80% des Suisses jugent le pays «sans défense» face à ces menaces
La Suisse n’est plus une forteresse. L’image du soldat suisse combatif, qui repousse jusqu’au dernier ennemi avec son réduit national, a perdu de son éclat. Les trois quarts de la population suisse ne pensent pas que l’armée soit capable de repousser une attaque conventionnelle, selon le nouveau Baromètre des chances. Pour cette enquête, l’institut Sotomo a interrogé plus de 5000 personnes. Le commanditaire est StrategieDialog21, un groupe de réflexion gravitant autour de l’entrepreneur Jobst Wagner.
Face aux menaces hybrides, qui comprennent notamment les campagnes de désinformation et les cyberattaques, près de 80% des personnes interrogées s’estiment même «largement sans défense», indique le rapport. Ce n’est guère un signal encourageant, alors que la situation sécuritaire en Europe et dans le monde ne cesse de s’assombrir.
Et pourtant: 92% des personnes interrogées s'estiment «très en sécurité» ou «plutôt en sécurité». Mais le sentiment de sécurité en Suisse est «essentiellement façonné par la sécurité intérieure», comme le souligne l’étude.
Grande confiance dans les forces internes
Les principaux dangers pour la Suisse sont donc identifiés dans la «criminalité et la violence dans l’espace public», la «polarisation de la société» et l’«érosion de l’Etat de droit et de la démocratie». Seuls 6% redoutent une attaque conventionnelle ou hybride contre la Suisse.
A cela s’oppose une confiance «dans les forces internes du pays». En tête figurent l’Etat de droit, suivi de la stabilité politique et de la fiabilité des infrastructures. L’entourage personnel aussi procure un sentiment de sécurité à de nombreuses personnes interrogées. En revanche, la neutralité ne joue presque aucun rôle dans cette perception.
Pour nombre de personnes interrogées, ce qui était autrefois une force est même devenu une faiblesse. L'étude écrit, par exemple:
Cette dégradation concerne surtout les sympathisants des partis les plus polarisés. Mais pour des raisons opposées: là où les électeurs de l’UDC déplorent que la Suisse ne se montre pas assez neutre, la gauche reproche au contraire une interprétation trop rigide de la neutralité, notamment à propos de la guerre en Ukraine
Une application plus souple de la neutralité suisse
S’agissant de l’interprétation de la neutralité, une courte majorité (56%) souhaite une application plus souple. Les personnes interrogées en attendent une coopération renforcée avec les Etats membres de l’Otan, une amélioration de l’image de la Suisse et un renforcement de son rôle de médiatrice. Les partisans d’une interprétation plus stricte de la neutralité y voient eux aussi un moyen de renforcer ce rôle de médiation et espèrent, grâce à une position très neutre, «ne pas être entraînés dans des conflits».
Il est également intéressant d’observer le soutien à l’industrie de l’armement: 58% estiment que les obstacles politiques devraient être assouplis en faveur de la branche suisse de l’armement. Cet élément est important à l’approche de la votation sur l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre. Point notable: parmi les sympathisants du PS, qui soutiennent le référendum contre ce projet, les avis sont partagés: 51% des sociaux-démocrates sont opposés à un assouplissement, contre 43%.
De manière générale, une majorité se prononce pour une forte hausse des dépenses d’armement. D’ici à 2030, le budget de l’armée devrait ainsi atteindre au moins 2% du PIB. Cela représenterait actuellement environ 16 milliards de francs et plus qu’un doublement du budget de la défense actuel.
La politique suisse doit revoir ses réglages
Michael Hermann, codirecteur de l’étude, y voit un paradoxe:
Le fait que la population suisse fasse confiance aux forces internes de son pays peut conduire à une certaine nonchalance face aux menaces extérieures.»
Et il en tire la conclusion suivante: «Du point de vue de la majorité, la confiance dans la résilience de la démocratie et de l’économie suisses constitue aujourd’hui un socle en faveur de davantage de coopération plutôt que de l’isolement.»
Le ministre de la Défense Martin Pfister a rédigé la préface de l’étude. Il se montre plus réservé: «Une Europe forte, avec en son centre une Suisse solidaire, est donc aussi un impératif de politique de sécurité. C’est une question à laquelle nous devrons nous consacrer intensément dans les prochaines années.» Selon lui, il appartient à la seule classe politique de revoir les paramètres. (trad. hun)
