Suisse
Armée

L’armée suisse a des problèmes plus importants que son pistolet

Korpskommandant Benedikt Roos, Chef der Armee, posiert zum Portrait, am Rand der Medienkonferenz 100 Tage Chef der Amee sowie Praesentation der Armeebotschaft 2026, am Donnerstag, 26. Maerz 2026 auf d ...
Le chef de l'armée Benedikt Roos sur la place d'armes de Thoune, où il avait intégré l'école de recrues il y a 40 ans.Image: keystone

Pourquoi l'argent ne règlera-t-il pas le gros problème de l'armée suisse

Le nouveau chef de l’armée, Benedikt Roos, est confronté à deux défis majeurs. Mais même avec plus d'argent, l'acquisition de nouveaux systèmes d’armes s'avère ardue.
27.03.2026, 18:5727.03.2026, 18:57
Peter Blunschi
Peter Blunschi

Dans une vitrine de la halle des blindés L de la place d’armes de Thoune, on pouvait l’observer: le nouveau pistolet de l’armée, le SIG Sauer P320. Une enquête de watson, selon laquelle il a obtenu de moins bons résultats lors des essais en troupe que le produit concurrent Glock 45, a suscité l’émoi. L’armée maintient néanmoins son choix d’acquisition.

Le nouveau chef de l’armée, Benedikt Roos, en fonction depuis bientôt 100 jours et qui avait convié les médias jeudi à Thoune, s’est dit surpris par l’intensité émotionnelle du débat. Lors de l’entretien qui a suivi avec watson, il s’est montré serein. Car le pistolet n’est clairement pas son principal problème. Il le dit ainsi:

«Ce n'est pas avec lui que nous gagnerons la guerre»
Ein Armeeangehoeriger haelt eine SigSauer P320, Armeebezeichnung Pistole 26 in der Hand, am Rand der Medienkonferenz 100 Tage Chef der Amee sowie Praesentation der Armeebotschaft 2026, am Donnerstag,  ...
Le pistolet de l'armée, dont l'acquisition suscite beaucoup de craintes justifiées.Image: keystone

Il y a exactement quarante ans, le Bernois entrait à la même date à l’école de recrues, au même endroit. «Le monde était alors différent», a-t-il relevé devant les médias. C’était l’époque de la guerre froide. Aujourd’hui, le monde est devenu «plus confus, plus dynamique et plus dangereux». Un défi pour la Suisse, qui a largement profité du «dividende de la paix».

Priorité à la défense aérienne

Il s’agit désormais de rendre à nouveau l’armée «apte au combat» après des années d’économies. Dans la halle des blindés de Thoune, outre le pistolet controversé, d’autres équipements militaires étaient exposés, destinés à être acquis dans le cadre du message sur l’armée 2026 présenté la semaine dernière. Ils ont également été montrés ces derniers jours à des membres de commissions parlementaires.

L’un des axes majeurs concerne la défense aérienne, notamment avec le système Iris-T du fabricant allemand Diehl Defence pour les portées intermédiaires. A ce propos, la Suisse est sur la bonne voie en matière d’acquisition, a-t-il affirmé jeudi. Mais toute l’Europe cherche à renforcer ses capacités de défense antiaérienne, ce qui crée des défis supplémentaires pour le chef de l’armée Roos.

Acquisition de matériel de guerre

La guerre en Ukraine montre avec une brutalité évidente l’importance de se défendre contre les menaces aériennes, en particulier les drones et les missiles. Benedikt Roos a averti que la Suisse ne devait pas se sentir trop en sécurité. Si la Russie attaquait, par exemple les pays baltes, la Suisse deviendrait une «zone arrière». Ses infrastructures pourraient alors devenir des cibles.

Ein Modell einer Bodengestuetzten Lufabwehrrakete mittlerer Reichweite des Typs Iris-T SLM, zur Abwehr von Drohnen, Marschflugkoerpern und Flugzeugen, wird an der Medienkonferenz 100 Tage Chef der Ame ...
A Thoune, le système de défense aérienne Iris-T, fabriqué en Allemagne, a également été présenté.Image: keystone

Pour le ministre de la Défense Martin Pfister, le chef de l’armée et Urs Loher, le chef de l’armement, la défense aérienne est donc prioritaire. Mais les acquisitions deviennent problématiques, et la situation s’est encore aggravée avec la guerre au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont déjà annoncé un nouveau retard dans la livraison des systèmes de défense Patriot commandés.

