Pourquoi cette tendance running fait de plus en plus d'adeptes
C'est une sensation familière pour la plupart des Suisses, qu'ils vivent au centre-ville de Genève ou dans un village des Franches-Montagnes jurassiennes: enfiler ses baskets, avaler quelques kilomètres sur le bitume, avant de bifurquer sur un chemin de forêt ou le sentier caillouteux d'un parc. En 2026, cette pratique qui emprunte à la fois au trail et à la course sur route porte un nom: le gravel, terme piqué au cyclisme, qui désigne cette envie de sortir du tout-asphalte, sans basculer dans le VTT ou le trail de montagne. Avec un objectif: l’exploration plutôt que la performance pure.
Spontanéité, liberté, flexibilité: autant de mots qui reviennent souvent dans la bouche des adeptes du gravel, qu'ils soient coureurs professionnels ou amateurs. La tendance répond aussi à une certaine volonté de déconnexion et d'échapper à la pression parfois souvent insidieuse des réseaux sociaux et de Strava, où performances, chronos et compétitions sont étalées sans vergogne.
«Je prépare des semi-marathons et des marathons une grosse partie de l'année, donc la majorité de mes séances restent sur route. Mais une ou deux fois par semaine, je choisis volontairement un parcours qui mélange asphalte, chemins de gravier et sentiers roulants», nous explique Christian, pratiquant amateur de 42 ans. «Cela casse la monotonie, sollicite davantage les appuis et réduit aussi l’impact sur les articulations.»
Le terme le fait d'ailleurs un peu rire. «Je trouve ça marrant qu'on mentalise un truc que quasi tous les coureurs font spontanément depuis toujours. Mais pourquoi pas, si ça permet d'avoir du matériel adapté.»
«J'ai l'impression que la pratique du gravel est corrélée à l'explosion des running clubs», commente pour sa part Jean-Luc Choffat, Influencer Marketing manager chez Salomon, auprès de watson. «C'est tout le contraire des clubs d'athlétisme, axés sur la performance pure. Ces clubs de course à pied, tu y vas pour rencontrer des gens, passer un bon temps, sans que personne ne regarde sa montre, manger une pizza et boire un verre ensuite.... Ça répond à un besoin social. Et ça fait du bien de pas toujours tout vouloir mesurer, calculer, se cantonner à courir sur plat pour avoir une meilleure moyenne... Le gravel, ça permet de se dire: Aujourd'hui, je profite. Sans chrono.»
A ce stade, il n’existe pas de fédération internationale, de statistiques officielles de participation ni de véritable circuit de compétitions consacré au gravel running. Le terme, principalement porté par Salomon (avant d'être repris par quelques autres marques, dont Craft), désigne davantage une catégorie de pratique et de matériel qu'une discipline autonome. Reste que cette tendance explose à un rythme aussi effréné que le nombre de pratiquants de course à pied.
Un véritable phénomène
«Salomon n'a pas inventé le gravel», confirme Jean-Luc Choffat. «Nous avons mis un nom sur quelque chose qui existe depuis très longtemps. Après avoir commencé dans le trail, puis avoir touché à la course sur route il y a cinq ou six ans, les développeurs avaient envie de créer des synergies.»
En effet, le grip qu'on trouvait sous la plupart des semelles il y a encore une dizaine d'années a disparu pour permettre aux chaussures d'économiser quelques précieux grammes. Quant aux chaussures de trail, définitivement plus stables, elles devraient plutôt se réserver aux chemins techniques et caillouteux des montagnes, au risque de s'abîmer très vite sur l'asphalte. «Il y avait donc un espace pour créer une nouvelle chaussure, entre les deux», résume Jean-Luc Choffat. «On a voulu prendre le meilleur des deux mondes.»
Au printemps, la marque basée à Annecy a notamment dévoilé sa «Aero Glide 4 Grvl», un modèle hybride, disposant à la fois d'un renvoi comparable aux chaussures de course sur route, mais d'une stabilité digne des chaussures de trail, qui permettent d'affronter les sentiers forestiers, les racines et d'éventuels obstacles qui viendraient heurter à l'avant de notre pied. Autre atout marketing avancé par Salomon? L'esthétique très réfléchie de ces chaussures par rapport à d'autres modèles spécialisés pour la route, qui en ont une paire qu'on puisse porter au quotidien - voire même au bureau pour les plus aventureux.
Mais au fond... avait-on vraiment besoin d'une paire de chaussures supplémentaire? En s'accaparant en partie cette tendance du gravel, Salomon n'a-t-il pas sauté astucieusement sur l'occasion de commercialiser un énième modèle... dont nous n'avons pas forcément besoin? «Au contraire! Les chaussures de gravel permettent se limiter à une seule paire, au lieu d'en acheter trois différentes en fonction des terrains», objecte Jean-Luc Choffat. «Loin d'être superflues, c'est un complément à l'offre actuelle et un vrai plus pour les coureurs.»
Force est d'admettre qu'après avoir testé le dernier modèle gravel de Salomon, nous devons lui donner raison. Très «pantoufles», ultra confortables et très adhérentes, les Aero Glide 4 Grvl s'avèrent en effet idéales pour gravir les collines autour de Lausanne et affronter les sentiers de forêt environnants la tour de Sauvabelin, sans risquer d'y laisser une cheville.
«Pendant des années, toutes mes sorties étaient ultra calibrées: allure, fréquence cardiaque, objectif kilométrique. A force, j’avais l’impression de toujours courir après une performance, ça m'a crevé, j'avais perdu absolument tout plaisir», confie pour sa part Nico, 30 ans. «Le gravel running m’a permis de retrouver ce qui m’avait donné envie de courir au départ: me relaxer, partir de chez moi sans itinéraire précis et trop réfléchir.»
«C’est cette liberté qui me plaît. Je rentre parfois avec quelques kilomètres de plus que prévu, mais surtout avec le sentiment d’avoir vécu une petite aventure.»
