L'OFSP réagit au hantavirus et évalue le risque de «pandémie mondiale»
Les images de la pandémie de Covid restent présentes dans tous les esprits. L’apparition du hantavirus à bord du navire de croisière Hondius ravive donc de mauvais souvenirs. Les termes employés sont d’ailleurs les mêmes qu’à l’époque: isolement, cas contact, période d’incubation. Mais la situation de départ est tout autre, explique Claudio Zaugg, chef de la section «Nouvelles maladies infectieuses et coopération internationale» à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Monsieur Zaugg, qu’avez-vous pensé lorsque vous avez appris pour la première fois l’apparition du hantavirus à bord du navire de croisière Hondius?
Claudio Zaugg: J’ai immédiatement pensé qu’il fallait diagnostiquer les cas le plus rapidement possible et les isoler si nécessaire. Mais nous avons assez vite compris qu’il s’agissait du virus Andes-Hanta. Nous avons donc rapidement pu conclure que ce virus ne provoquerait pas de pandémie mondiale. Cela a renforcé notre confiance dans notre capacité à maîtriser les cas et ce cluster.
Le virus vous était immédiatement familier?
Oui, tout à fait. Le hantavirus est également une maladie à déclaration obligatoire en Suisse et quelques cas isolés apparaissent régulièrement chez nous. Le type Andes est l’une des 20 variantes du virus. Il est endémique en Amérique du Sud et connu depuis 30 ans.
Qu’est-ce que cela signifie?
Pourquoi ce cas suscite-t-il autant d’attention?
Le contexte est inhabituel: le virus s’est déclaré sur un navire de croisière, où les personnes vivent longtemps dans un espace très restreint. Cela a créé une dynamique particulière. Les chaînes de transmission à bord sont l’élément exceptionnel. Le bateau a quitté l’Amérique du Sud et d’autres contaminations se sont probablement produites durant le voyage.
Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer qu’il n’y aura pas de pandémie?
Principalement le fait qu’il s’agit d’un virus connu depuis longtemps, dont nous savons qu’il ne se transmet pas facilement et que les mesures d’isolement sont efficaces.
Même si le virus peut se transmettre d’être humain à être humain?
C’est effectivement une particularité du type Andes. La plupart des hantavirus se transmettent uniquement des rongeurs à l’être humain. Nous savons toutefois que le virus Andes a déjà provoqué de petites flambées avec transmission interhumaine.
Des voyageurs internationaux transportent un virus et le ramènent dans leur pays. Pour beaucoup, cela rappelle le début de la pandémie de Covid. Pouvez-vous comprendre que certaines peurs ressurgissent?
Oui, je peux le comprendre, surtout lorsque les gens voient les images de l’évacuation du navire en Espagne. C’est pourquoi nous essayons de communiquer clairement: il ne s’agit pas d’un nouveau virus et il n’est pas transmissible comme le Covid. Les mesures de précaution restent toutefois nécessaires afin d’éviter de nouvelles transmissions. Le laboratoire de référence de Genève a identifié le type de virus en une journée. Grâce à la séquence génétique, que les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont également mise à disposition à l’international, nous constatons qu’il est largement identique à la souche présente en Amérique du Sud. Par ailleurs, nous disposons de très bons hôpitaux préparés à traiter ce type de maladies: l’Hôpital universitaire de Zurich et les HUG à Genève.
Combien de personnes sont actuellement concernées en Suisse?
Nous avons une personne testée positive en Suisse, actuellement hospitalisée. Un cas contact est en auto-isolement et une deuxième est sous surveillance dans le canton de Genève. Le membre suisse de l’équipage du navire de croisière est en quarantaine aux Pays-Bas.
Que faudrait-il pour que l’OFSP revoie son évaluation du danger?
Nous observons les chaînes de transmission des personnes malades à bord afin de comprendre précisément le comportement du virus et la manière dont les contaminations se sont produites. Il est possible que d’autres cas soient encore découverts. Mais le virus circule à un niveau très faible et nous ne pensons pas que l’évaluation du risque changera.
Vous ne prenez donc pas de mesures de préparation particulières?
Les préparatifs ont été faits: les personnes de contact en Suisse sont surveillées et l’isolement est maintenu. Les hôpitaux sont également prêts. Nous ne nous attendons toutefois pas à de nouvelles transmissions en Suisse. Il n’y a pas de niveau d’alerte supérieur au contexte habituel.
Le nouveau plan pandémie n’est donc pas activé?
Non. Nous ne sommes pas confrontés à une pandémie. Les discussions autour du plan pandémie ont néanmoins été utiles: la coordination et la collaboration avec les cantons fonctionnent bien.
La France a adopté un décret spécifique concernant l’isolement des personnes de contact. La Suisse a-t-elle besoin d’une mesure similaire?
Nous nous appuyons sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). L’isolement est fixé à six semaines après le dernier contact connu avec un cas. Nous discutons de la mise en œuvre des mesures avec les autorités cantonales compétentes. Notre base légale reste la loi sur les épidémies. (trad. hun)
