Certains ont parié une bouteille de vin que Parmelin allait démissionner
Dans la Berne fédérale, les paris vont bon train quant à l’avenir de Guy Parmelin. Le conseiller fédéral UDC va-t-il annoncer son départ durant la session d’automne, qui débutera ce lundi? Certains en sont convaincus et misent même des bouteilles de vin - vigneron oblige - sur un départ à la fin de l’année. Mais cette histoire va-t-elle tourner au vinaigre?
Les rumeurs quant au départ de Guy Parmelin accompagnent presque autant sa carrière que celles sur ses problèmes de dos. Mais ce n’est pas tout à fait un hasard si celles-ci refont surface aujourd’hui. Le Vaudois est le doyen du Conseil fédéral, il siège au gouvernement depuis dix ans et assume cette année la présidence de la Confédération. Autant d’ingrédients qui, traditionnellement, alimentent les spéculations sur un départ.
Guy Parmelin contribue lui-même à les nourrir, même si on ne peut de loin pas lui reprocher une certaine lassitude face à la fonction. L'UDC est monté au front contre l’initiative sur l’alimentation dans l’émission Arena sur la SRF.
Il a inauguré le Festival de Lucerne, il a visité une exploitation agricole touchée par la sécheresse et a participé à un brunch du 1er août. Il a défendu avec vigueur les nouveaux accords de libre-échange face aux ONG, mais également face au monde paysan.
Ce sont plutôt ses apparitions plus informelles qui donnent parfois l’impression d’une tournée d’adieu. Cela a commencé en décembre, lorsque la RTS l’avait suivi de près durant quatre jours.
«Excellent.» Guy Parmelin
Le reportage montrait l’homme qui se lève tôt, le conseiller fédéral proche des gens, le chef plein d’humour. Alors que son année présidentielle n’avait pas encore démarré, on assistait là à une sorte de testament politique.
Il est un peu trop détendu
Depuis, l'homme de 66 ans amuse régulièrement sur les réseaux sociaux avec de courtes vidéos. Comme celle réalisée pour Blick, dans laquelle il dégustait des spécialités suisses qu’il mange régulièrement et le Rivella, qu’il avouait ne pas aimer. Point culminant de la séquence, Guy Parmelin montrait un grand portrait accroché dans son bureau où il apparaissait avec deux caracs en guise de lunettes.
Vu sous cet angle, tout pourrait laisser penser qu’il annoncera son départ dans les prochaines semaines. Pourtant, dans l’entourage du Conseil fédéral, certains parient au contraire sur le fait qu'il restera à son poste. Les pronostiqueurs jugent plus vraisemblable que le doyen du gouvernement s'accroche encore quelque temps. Et lorsqu’on leur demande pourquoi, un nom revient souvent: Beat Jans.
Le socialiste bâlois a hérité du Département de justice et police malgré son souhait. C’est un secret de Polichinelle, Beat Jans aimerait laisser DFJP et, de préférence, le plus rapidement possible.
Le Département de l’économie serait en revanche parfaitement taillé pour Beat Jans et le Parti socialiste. Le conseiller fédéral y serait notamment chargé des relations entre employeurs et syndicats et pourrait également peser sur les négociations de libre-échange. Il défendrait ainsi davantage les questions de durabilité et de droits humains. Le dossier européen resterait également dans son giron, tout comme la formation et la recherche.
Le parcours de Beat Jans le prédestinerait d’ailleurs assez bien à ce département. Le Bâlois a suivi une formation d’agriculteur. Lorsqu’il siégeait au Conseil national, il s’était notamment engagé contre les pesticides et les subventions à la publicité pour la viande, tout en défendant une agriculture plus écologique.
Et Beat Jans..?
Mais ce qui réjouirait le PS et les Verts ferait grincer des dents dans les milieux économiques, agricoles et à droite.
Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) est l’un des bastions libéraux de l’administration fédérale. Avec le commerce international et la suppression des obstacles aux échanges comme priorités, le libre marché y fait presque figure de doctrine.
C’est également au Seco que l’on chiffre le coût des nouvelles réglementations, souvent en soulignant leurs effets indésirables. L’idée de voir Beat Jans à la tête du Département de l’économie ferait en revanche grincer des dents dans les milieux agricoles. Jamais encore le Seco n’a été dirigé par un conseiller fédéral socialiste.
S’il veut éviter que son département ne passe aux mains de Beat Jans, Guy Parmelin devra sans doute prolonger son mandat. Rien ne garantit en effet que la majorité bourgeoise du Conseil fédéral s’opposerait à un changement de département du socialiste pour préserver le Seco dans le giron de la droite.
Le climat actuel au sein du gouvernement joue aussi en faveur de cette hypothèse. Le Conseil fédéral traverse une période plutôt harmonieuse et personne ne semble vouloir compromettre cet équilibre. Refuser à Beat Jans le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), si un seul siège venait à se libérer, uniquement pour des raisons idéologiques, risquerait d’être perçu comme un affront et de peser durablement sur la collaboration au sein du gouvernement.
Le PLR pourrait lui aussi trouver son compte dans ce scénario. Confier le Département de justice et police à l’UDC obligerait cette dernière, avant même les élections, à quitter sa confortable posture d’opposition sur la politique migratoire pour en assumer directement la responsabilité.
La «stratégie Cassis»
S’il voulait empêcher Beat Jans de reprendre le Département de l’économie, Guy Parmelin disposerait toutefois d’une porte de sortie. Il pourrait quitter le Conseil fédéral en même temps qu’un autre collègue. Ignazio Cassis, par exemple, à la fin de 2027.
Le conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères est le deuxième membre le plus âgé du gouvernement. Beat Jans pourrait alors reprendre ce département, tandis que l’économie resterait aux mains de la droite.
Mais peut-être que tout est beaucoup plus simple. Guy Parmelin pourrait encore rester longtemps au Conseil fédéral, ne serait-ce que pour permettre à la Berne fédérale de continuer de parier sur son départ à chaque session. Une contribution toute personnelle à la lutte contre la crise du vin que traversent ses confrères vignerons de l'Arc lémanique.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
