Qui est le procureur de la fusillade d'Aarau?
Après la fusillade survenue à l'issue d'une rave à Aarau, le procureur général en chef Philipp Umbricht a annoncé dimanche soir que le Ministère public de Lenzbourg-Aarau avait ouvert une procédure. On apprend ce mercredi que l'enquête contre l'auteur présumé des tirs mortels est dirigée par le procureur Christoph Rüedi.
Fin 2024, Christoph Rüedi a succédé à Barbara Loppacher à la tête du Ministère public de Lenzbourg-Aarau. Cette dernière s'était fait connaître dans toute la Suisse en tant que procureure dans l'affaire du quadruple meurtre de Rupperswil en 2015. Le 1er janvier 2025, elle est devenue suppléante du procureur général en chef, laissant ainsi son poste vacant. Pour prendre ses nouvelles fonctions, Christoph Rüedi a quitté la direction du Ministère public de Brugg-Zurzach (AG), qu'il occupait depuis 2019.
L'une des affaires les plus médiatisées de la carrière de Rüedi concerne une intervention de police à Malters (LU) en 2016. Une femme de 65 ans s'était retranchée dans son appartement et s'était donné la mort par balle au moment où les agents étaient intervenus. Après le dépôt d'une plainte pénale contre la direction de la police lucernoise, l'avocat de son fils avait demandé la récusation du Ministère public lucernois. Le Tribunal cantonal avait alors nommé Rüedi procureur extraordinaire.
Le Tribunal de district de Kriens a acquitté les deux prévenus et le Tribunal cantonal a confirmé cette décision. Une expertise avait conclu que la femme avait choisi de se suicider de son propre chef. Rüedi avait alors émis des doutes quant à la valeur probante de cette expertise.
Le scandale des fuites autour d'Alain Berset
En tant que procureur extraordinaire, Rüedi s'est également penché sur la manière dont la Weltwoche avait obtenu les dossiers relatifs à la tentative de chantage sur Alain Berset, alors conseiller fédéral. Il a notamment cherché à déterminer si une personne de l'entourage du Ministère public de la Confédération avait transmis au journal des dossiers pénaux confidentiels. Il a finalement classé les investigations menées à ce sujet.
Rüedi avait déjà exercé auparavant comme procureur extraordinaire de la Confédération. Dans le cadre de la procédure pénale contre le gestionnaire de fonds spéculatifs Florian Homm, il avait enquêté sur une procureure fédérale soupçonnée d'abus d'autorité et de favoritisme. La procédure avait été classée.
Une affaire d'overdose en milieu psychiatrique
En Argovie, Rüedi a également enquêté, en tant que procureur sur la mort d'un patient décédé en 2017 d'une overdose de méthadone alors qu'il suivait volontairement une cure de désintoxication dans la clinique spécialisée dans les addictions des Services psychiatriques argoviens. Cette affaire avait elle aussi suscité une forte attention médiatique.
Le Ministère public a classé la procédure: rien n'indiquait que la dose administrée par la clinique ou des contrôles insuffisants aient été à l'origine du décès. Rüedi estimait néanmoins que des améliorations étaient nécessaires. Il souhaitait discuter de certaines «incohérences» avec la direction de la clinique. Il ne comprenait notamment pas que les contrôles nocturnes prescrits aient été omis par manque de temps.
Sur la base des déclarations d'experts, il estimait en outre que la dose de méthadone administrée était trop élevée et réclamait de meilleurs contrôles pour empêcher la présence de drogues dans l'unité. Même en l'absence d'infraction pénale, le Ministère public estimait avoir le devoir de signaler aux institutions les procédures susceptibles d'être améliorées.
Des critiques au Grand Conseil argovien
En 2021, le procureur avait fait les gros titres dans un dossier impliquant un délinquant sexuel afghan. L'affaire avait suscité une vive polémique avant même le procès, y compris dans le monde politique: Désirée Stutz, alors cheffe du groupe UDC au Grand Conseil argovien et avocate, avait reproché au Ministère public d'avoir pris une mauvaise décision.
L'élue critiquait le fait que le prévenu n'ait pas été placé en détention provisoire. Entre 2017 et 2019, cet Afghan de 32 ans aurait commis à plusieurs reprises des abus sexuels sur deux enfants. L'auteur présumé étant introuvable malgré un avis de recherche international, le procès s'était tenu en son absence. (tradj.jzs)
