Tanguy Nef: après les promesses, la confirmation
51'82: tel est le temps canon de la manche de slalom du combiné par équipe olympique, ce lundi 9 février. Il porte la griffe de Tanguy Nef, auteur d'un tracé d'une précision diabolique. En dépit d'une petite scorie sur le plat, le Suisse a attesté, une fois de plus, qu'il possède l'étoffe des grands slalomeurs.
Souvent à deux doigts de signer une grande performance en Coupe du monde, il voit un petit couac par-ci, par-là le priver d'un podium, voire d'une victoire. Deuxième après la première manche à Gurgl en novembre, deuxième encore après le premier passage à Madonna di Campiglio en janvier: depuis plusieurs années, le Genevois frôle les sommets sans jamais pouvoir s'y installer durablement.
Désormais dans le top 10, il peut espérer mieux; il peut sans autre devenir l'un des meilleurs slalomeurs de la planète. Il manque un peu de régularité, d'agressivité parfois.
Mais à Bormio, il a démontré qu'il possédait la force mentale, cette capacité à garder le pied enfoncé même quand la pente se fait plus clémente.
Un parcours différent des autres skieurs suisses
Nef est surtout un skieur qui a suivi un autre cursus que la majorité des skieurs helvétiques. Il s'est expatrié, loin des carcans classiques du ski suisse. Pas de centre national à Brigue, mais bien un billet d'avion en direction des Etats-Unis.
Loin des montagnes helvétiques, il a étudié l'informatique et l'économie à l'université de Dartmouth, sur la Côte Est. Lui qui ne voulait «pas mettre tous ses œufs dans le même panier», décroche son diplôme. En parallèle, il enchaîne les courses sur le circuit Nor-Am, avec succès. Victoires en slalom et en géant, podiums à la pelle, points accumulés: il s'impose sur le circuit nord-américain. Jusqu'à ce que Swiss-Ski lui passe un coup de fil pour revenir se mesurer aux meilleurs mondiaux, sur la neige européenne.
Il arrive avec une casquette d'universitaire, avec des discours différents des skieurs suisses habituels. Matteo Joris disait qu'il avait ce «American style». Nef himself dégoise des «Sky is the limit» en interview, adopte une posture plus légère, plus relâchée que ce que les cadres de Swiss-Ski instaurent (et imposent) très rapidement.
Et le pari paie : il s'aligne pour la première fois en Coupe du monde à Levi, en novembre 2018, et termine à une superbe 11e place. Le gamin de 22 ans, visiblement, apprend vite. Il continue à jongler avec ses études, sacrifiant parfois des courses — comme un slalom de Wengen — pour honorer ses cours outre-Atlantique.
Mais arrivé tôt, avec un ski plein de promesse lui a peut-être demandé un certain réajustement au cours de sa carrière. Rien n'a été simple. Il concédait-il à la Tribune de Genève en mars 2025.
Il lui a fallu répéter ses gammes, reprendre de son flow si cher aux slalomeurs. La saison 2023/2024 fut celle du pas en arrière pour mieux rebondir. «Je suis donc reparti au bas de l’échelle et j’ai travaillé tout un hiver pour retrouver de la constance», confiait-il au journal genevois.
La médaille d'or pour un déclic?
Ses entraîneurs nous confiaient qu'il est souvent vite, très vite lors des manches d'entraînement. Une aisance qui passe par une régularité, par un déclic en course. Le skieur de Veyrier qui vit en Valais vient d'ajouter à sa collection une autre médaille, après le métal argenté des Mondiaux de Saalbach obtenu également en combiné par équipe, avec Alexis Monney.
A Bormio, peut-on dire qu'il a acté à 29 ans une carrière faite de hauts plutôt que de bas?
En préambule des JO, l'ancien skieur autrichien Fritz Strobl disait que Nef pouvait être la star de ces olympiades. Il expliquait que le Genevois lui faisait penser à lui, pour sa tendance à être très rapide dans plusieurs secteurs sans pouvoir amener sa manche jusqu'en bas. Interrogé par Blick, il explique:
Le mythique skieur autrichien a peut-être eu le nez creux. Auréolé de sa médaille d'or, Tanguy Nef dispose désormais d'une semaine pour affûter son slalom olympique et, cette fois, aligner deux manches de cette facture.
