Suisse
antisémitisme

Faut-il interdire les appels à l’Intifada en Suisse?

Manifestation propalestinienne de la gauche radical Der Funke, le 3 décembre 2023 à Berne.
Manifestation propalestinienne de la gauche radical Der Funke, le 3 décembre 2023 à Berne. image: capture

Ce slogan interdit au Royaume-Uni après Sydney peut-il être crié en Suisse?

Après l’attentat antisémite de Sydney, les appels à l’Intifada, lors des manifestations pro-palestiniennes, ont été interdits à Londres et Manchester. Ils interpellent aussi en Suisse, où autorités et communautés juives s’expriment sur les limites légales.
18.12.2025, 20:5819.12.2025, 10:33

Suite à l’attentat antisémite survenu le 14 décembre à Sydney, les polices de Londres et Manchester ont annoncé mercredi que les appels à l’Intifada dans les manifestations pro-palestiniennes ne seraient plus autorisés. «Des actes de violence ont eu lieu, le contexte a changé, les mots ont un sens et des conséquences», ont déclaré les chefs des deux polices.

Cette mesure intervient après une demande en ce sens du grand-rabbin de Grande-Bretagne, Ephraim Mirvis, qui a jugé ces slogans «illégaux». Le 2 octobre, une synagogue de Manchester a été visée par une attaque, dans laquelle deux fidèles juifs sont morts, le jour de la fête de Yom Kippour.

Intifada: la prise de position de la FSCI

Et en Suisse, qu’en est-il de la légalité ou de la tolérance vis-à-vis des appels à l’Intifada, qui renvoient aux «soulèvements des pierres» des années 1980 et 2000 dans les territoires palestiniens occupés par Israël? Dans une prise de position datant de ce jeudi et transmise à watson, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), par la voix de son secrétaire général, Jonathan Kreutner, indique:

«La FSCI n’a jusqu’à présent formulé aucune demande spécifique visant à interdire certains termes auprès des autorités de sécurité. En revanche, nous attirons régulièrement l’attention sur le fait que de tels slogans et actions empoisonnent le climat social et contribuent à faire entrer la violence comme moyen légitime d’action au cœur de la société, avec des conséquences potentiellement concrètes pour la vie juive en Suisse.»
Jonathan Kreutner, secrétaire général de la FSCI

La FSCI, qui dit «observer de manière répétée l’utilisation du terme "Intifada" dans le contexte de manifestations pro-palestiniennes, dans le milieu universitaire ainsi que sur les réseaux sociaux», ajoute :

«Ce qui est commun à tous les slogans faisant référence à l’"Intifada", c’est leur lien historique et factuel étroit avec la violence et le terrorisme. Il ne s’agit pas de termes politiques neutres, mais d’une rhétorique qui cherche à légitimer et à glorifier la violence. (…) Ce que nous considérons avec une grande inquiétude.»
Jonathan Kreutner, secrétaire général de la FSCI

Lundi, le président de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV), Elie Elkaïm, interrogé par watson, estimait que «l’attentat antisémite de Sydney est clairement la conséquence du mot d'ordre "Globalize Intifada"».

Dans le système fédéral suisse, les polices relèvent de la compétence cantonale. Contacté, le ministère public vaudois n’était pas en mesure de répondre, ce jeudi, sur une éventuelle mise en débat du mot «Intifada» au sein des instances cantonales en vue de l’interdire ou non dans les manifestations.

«La police n'a pas de lexique des mots interdits»

A Genève, le directeur de la communication au Département des institutions englobant le secteur de la sécurité, Laurent Paoliello, rapporte que «la police cantonale genevoise ne dispose pas d'un lexique des mots interdits dans les manifestations».

«Est interdit ce qui est interdit par la loi suisse, c’est-à-dire les appels à la haine et les propos discriminants visant des populations ou groupes de personnes en raison de leurs origines, religions ou orientations sexuelles.»
Laurent Paoliello, directeur de la communication au Département genevois des institutions

Laurent Paoliello rappelle que les organisateurs de manifestations, celles en faveur de la Palestine n’y échappent pas, sont avertis des «limites légales à ne pas franchir».

«Nous pouvons intervenir a posteriori sur la base de photos et d’enregistrements pris durant des manifestations, mais aussi durant les manifestations, au besoin en les dispersant.»
Laurent Paoliello, directeur de la communication au Département genevois des institutions

Le slogan «Khaybar Khaybar ya yahud!» non poursuivi

A Genève toujours, Johanne Gurfinkiel, le secrétaire général de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), se souvient d’avoir fait des signalements à la police à la suite d’une manifestation qui s’était tenue peu de temps après le massacre du 7 octobre 2023.

Le slogan jugé menaçant «Khaybar Khaybar ya yahud!», qui peut être traduit par «Juifs, souvenez-vous de Khaybar!», une bataille contre des tribus juives menée par les troupes du prophète Mahomet, avait alors été clamé par des éléments islamistes présents dans le cortège. «Ces signalements sont restés sans suite», constate Johanne Gurfinkiel.

«Une difficulté culturelle en Suisse»

Le secrétaire général de la Cicad pointe, tout en disant la comprendre, «une difficulté culturelle en Suisse à appréhender des phénomènes nouveaux pour elle, qui sont liés à la violence que peut charrier l’antisémitisme dans toutes ses dimensions».

- Des voitures «sapin de Noël»
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
2 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
2
Emeute dans une prison à Fribourg: des détenus se barricadent
Une trentaine de détenus se sont barricadés à la prison de Bellechasse, avant un retour au calme après des heures de négociations.
Lundi soir, une grosse émeute impliquant une trentaine de détenus a éclaté à la prison de Bellechasse, dans le canton de Fribourg, ont rapporté la RTS et La Liberté. Les détenus ont refusé de réintégrer leur cellule vers 19 heures et se sont barricadés dans un secteur du régime fermé.
L’article