La descente féminine sera une véritable loterie
Elle avait la pancarte, comme diraient les initiés. Numéro une mondiale incontestée en descente, l'Américaine a démontré qu'elle était prête à remporter l'or et réussir son pari insensé: son retour au sommet après plusieurs années de retraite, loin des pistes.
Selon certaines rumeurs, son ligament croisé ne serait pas rompu. Info ou intox, peu importe. Mais à 41 ans, le genou en capilotade, Lindsey Vonn a franchi aisément son premier test à Cortina en se classant 11e du premier entraînement. Interrogée par un journaliste américain venu aux nouvelles, elle s'est contentée d'un laconique «yep». Elle a poursuivi lors d'un deuxième entraînement rendu difficile par les caprices de la météo.
Si la skieuse aux 84 victoires en Coupe du monde n'a pas froid aux yeux pour skier sans ligaments (son ménisque en paiera le prix), elle a néanmoins laissé la porte entrouverte à ses rivales. Difficile d'imaginer que l'Américaine puisse attaquer pleinement avec son genou meurtri. Malgré le dispositif spécial, malgré son courage, malgré son abnégation, les signes ne trompent pas: lors de son premier run, les appuis sur le pied gauche — un supplice pour son genou touché — se sont révélés d'une timidité extrême. Lors du deuxième, elle semblait sans cesse chercher à soulager son genou gauche. Surtout, alors qu'elle avait jusque-là démontré une remarquable stabilité sur les skis, sa position sur les lattes paraît plus hésitante, en basculant le plus souvent sur son ski intérieur.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Une chance s'est dessinée pour ses rivales. Sachant que plusieurs superstars de la discipline sont absentes — notamment Lara Gut-Behrami, blessée —, que d'autres évoluent en délicatesse, à l'image de Federica Brignone, héroïque après sa double fracture tibia-péroné et sa rupture du ligament croisé le 4 mars dernier, ou encore que Cornelia Hütter cherche toujours ses sensations, une véritable loterie s'est installée dans le cabanon de départ de Cortina d'Ampezzo.
Sur l'«Olimpia delle Tofane», la couronne pourrait échoir à plusieurs descendeuses. Laura Pirovano figure parmi les prétendantes: skieuse au bagage technique solide, elle flirte avec la victoire depuis plusieurs semaines sur le circuit de la Coupe du monde. C'est elle qui a bien failli gâcher la fête de Malorie Blanc à Crans-Montana, mais sa fougue l'a trahie; elle est sortie dans les derniers mètres, laissant la victoire à la Valaisanne.
Si Pirovano parvenait à s'imposer, cela constituerait néanmoins une belle surprise. L'Italie mise avant tout sur Sofia Goggia, qui demeure sa plus sûre garantie de victoire. La teigneuse Bergamasque traverse pourtant une saison étrange, moins solide que les années précédentes.
On pense également à la Norvégienne Kajsa Vikhoff Lie, légèrement en retrait cette saison, mais toujours redoutable sur le tracé italien. Elle n'a d'ailleurs pas manqué de démontrer sa forme lors du premier entraînement. Et surtout, les Norvégiens ont souvent le vent en poupe lorsqu'il s'agit de briller aux Jeux olympiques. Les plus anciens se souviendront volontiers des exploits de Lasse Kjus ou du légendaire Kjetil André Aamodt. Un pays qui trône régulièrement au sommet du tableau des médailles lors des Jeux d'hiver.
Dans cette loterie, une Allemande pourrait connaître l'acmé de sa carrière: Kira Weidle-Winkelmann. L'Allemande de 29 ans, troisième mondiale de la discipline, se plaignait de ne pas reconnaître l'une de ses pistes fétiches:
Mais il faudra continuer à regarder du côté de la bannière étoilée. Comme nous le rappelons souvent dans certains de nos sujets, les athlètes américaines vont être redoutables.
Après un premier entraînement canon, Jacqueline Wiles a montré qu'elle pouvait remplacer sur la plus haute marche sa cheffe de file Lindsey Vonn. Et petit détail amusant: son seul podium a été réalisé à Cortina d'Ampezzo.
Après Vonn et Wiles, une Américaine en chasse une autre. Breezy Johnson peut aussi nourrir de gros espoirs pour arracher une médaille et même le plus précieux.
Et les Suissesses?
On aurait bien misé sur notre fer de lance Corinne Suter. Si elle a de bons souvenirs avec un titre mondial ici, elle en garde aussi des mauvais, comme cette grosse cabriole il y a trois ans.
Surtout, au vu de son état de forme actuel, il est bien difficile de la placer dans les skieuses capables d'aller chercher une médaille.
La descente demeure le parent pauvre du ski suisse féminin. Les quatre athlètes qui représenteront notre pays ne semblent guère armées pour prétendre à un exploit. Malorie Blanc, la pépite de Swiss-Ski, est davantage attendue en super-G. Les autres, Janine Schmitt et Jasmine Flury, peuvent tout au plus viser un top 15.
