Lausanne, Neuchâtel ou Fribourg, porte en elle ce petit quelque chose du festival du coin. Un petit air de répétition générale dans la foule avant de se lancer quelques semaines plus tard dans des pogos, la voix éraillée et les émotions à vif.
On sort de ce grand moment de communion épuisé mais ravi, heureux, d'y avoir passé du temps avec ses amis, sa famille, ses proches. A la fin de la soirée, on a le sentiment d'avoir vécu, d'y avoir laissé du sien, et on rentre le cœur exalté, enfoncer sa tête dans l'oreiller. Avec les images du match qui tournent dans la tête comme une bonne chanson dont l'énergie refuse de nous quitter.