Voici quand «les assurés bénéficieront d'un allègement des primes»
L'assurance-maladie obligatoire a été introduite il y a 30 ans. Qu'a-t-elle apporté, à part des coûts supplémentaires? Entretien avec Thomas Christen, directeur suppléant de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui quittera ses fonctions à la fin janvier.
En 1996, une personne payait environ 128 francs par mois pour l'assurance de base; aujourd'hui, ce montant atteint près de 400 francs. L'introduction de la loi sur l'assurance-maladie était-elle une erreur?
Thomas Christen: Non.
La promesse qui avait alors convaincu une majorité reste la même aujourd'hui:
La promesse a-t-elle été tenue?
Oui. Parallèlement, le défi de la hausse des coûts et des primes devient de plus en plus important. Heureusement, plusieurs réformes ont récemment été adoptées afin d'y remédier.
L'égalité d'accès aux soins médicaux n'était qu'un aspect. Dès le départ, les responsables politiques voulaient aussi contenir les coûts. Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas?
L'été dernier, une enquête de gfs.bern a montré que nettement plus de 90% des personnes interrogées estimaient que l'assurance-maladie avait tenu ses promesses. C'est une marque de confiance qui n'a rien d'évident et dont nous devons prendre soin.
Pourtant, les coûts continuent de fortement augmenter.
C'est là le problème. Une population vieillissante demande davantage de prestations, et nous souhaitons tous bénéficier des innovations médicales.
Peut-on y faire quelque chose?
Oui. Il existe aussi des coûts médicalement non nécessaires. Il est important que les dépenses augmentent seulement modérément, afin que l'assurance-maladie reste financièrement viable.
C'est pourquoi nous devons surveiller en permanence les coûts et bien mettre en œuvre les récentes réformes. Pendant des années, on a parlé d'un blocage des réformes.
Dès l'introduction de la LAMal, les responsables politiques savaient que les primes étaient difficilement supportables pour les personnes moins aisées. Le système des primes par tête est-il mauvais?
Les primes par tête nécessitent un fort correctif social. Les réductions de primes remplissent cette fonction. Et l'une des récentes réformes renforce encore ce dispositif:
Pourtant, on constate que cela continue d'augmenter. Faut-il modifier le financement?
Outre les coûts, le financement constitue également un levier important.
Cette répartition sera-t-elle encore adaptée à l'avenir? Ou faudra-t-il un correctif social plus important? Politique et société n'ont pas besoin de répondre à cette question immédiatement, mais elle se reposera tôt ou tard.
Au regard de la forte augmentation des coûts: la politique a-t-elle manqué des leviers importants pour contenir les dépenses?
Non, elle n'a pas manqué des leviers. Il a simplement fallu beaucoup de temps pour mener à bien des projets essentiels, comme le financement unifié ou les objectifs de coûts.
Vous mentionnez quatre réformes importantes. Quand entreront-elles en vigueur?
Le nouveau tarif médical ambulatoire est entré en vigueur début de cette année, en même temps que les ajustements des réductions de primes et des objectifs de coûts. Le financement unifié suivra en 2028.
En quoi?
Ces réformes renforceront les soins de base ambulatoires et la prise en charge coordonnée, ce qui est dans l'intérêt des patients. Et, au final, cela reviendra également moins cher.
Quand les assurés verront-ils une baisse concrète de leurs primes?
C'est également à ce moment que les nouveaux objectifs de coûts commenceront à produire leurs effets.
Vous avez évoqué au début les nombreux effets pervers. Le Conseil fédéral estime qu'environ 20% des prestations relèvent de surconsommation ou de soins inappropriés. Comment les éliminer du système?
Les réformes mentionnées permettent de supprimer de nombreux effets pervers, par exemple en adaptant les nouveaux tarifs à la réalité médicale ou en renforçant la transparence. Mais le travail se poursuit, bien entendu.
Deux réformes importantes ont été laissées de côté: le dossier électronique du patient et le financement hospitalier. Ont-elles échoué?
Le dossier électronique de santé est en train d'être réorienté. A l'avenir, chaque personne en Suisse recevra automatiquement et gratuitement un dossier, sauf si elle refuse. Le nouveau projet de loi est désormais soumis au Parlement.
Avec son nouveau financement, le Parlement souhaitait consolider le système hospitalier. Cela a-t-il échoué?
Le financement hospitalier a été mis en œuvre dans ses grandes lignes, mais n'est pas encore totalement achevé. Il reste notamment des marges de progression en matière de planification hospitalière.
Les primes élevées ont un revers: l'offre complète de l'assurance de base est remise en question. Voyez‑vous l'égalité d'accès aux soins menacée?
Oui, c'est exactement le point central.
Cela alimente les idées d'une médecine à deux vitesses si nous n'agissons pas.
Quelles idées?
Une franchise minimale de 5000 ou 10 000 francs, un catalogue de prestations réduit ou une majoration des primes pour les personnes âgées.
Les personnes ayant besoin d'un soutien psychologique devraient alors souscrire une assurance complémentaire ou payer la thérapie de leur propre poche.
Vous voulez empêcher cela?
C'est précisément pour cette raison qu'il est essentiel de garder les coûts et le financement sous contrôle.
Si vous pouviez actionner un levier pour améliorer le système de santé, lequel serait-ce?
Briser les silos. L'industrie pharmaceutique réclame des prix plus élevés pour les médicaments, les hôpitaux dénoncent une sous‑financiation, et la physiothérapie se plaint de tarifs trop bas.
Mais cela ne peut pas freiner l'évolution démographique.
Non. Le fait que nous vivions plus longtemps que les générations précédentes est très réjouissant, mais cela coûte aussi davantage.
Il reste toutefois essentiel de veiller à ce que les coûts ne s'emballent pas.
Où peut-on agir concrètement?
Le deuxième grand facteur est l'innovation médicale.
Il est incontestable que nous voulons rémunérer correctement l'innovation et que l'industrie pharmaceutique est importante pour la place économique suisse. Cependant:
Vous avez négocié de nombreux tarifs, pas seulement pour les médicaments. En vous concentrant autant sur les coûts, ne mettez‑vous pas en danger la qualité des soins?
Non, justement pas. La Suisse offre une très bonne qualité de soins.
Dans le classement des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Suisse se situe systématiquement en tête: faible mortalité, soins de qualité et personnel nombreux.
Cela n'est possible que si l'assurance sociale reste financièrement viable. C'est pour cela que le focus sur les coûts est essentiel.
Vous quittez l'Office fédéral de la santé après neuf ans. Avez-vous un sentiment positif?
Je ressens de la gratitude. C'est un privilège de pouvoir contribuer à un domaine politique qui touche directement la population.
Pendant longtemps, on nous reprochait un blocage des réformes. Aujourd'hui, quatre réformes centrales ont été mises en œuvre, posant ainsi des jalons importants pour l'avenir.
Vous avez mené de nombreux combats avec l'industrie pharmaceutique, les caisses-maladie, les médecins, les physiothérapeutes et les psychologues. Est‑ce un soulagement de ne plus être au cœur de la tempête?
Heureusement, les attaques étaient rarement personnelles.
Dans ce secteur, cela ne suscite pas toujours de l'enthousiasme.
Savez‑vous déjà ce que vous ferez à partir de février?
La politique sanitaire, et en particulier l'assurance-maladie, me passionne toujours. Je resterai donc actif dans ce domaine, mais sous une autre forme: en tant que conseiller indépendant.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
