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Xherdan Shaqiri, dans la lumière jaune des sables du Sahara, lors du camp d'entraînement de la Nati à Marbella.
Xherdan Shaqiri, dans la lumière jaune des sables du Sahara, lors du camp d'entraînement de la Nati à Marbella.image: keystone
Interview

«Depuis l'arrivée de Murat, il y a plus de rires et de joie»

Xherdan Shaqiri (30 ans) a vécu un match particulier avec la Nati mardi soir, face à son pays d'origine (1-1). Au Kosovo, en Suisse ou à Chicago, l'attaquant continue de déchaîner les passions et d'en voir de toutes les couleurs. Interview.
30.03.2022, 06:0930.03.2022, 18:25
etienne wuillemin / ch media

Vous êtes une star au Kosovo. Comment ça se passe quand vous y allez?
Xherdan Shaqiri:
C'est assez fou. Les gens me connaissent tous. Et comme je ne suis pas souvent au Kosovo, c'est d'autant plus spécial et agité. Une fois que la nouvelle de mon arrivée s'est répandue, on sonne à ma porte toutes les heures.

Pas toutes les dix minutes?
Ça dépend! (rires) Oui, pendant les vacances et quand il y a beaucoup de Suisses dans le pays, ça sonne sans arrêt. Du coup mes parents crient parfois: «Il n'est pas là.»

Et ensuite, on vous invite partout?
Parfois, oui. Mais je veux surtout rendre visite à ma famille. Et vous savez, ma famille est assez grande.

«Mon père et ma mère ont respectivement huit et neuf frères et sœurs. Vous pouvez imaginer combien ça fait de cousins et de cousines...»

Vous connaissez tout le monde?
Il arrive que des cousins que je n'avais jamais vus apparaissent brusquement.

image: instagram

Granit Xhaka a déclaré que le titre de champion du monde était son objectif. C'est aussi le vôtre?
Vraiment? (Il réfléchit) J'aime aussi rêver. Mais je rêve plutôt en silence. Pour remporter un titre dans un grand tournoi, il faut que beaucoup de choses soient réunies. Il faut d'abord passer la phase de poules, c'est déjà un gros défi. Mais oui, tout est possible dans le football. Il suffit de penser à la façon dont Leicester est devenu champion d'Angleterre.

L'été dernier, seule une séance de tirs au but avait empêché la Nati d'aller en demi-finale de l'Euro.
Du coup, on a déjà la pression de devoir atteindre la finale du Mondial? (rires)

Ça montre simplement qu'il suffit de peu pour aller très loin.
C'est vrai. Mais je mets en garde contre le fait de considérer tout à coup que le succès va de soi. On a un excellent esprit d'équipe et beaucoup de choses se passent bien. Mais il ne faut pas croire que tout arrive automatiquement, comme ça. Regardez l'Italie, championne d'Europe, qui a été éliminée et qui ne participe même pas à la Coupe du monde. On n'est pas le Brésil, ni l'Allemagne, ni la France. On reste la Suisse, qui a toujours réussi en tant que collectif. De nombreux éléments doivent être réunis pour réussir un gros coup.

Xherdan Shaqiri qui égalise face à l'Espagne, en quarts de finale de l'Euro, l'année passée.
Xherdan Shaqiri qui égalise face à l'Espagne, en quarts de finale de l'Euro, l'année passée.image: keystone

Qu'est-ce ce qui a changé au sein de la Nati depuis que Murat Yakin a succédé à Vladimir Petkovic?
Ce n'est pas facile de combler le vide laissé par Petkovic. Tout s'est très bien passé ces dernières années. Et puis, tout à coup, une nouvelle ère arrive. Muri (réd: le surnom de Murat Yakin) s'en est très bien sorti.

«Il est très authentique, toujours heureux, rit beaucoup. Il est détendu mais en même temps, il est très dur sur le terrain. Il exige des performances. Il trouve le bon équilibre»

Et son très grand atout, c'est qu'il a lui-même été international suisse. Il sent exactement comment les joueurs réfléchissent ou sait ce qu'ils ressentent.

Et que ressent un joueur de la Nati?
Je vous donne un exemple concret: Murat sait exactement ce que c'est que de jouer en Lituanie par une nuit glaciale. Il a aussi vécu ce genre de matchs. Le terrain, les circonstances... Il sait donc comment préparer l'équipe. Et il a un sang-froid incroyable, ça aide, surtout les jeunes. Il a le don d'évacuer la nervosité.

On a le sentiment que l'ambiance au sein de l'équipe s'est détendue depuis son arrivée. Est-ce que vous partagez cette impression?
La relation est certainement plus détendue. Les joueurs restent un peu plus longtemps à table, ils se parlent davantage. Il y a plus de rires et de joie.

