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Voici ce qui se passe quand un tueur en série meurt en Suisse

Werner Ferrari, lors d'un procès à Wettingen en 2007.
Werner Ferrari, lors d'un procès à Wettingen en 2007.Image: Susi Bodmer

Voici ce qui se passe quand un tueur en série meurt en Suisse

Werner Ferrari, condamné à la perpétuité pour meurtres d'enfants, est décédé la semaine dernière dans un établissement pénitentiaire d'Argovie. Que devient le corps des criminels après la mort?
22.12.2025, 05:3522.12.2025, 07:00
Matthias Niederberger / ch media

Autrefois, celui qui commettait un crime et se faisait prendre devait expier deux fois: de son vivant et après sa mort. Au Moyen Âge, les criminels les plus graves étaient parfois exécutés, puis leur corps abandonné aux corbeaux. C’est ce qu'on peut lire dans le Dictionnaire historique de la Suisse.

Il arrivait aussi qu’ils soient enterrés à même le lieu d’exécution ou dans des cimetières séparés, le visage tourné vers le sol. D’une manière ou d’une autre, la société les traitait différemment du commun des mortels. Pas de cérémonie du souvenir, pas de pierre tombale, pas de dignité dans la mort.

Le droit à une mort honorable

La semaine dernière, l’un des criminels les plus célèbres de Suisse est décédé. Werner Ferrari, le tueur en série condamné pour le meurtre de quatre enfants, a succombé à une grave maladie à l’âge de 78 ans. Depuis 1995, il était incarcéré à l’établissement pénitentiaire de la prison de Lenzbourg, en Argovie.

Aujourd'hui, l’Etat de droit ne punit plus personne au-delà de la mort. La Constitution fédérale interdit non seulement la peine capitale, elle impose aussi de respecter et de protéger la dignité humaine. Cela inclut le droit à une sépulture, y compris pour Werner Ferrari, qui devait rester en prison jusqu’à la fin de sa vie.

Pas de proches, pas de souhait

Plus de 300 personnes sont détenues à la prison de Lenzbourg. Au cours des cinq dernières années, quatre détenus sont décédés, Werner Ferrari compris, dont deux par suicide. Le directeur de la prison, Marcel Ruf, explique la procédure en cas de décès:

«En règle générale, nous avisons la police, le ministère public et l’institut de médecine légale»

Si une autopsie est ordonnée, le corps est transféré par une entreprise de pompes funèbres à l’institut de médecine légale.

Selon Marcel Ruf, la plupart des détenus ont des proches. Ceux-ci sont informés immédiatement après le décès et décident de la suite: inhumation, crémation, cérémonie d’adieu, office religieux, etc. Il arrive toutefois, notamment chez des détenus âgés, qu’il n’y ait plus de proches. A propos de Werner Ferrari, le directeur précise:

«Il n’avait, en tout cas, plus de contact avec des proches»
Marcel Ruf est directeur de l'établissement pénitentiaire de Lenzbourg.
Marcel Ruf est directeur de l'établissement pénitentiaire de Lenzbourg.Image: Sandra Ardizzone

D’après ses informations, le septuagénaire n'a pas non plus exprimé de souhait concernant sa sépulture.

En l’absence de proches, c’est la commune de domicile qui décide du sort du corps. Même après des décennies passées en prison, le domicile officiel reste en principe celui d’origine. Dans le cas de Werner Ferrari, il s’agit vraisemblablement d’Olten, où il a été arrêté en 1989. La commune prend souvent en charge une partie des frais funéraires. Si une inhumation a lieu, elle se fait généralement dans le cimetière communal.

Un adieu sobre derrière les murs de la prison

A l’intérieur de la prison, les défunts sont également honorés. Marcel Ruf explique:

«En règle générale, il y a un office funèbre»

Mais sous une forme très simple: ni amis, ni famille, ni autres proches n’y sont admis. Tout se déroule dans un cadre restreint et uniquement si cela est souhaité. Le critère déterminant est, selon le directeur, «de savoir si le détenu entretenait des contacts avec d’autres prisonniers ou s’il vivait de manière très retirée».

Thorsten Bunz est l’un de ceux qui dirigent ces cérémonies d’adieu. L’aumônier de prison décrit les participants ainsi:

«Ce sont des personnes qui ont vécu en communauté, en l’occurrence une communauté de criminels graves.»

Il est important, selon lui, que chacun sache qu’il a droit à un adieu digne. Il souligne:

«Malgré tous les crimes, ce sont toujours des êtres humains qui souffrent de leurs actes. Et pas seulement parce qu’ils sont en prison»

Il reconnaît une certaine lutte intérieure quant à l'hommage à prononcer:

«Je n’ai pas besoin d’énumérer à nouveau tous les crimes, mais je veux être honnête et montrer que les êtres humains ne font pas que le bien. Cela vaut d’ailleurs pour tous les défunts.»

Ce qui l’aide, dit-il, c’est sa foi et surtout l’espoir «que Dieu ait une place pour tous».

Werner Ferrari, ici présenté le jeudi 12 juin 2003 à Aarau devant la Cour suprême du canton d'Argovie.
Werner Ferrari, ici présenté le jeudi 12 juin 2003 à Aarau devant la Cour suprême du canton d'Argovie.Image: Keystone

Une inhumation comme une autre

Devant Dieu, tous sont égaux. C’est aussi ce que confirme l’Eglise réformée du canton d’Argovie, comme l'indique une porte-parole:

«Il n’y a aucune restriction, tout le monde est traité de la même manière»

L’organisation de la cérémonie dépend des souhaits des proches:

«Ils décident de l’inscription sur la pierre tombale, du caractère anonyme ou non de la tombe, et du fait que la cérémonie soit annoncée publiquement ou non.»

Il en va de même chez les catholiques.

Reste une dernière question concernant l’inhumation au cimetière: peut-on s’opposer à ce qu’un proche repose à côté d’un meurtrier? Dans de nombreux cimetières, un règlement funéraire s’applique. Il laisse peu de place aux souhaits personnels quant à l’emplacement de la tombe. Celle-ci est «déterminée par le plan d’occupation», comme le précise, par exemple, le règlement de la ville de Lenzbourg. On y lit également: «Les inhumations ont lieu dans l’ordre.» L’une après l’autre, simplement.

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