A Thoune, il a été admis plus ou moins ouvertement que les délais pourraient encore s’allonger. Et ce n’est pas la seule difficulté dans les relations avec les Etats-Unis. Les contrats passent par le gouvernement et non par les fabricants, pour une raison simple: l’Etat est tenu de répercuter les surcoûts sur les clients. Ceux-ci sont impuissants, comme l’a montré le fameux «prix fixe» du F-35.

La Suisse se trouve ainsi en position délicate sur le marché américain de l’armement. Celui-ci comporte quinze niveaux de priorité, et la Suisse se situe au treizième rang. Autrement dit: elle n’est pas assez importante pour les Etats-Unis (même si son argent est bienvenu). Le chef du Département fédéral de la défense, Martin Pfister, souhaite donc à l’avenir se tourner vers des fabricants européens, comme Rheinmetall ou Diehl.

Ces derniers posent moins d’obstacles que les étasuniens, mais les choses ne sont pas pour autant plus simples. Les carnets de commandes des entreprises sont pleins à craquer. Leurs chaînes de production sont saturées jusqu’en 2031, a-t-il été indiqué jeudi. Sans acompte, rien n’est possible, et certains clients seraient même prêts à payer la totalité à l’avance, ont confié des représentants de l’armée.

Autrement dit: l’acquisition de matériel de guerre est un exercice complexe, en particulier pour un pays comme la Suisse, qui n’appartient à aucune alliance majeure. D’où l’importance de projets communs comme l’European Sky Shield Initiative. Cela explique aussi pourquoi le DDPS maintient son choix du pistolet controversé de SIG Sauer: il est produit en Suisse.

Financement

La liste de souhaits de l’armée et du DDPS est longue. Et, en principe, le Parlement souhaite augmenter sensiblement les dépenses d’armement dans les années à venir. Benedikt Roos a rappelé devant les médias la primauté du politique. Mais comment y parvenir, alors que même des partis traditionnellement favorables à l’armée, comme le PLR et l’UDC, peinent à s’accorder sur le financement?

Pour les deux partis, comme à gauche, la proposition de Martin Pfister d’augmenter temporairement la TVA de 0,8 point ne passe pas. Des idées hasardeuses circulent donc, par exemple, lorsque l’UDC «passe au crible» le DDPS à la recherche d’économies. Interrogé par watson, Roos a expliqué que les investissements dans la sécurité étaient bénéfiques pour la Suisse. Mais qu'ils nécessitaient davantage de moyens.

Au final, la question ne concerne pas seulement la politique, mais aussi la population. Les sondages montrent qu’une nette majorité reconnaît que l’armée suisse est mal préparée face aux attaques conventionnelles et hybrides. Mais, presque tout aussi clairement, une hausse de la TVA est rejetée, et une minorité non négligeable estime même que l’armée n’a pas besoin de plus d’argent.

Et le chef de l’armée connaît bien ce problème. Lorsqu’il évoque avec des citoyens la montée des menaces pour la sécurité en Europe, il entend souvent cette question: «Et alors, en quoi cela nous concerne-t-il en Suisse?». Pourtant, la Suisse est étroitement liée à l’Europe par ses infrastructures. Benedikt Roos en est convaincu: une hausse de la TVA est nécessaire.

Bundesrat Martin Pfister, links, und Korpskommandant Benedikt Roos, Chef der Armee (CdA), kommen zu einer Medienkonferenz zur Armeebotschaft 2026, am Freitag, 20. Maerz 2025 in Bern. Der Bundesrat wil ...
Le conseiller fédéral Martin Pfister et le chef de l'armée Bänz Roos font face à une mission difficile.Image: keystone

Il devra toutefois mener un important travail de persuasion, mais la tâche n’est pas impossible. Officier de carrière âgé de 60 ans, il apparaît plus terre-à-terre et plus «sympathique» que son prédécesseur Thomas Süssli, qui dégageait une aura plus élitiste. Et dans les échanges avec l’Europe, il dispose d’une «arme secrète»: l’armée de milice.

«Même les pays voisins veulent comprendre comment fonctionne notre système»

(trad. hun)

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