Xherdan Shaqiri a un bon feeling avec le sélectionneur, Murat Yakin.
Xherdan Shaqiri a un bon feeling avec le sélectionneur, Murat Yakin. Image: KEYSTONE

Contre le Kosovo, Xhaka a disputé son 100e match avec la Nati, vous votre 102e. Que signifierait pour vous battre le record de 118 sélections de Heinz Herrmann?
Ce serait forcément beau de franchir ce cap, mais ce n'est pas le plus important. Je suis déjà content d'avoir pu jouer 100 matchs avec la Nati, j'ai apprécié chacun d'eux.

«Je ne veux pas qu'on se souvienne de moi comme d'un recordman de capes, mais comme d'un joueur spécial qui a fait vivre à la Suisse des moments spéciaux»

Votre transfert en Major League Soccer à Chicago remonte maintenant à quelques semaines. Comment se passe votre nouvelle vie?
Je me sens très bien. Au début, j'étais excité, bien sûr. Quand on passe d'un pays à l'autre en Europe, il n'y a pas vraiment de changement. Mais aux Etats-Unis, je ne connaissais rien ni personne, sauf Georg Heitz (réd: directeur sportif de Chicago, ex-FC Bâle). C'est pourquoi j'étais impatient.

image: instagram

A quel point ce transfert était-il un défi? C'est quand même un monde complètement différent.
C'est sûr, c'est un pari osé. La vie est différente. Le football en MLS est également différent. Mais beaucoup le sous-estiment, surtout en Europe. J'ai vu de mes propres yeux qu'il y a de la qualité. On y travaille de manière très professionnelle. Il y a beaucoup de spécialistes dans les staffs. Et en matière de technologie, les Américains sont de toute façon en avance.

Georg Heitz a raconté qu'après son premier appel, vous aviez d'abord hésité. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis?
Pour moi, le projet sportif a été déterminant.

«Chicago veut construire une équipe autour de moi»

Je trouve ça très attrayant. Et je veux mener cette équipe au succès.

Quel est votre premier bilan intermédiaire? Chicago a commencé avec deux victoires et deux matches nuls.
Très bon! Si les attaquants avaient tous marqué quelques buts de plus sur leurs occasions, j'en serais déjà à plus de sept assists! (rires bruyants) Ce n'était déjà pas si simple pour moi, je ne connaissais aucun joueur. Il nous faut un peu de temps pour nous habituer les uns aux autres. Il faut aussi du temps pour que mes nouveaux coéquipiers connaissent ma façon de jouer et de penser, et inversement. On a pris notre meilleur départ depuis neuf ans, c'est déjà positif.

Que valent les équipes adverses?
C'est difficile à estimer. Mes coéquipiers disent avant chaque match: «Aïe, ils sont très bons!» Mais c'est peut-être aussi parce que Chicago n'était pas très bon ces dernières années.

«Après la victoire contre D.C. United à Washington, on a fait la fête comme jamais! Je crois que la dernière victoire à l'extérieur remontait à un sacré moment... J'ai dû calmer un peu mes collègues»

À quel point vous connaissait-on à Chicago?
J'ai été surpris de voir que beaucoup de gens me connaissaient. En tout cas, c'était beau de ressentir l'euphorie qui régnait dans la ville. Les gens m'ont donné l'impression qu'une nouvelle ère commençait.

image: instagram

A Liverpool et à Lyon, votre rôle était complètement différent de celui que vous avez maintenant à Chicago. Qu'est-ce que ça fait d'être le leader incontesté d'une équipe?
C'est génial! J'aime beaucoup travailler avec les jeunes joueurs. C'est intéressant de voir comment ils fonctionnent. C'est très différent de ce qui se passe en Europe. Ils veulent savoir beaucoup de choses sur moi. Comment c'était à tel endroit, et puis là, et encore là. Comment fonctionne tel entraîneur et tel autre. Leur curiosité est dingue!

La Coupe du monde 2026 sera co-organisée par les Etats-Unis. Est-elle déjà un sujet de discussion?
J'en ai parlé une fois avec notre manager. Et pour être honnête, je n'avais plus en tête que la prochaine Coupe du monde aurait lieu aux États-Unis, au Canada et au Mexique. C'est encore assez loin. Mais c'est vrai qu'elle va faire bouger les choses. A Chicago aussi, un nouveau centre d'entraînement est en train de voir le jour pour un montant de 100 millions.

Et vous, en tant que joueur, serez-vous encore là en 2026?J'espère que mes genoux tiendront jusque-là et que je pourrai encore me tenir droit! J'essaierai de jouer le plus longtemps possible, c'est certain.

Adaptation en français: Yoann Graber

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