Soudain, au milieu de cette nuit hivernale, les Suisses ont allumé leur télévision et ont vu Alinghi remporter sa première Coupe de l'America. C'était à Auckland en 2003. Un défi suscitait pour la première fois en Suisse – pays enclavé – l'enthousiasme du large. Notre pays devenait alors une nation de voile.
Partout, les gens portaient les casquettes grises à l'effigie d'Alinghi. Les journaux publiaient des reportages exotiques. Le bateau de l'équipe était un sujet de conversation populaire. Le Conseiller fédéral, Samuel Schmid, vantait les mérites d'Alinghi.
La victoire d'Alinghi en 2003 – en battant qui plus est la Nouvelle-Zélande 5-0 – n'était rien de moins qu'une pure sensation. L'euphorie était énorme, et ce, alors que l'équipage n'était guère composé de skippeurs suisses.
Tout a commencé grâce à l'entrepreneur Ernesto Bertarelli. Le milliardaire navigue. C'est un passionné de voile et il apprécie la compétition. Sa vision? Ramener la Coupe de l'America en Suisse. Seuls trois pays avaient auparavant remporté l'une des plus anciennes compétitions sportives au monde: les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et l'Australie.
Bertarelli est sérieux. Il engage en 2000 le Néo-Zélandais Russel Coutts pour 12,8 millions de francs suisses. Il vient de remporter la Coupe de l'America et est également champion olympique de voile. Le dirigeant helvétique débauche cinq autres membres du Team New Zealand. Or quand Ernesto Bertarelli inscrit son équipe en vue de l'édition 2003, les Néo-Zélandais protestent.
Alinghi remporte la prestigieuse Coupe Louis-Vuitton au nez et à la barbe des meilleures nations et s'offre le droit de défier le defender de la Coupe de l'America. L'équipe – établie à la Société nautique de Genève – bat alors facilement la Nouvelle-Zélande, régulièrement confrontée à des problèmes techniques.
Le défi suisse défendra son titre à Valence en 2007. Ce port a été choisi parce que la Suisse n'a pas d'accès à la mer. Cette-fois-ci, Alinghi s'impose de manière beaucoup plus dramatique face au même Team New Zealand. Dans la septième régate, l'équipage helvétique est nettement en tête. Mais le vent tombe soudain de 14 à 4 nœuds. Les «Kiwis» réagissent mieux et rattrapent leur retard. Le bateau suisse s'impose finalement pour une seconde. Il réalise un doublé historique, avant de s'incliner sèchement trois ans plus tard face à l'équipe américaine BMW Oracle Racing.