Ce slogan interdit au Royaume-Uni après Sydney peut-il être crié en Suisse?
Suite à l’attentat antisémite survenu le 14 décembre à Sydney, les polices de Londres et Manchester ont annoncé mercredi que les appels à l’Intifada dans les manifestations pro-palestiniennes ne seraient plus autorisés. «Des actes de violence ont eu lieu, le contexte a changé, les mots ont un sens et des conséquences», ont déclaré les chefs des deux polices.
Cette mesure intervient après une demande en ce sens du grand-rabbin de Grande-Bretagne, Ephraim Mirvis, qui a jugé ces slogans «illégaux». Le 2 octobre, une synagogue de Manchester a été visée par une attaque, dans laquelle deux fidèles juifs sont morts, le jour de la fête de Yom Kippour.
Intifada: la prise de position de la FSCI
Et en Suisse, qu’en est-il de la légalité ou de la tolérance vis-à-vis des appels à l’Intifada, qui renvoient aux «soulèvements des pierres» des années 1980 et 2000 dans les territoires palestiniens occupés par Israël? Dans une prise de position datant de ce jeudi et transmise à watson, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), par la voix de son secrétaire général, Jonathan Kreutner, indique:
La FSCI, qui dit «observer de manière répétée l’utilisation du terme "Intifada" dans le contexte de manifestations pro-palestiniennes, dans le milieu universitaire ainsi que sur les réseaux sociaux», ajoute :
Lundi, le président de la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud (CILV), Elie Elkaïm, interrogé par watson, estimait que «l’attentat antisémite de Sydney est clairement la conséquence du mot d'ordre "Globalize Intifada"».
Dans le système fédéral suisse, les polices relèvent de la compétence cantonale. Contacté, le ministère public vaudois n’était pas en mesure de répondre, ce jeudi, sur une éventuelle mise en débat du mot «Intifada» au sein des instances cantonales en vue de l’interdire ou non dans les manifestations.
«La police n'a pas de lexique des mots interdits»
A Genève, le directeur de la communication au Département des institutions englobant le secteur de la sécurité, Laurent Paoliello, rapporte que «la police cantonale genevoise ne dispose pas d'un lexique des mots interdits dans les manifestations».
Laurent Paoliello rappelle que les organisateurs de manifestations, celles en faveur de la Palestine n’y échappent pas, sont avertis des «limites légales à ne pas franchir».
Le slogan «Khaybar Khaybar ya yahud!» non poursuivi
A Genève toujours, Johanne Gurfinkiel, le secrétaire général de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), se souvient d’avoir fait des signalements à la police à la suite d’une manifestation qui s’était tenue peu de temps après le massacre du 7 octobre 2023.
Le slogan jugé menaçant «Khaybar Khaybar ya yahud!», qui peut être traduit par «Juifs, souvenez-vous de Khaybar!», une bataille contre des tribus juives menée par les troupes du prophète Mahomet, avait alors été clamé par des éléments islamistes présents dans le cortège. «Ces signalements sont restés sans suite», constate Johanne Gurfinkiel.
«Une difficulté culturelle en Suisse»
Le secrétaire général de la Cicad pointe, tout en disant la comprendre, «une difficulté culturelle en Suisse à appréhender des phénomènes nouveaux pour elle, qui sont liés à la violence que peut charrier l’antisémitisme dans toutes ses dimensions».
