Attention à cette nouvelle arnaque sur les applis de rencontre en Suisse
Quiconque achète ces jours-ci un billet sur le site officiel du Théâtre de Bâle (Theater Basel) se voit accueilli par un avertissement:
La clientèle est mise en garde contre le fait d'«acheter des billets» sur ces sites, d'«effectuer des virements» ou de se laisser convaincre sur des plateformes de rencontres d'y faire des achats. Le théâtre écrit également qu'il décline toute responsabilité pour «les dommages, pertes ou autres préjudices» subis.
Un schéma qui se répète
Six victimes se sont manifestées auprès de la billetterie depuis janvier. Beaucoup n'ont probablement jamais mis les pieds au Theater Basel. Leurs histoires suivent toutes le même schéma: sur des plateformes de rencontres comme Bumble, elles font la connaissance d'une personne attirante. Celle-ci propose une sortie au théâtre pour un premier rendez-vous et demande à sa victime de se procurer deux billets pour un spectacle.
Le lien envoyé ne mène alors pas au site officiel du théâtre, mais vers une page falsifiée qui, en plus des productions existantes, propose également des billets pour de grands spectacles internationaux du secteur événementiel. On trouve généralement ces derniers sur de grandes plateformes de vente, comme Ticketcorner.
Une chasse aux données de cartes de crédit
L'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) connaît depuis longtemps le mode opératoire de ces escrocs et reçoit régulièrement des signalements. L'an dernier déjà, il avait mis en garde contre ces pratiques avant l'Eurovision à Bâle et au début de la saison des festivals en plein air, appelant à la plus grande vigilance lors de l'achat de billets.
L'arnaque suit le même schéma que les sites frauduleux imitant La Poste, DHL ou de grandes banques: les victimes laissent leurs données personnelles lors de la réservation d'une place. Sur demande, l'OFCS explique:
Les données de carte de crédit ainsi dérobées seraient «immédiatement utilisées pour des débits non autorisés». Le site disparaît souvent aussi vite qu'il est apparu, une fois le virement effectué.
Faire de la prévention, faute de mieux
Cela complique la tâche de Pascal Thomann, responsable informatique du Theater Basel, pour mettre fin aux agissements des auteurs. Il indique:
De plus, tous les sites sont enregistrés à l'étranger, notamment en Malaisie, en Russie ou en Islande. Pascal Thomann regrette:
Il tient à préciser que le site officiel du Theater Basel n'a à aucun moment été victime d'un vol d'identité. Quiconque utilise le canal de vente officiel du théâtre n'a pas à craindre d'être pris dans l'arnaque. La mise en place de l'avertissement sur la page d'accueil a des visées préventives, comme l'explique Pascal Thomann:
Des rachats de noms de domaine
Le théâtre a entre-temps remporté un premier succès partiel: cette semaine, il a pu acquérir le domaine theaterbasel.com, qui avait été utilisé à des fins frauduleuses. Pascal Thomann reconnaît:
Des tentatives de rachat similaires sont actuellement en cours pour prévenir de nouvelles tentatives d'escroquerie. Une procédure est par ailleurs engagée auprès de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), une agence mondiale de l’ONU.
La Cybercrime Police, le service de prévention de la criminalité sur Internet de la police suisse, recommande de vérifier, avant tout achat de billet, si l'événement figure sur le site officiel de l'organisateur culturel. Il convient également de se méfier des noms de domaine suspects comportant des ajouts comme "-event" ou "-schweiz".
Des canaux de communication tels que WhatsApp sont eux aussi révélateurs d'une arnaque, tout comme la livraison de billets peu avant l'événement et l'absence de possibilité de remboursement.
Pas de plainte pour le moment
Difficile de dire avec certitude si les escrocs internationaux ont ciblé le théâtre en raison de l'attention mondiale accordée à Bâle en tant que ville hôte de l'Eurovision, ou si la scène culturelle suisse est touchée à plus grande échelle.
La Cybercrime Police ne tient pas de statistiques sur les cyberattaques visant les institutions culturelles. De grandes institutions comme l'Opéra de Zurich font savoir qu'elles ont pour le moment été épargnées.
L'absence de plaintes enregistrées jusqu'ici par la Fondation pour la protection des consommateurs laisse supposer que le phénomène n'a pas encore pris les proportions des pratiques parfois déloyales de la billetterie Viagogo. Cette entreprise basée à Genève fait l'objet depuis des années de controverses et de litiges en raison de la revente de billets à prix excessifs dans le secteur culturel.
