Ces JO 2026 peuvent devenir les meilleurs de l'histoire
Les Jeux olympiques de Milan-Cortina ont connu, ces derniers mois, de vives polémiques. Rien de très surprenant. Ces turbulences sont devenues la norme avant chaque grande échéance sportive.
Ce qui a fait grincer des dents de l’autre côté des Alpes: l’entêtement des autorités italiennes à construire une piste de bob, les retards de livraison, notamment du côté de la patinoire, les non-sens écologiques, l’envolée des coûts par rapport au budget initial, ou encore la mise à l’écart d'anciennes gloires italiennes lors du relais de la flamme olympique.
Ces points seront vite dissipés lorsque le sport livrera samedi ses premières émotions. Cela fonctionne ainsi tous les quatre ans. Rien ne changera en 2026, pas même ce nouveau problème qui pointe à l’horizon.
Depuis quelques jours, les avis négatifs sur l'atmosphère générale de ces Jeux se multiplient. Non seulement les Italiens peineraient encore à s’enthousiasmer, mais surtout, les épreuves dispersées dans tout le nord de la Botte nuiraient à l’esprit olympique. Il n’y aurait aucune magie sans un vrai rassemblement en un lieu unique. Les plus mauvaises langues vont même jusqu’à dire que chaque discipline organise son propre championnat du monde dans son coin.
Pourtant, ces Jeux de Milan-Cortina ont tout pour connaître un immense succès populaire. Après tout, ils ressemblent étrangement à ceux de Lillehammer 1994, ces JO d’hiver qualifiés aujourd'hui encore de «plus réussis de l’histoire olympique». De l'avis général, ils restent, avec un brin de nostalgie, les derniers à taille humaine.
Cet aspect convivial se retrouvera inévitablement à Cortina, qui n’accueille que cinq disciplines, ainsi qu'à Bormio ou Livigno, encore moins bien pourvus. Il soufflera un vent de Norvège dans les rues de ces stations.
Certes, Lillehammer parvenait à rester à taille humaine tout en organisant les épreuves olympiques au même endroit. Cela contribuait à son charme. Mais à Cortina, comme dans le secteur de Bormio/Livigno, il sera également possible d’assister à du ski alpin en journée, puis à du ski acrobatique, du bob ou du curling en soirée.
Le succès des Jeux norvégiens tenait aussi à une organisation sans faille, au froid et au soleil présents durant toute la quinzaine, aux spectaculaires paysages scandinaves, aux habitations typiques, ainsi qu’à la passion des locaux pour les sports d’hiver, en particulier les disciplines nordiques.
Si la météo italienne s’annonce capricieuse et que l’habituelle grisaille milanaise sera difficile à éviter, nul doute qu’en station, le soleil saura se montrer pour dévoiler les images de carte postale des Dolomites enneigées.
Et que dire de l'amour de la région pour les disciplines hivernales? Bormio et Cortina sont des étapes inamovibles de la Coupe du monde de ski alpin, Val di Fiemme un haut lieu du ski de fond, Antholz-Anterselva un rendez-vous mythique du calendrier de biathlon.
Après Sotchi, PyeongChang et Pékin, quel plaisir de retrouver une véritable terre de sports d’hiver, où les Goggia, Brignone, Franzoni, Paris, Wierer, Vittozzi et autres Pellegrino seront portés par un public chauvin à souhait, et acquis à leur cause, alors que des hordes de connaisseurs viendront en voisins de Suisse, d’Autriche et d’Allemagne. Il y aura à coup sûr un fort accent allemand, comme sur le front de la Coupe du monde.
La comparaison avec Lillehammer ne s’arrête pas là. En 1994, la cité norvégienne avait succédé aux Jeux de la démesure à Albertville et devait, à la demande du Comité international olympique, afficher plus de simplicité.
32 ans plus tard, Milan-Cortina adopte une posture similaire. Après les excès de Sotchi en 2014, PyeongChang en 2018 et Pékin en 2022, la facture italienne, certes triplée par rapport aux estimations initiales et loin de la sobriété attendue, devrait rester largement inférieure à celles des éditions précédentes, grâce à ce concept bienvenu de décentralisation, et à l’utilisation de sites existants emblématiques.
Cette démarche se veut également plus verte. Justement, les JO de Lillehammer 1994 sont aujourd’hui surnommés les «Jeux blanc-verts» et sont considérés comme les premiers véritables Jeux olympiques «écolos». Conçus dans le respect de la nature, ils pensaient à l’après et intégraient déjà le recyclage.
Finalement, Lillehammer réunissait tous les ingrédients des Jeux rêvés. Affirmer que Milan-Cortina fera mieux et présentera des Jeux olympiques encore plus réussis est sans doute ambitieux. Ce qui est certain, c’est que ce rendez-vous restera au moins autant dans les mémoires que celui de 1994, car porteur d'un changement. Adieu aux destinations exotiques. Bonjour aux lieux cohérents, chargés d’histoire et décentralisés.
Après Milan-Cortina, les Alpes françaises adopteront ce même principe en 2030, un modèle également repris par la candidature Switzerland 2038, qui suit toujours son cours. Si cette dernière venait à aboutir, espérons néanmoins qu’elle corrigera certaines aberrations encore observées en Italie. Pourquoi ne pas délocaliser l’épreuve de saut à ski sur petit tremplin prévue à Engelberg et les compétitions de patinage de vitesse programmées à Genève vers des sites existants à l’étranger?
