Suisse
Arnaque

Ces Romands ont perdu gros à cause d'une société opaque

Une société étrangère promet des retours de 20% de vos achats mensuels contre un abonnement de 104 dollars. Plusieurs Suisses et Suissesses ont perdu de l'argent.
Image: Shutterstock / watson

Ces Romands ont perdu gros à cause d'une promesse d'argent facile

Des investisseurs suisses se sont laissés séduire par une plateforme promettant de leur reverser un pourcentage de leurs achats. Ils affirment avoir perdu des milliers de francs, mais l'entreprise assure que tout est légal.
09.02.2026, 05:3309.02.2026, 05:33

Imaginez une plateforme qui vous promet de vous rembourser un certain pourcentage de l'ensemble de vos achats. En échange, vous devez payer un abonnement mensuel et accepter de scanner tous vos tickets de caisse.

Mieux, pour vous aider à rentabiliser votre investissement, vous pouvez aussi parrainer de nouveaux utilisateurs. Marc* a cru dans cette belle promesse. Le Romand confie avoir perçu deux ou trois paiements avant que les choses ne se compliquent:

«Le premier paiement arrive automatiquement après les trois mois de délai annoncé. Le deuxième tarde un peu, et le troisième prend énormément de temps avant de se perdre dans la nature. Il n'arrive jamais. En fait, tout dépend de la pression exercée. Dès qu'on commençait à s'énerver, le paiement arrivait comme par hasard.»

Marc précise: «Et comme j’ai affilié (réd: parrainé) des personnes, j’ai gagné un peu plus grâce à des recommandations. Mais en faisant les comptes, j’ai perdu 2500 dollars».

Sylvain* raconte avoir été victime de la même plateforme. Il a démarré l'aventure par le biais d'une connaissance.

«Au fil du temps, plusieurs dizaines de personnes étaient sous moi»
Sylvain

«J'étais un peu sceptique avant de me lancer, mais on y croit toujours», explique cet homme qui possède une solide expérience dans le milieu de la finance et du MLM.

Le marketing multiniveau, ou MLM, constitue un système éprouvé depuis de longues années. Le principe est simple: recruter des vendeurs qui, à leur tour, formeront d'autres vendeurs, tissant ainsi un réseau toujours plus vaste dont chaque transaction génère des commissions en cascade.

Les messages menaçants d'un «top leader»

Depuis le début de l'année, selon nos informations, plusieurs dizaines de personnes ont annulé leur abonnement à cette plateforme, lui reprochant d'être une structure pyramidale.

Lors d'une discussion avec un «top leader» de la société, Sylvain a compilé quelques infos:

«Je lui ai demandé où se trouvait la création de valeur dans cette entreprise. Il m'a répondu que c'était la vente de tickets de caisse aux entreprises du big data. Mais il n'a pas su me dire à quelles entreprises ces tickets étaient envoyés, ni établir le moindre lien concret.»

Huit mois plus tard, après trois ou quatre paiements de 130 à 140 francs, Sylvain coupe les ponts et lâche un commentaire négatif sur ses réseaux sociaux. De quoi énerver le «top leader» rencontré quelques mois plus tôt lors d'une visioconférence:

«Il a menacé de venir me péter la gueule, chez moi, en Suisse»

Sylvain raconte avoir reçu des messages et vocaux un brin menaçants avant d'être bloqué par le fameux «top leader».

Une plainte envisagée

Si Sylvain ne pense pas porter plainte et est passé à autre chose depuis, Marc, lui, «envisage de déposer plainte» contre la société. Mais cela risque d'être compliqué car ce genre de plateforme est dans une zone grise, flirtant entre légalité et illégalité.

Contacté le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), précise que les systèmes de marketing à paliers multiples (MLM) ne sont pas nécessairement illégaux. «La distinction entre les systèmes légaux et les systèmes illégaux (aussi appelés systèmes boule de neige ou pyramidaux) n’est pas toujours simple à faire», souligne le Seco.

«Dans les systèmes boule de neige, l’acquisition de nouveaux participants est primordiale, dans le marketing à paliers multiples sérieux, un véritable produit commercialisable est vendu.»

La Confédération poursuit: «Un autre élément typique des systèmes boule de neige illégaux est que le nombre des participants augmente de manière très rapide et incontrôlable». Avant de rappeler que «la question doit être examinée dans chaque cas concret».

Contacté par nos soins, l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) n'a reçu «aucune notification» concernant la société concernée. Aussi interrogée, la Fédération romande des consommateurs (FRC) assure n'avoir reçu aucune demande ou complainte à ce sujet. Même réponse de la Police cantonale vaudoise. Le Seco informe également que «jusqu’à ce jour, aucune réclamation n'a été émise contre cette société».

Un appel du Seco pour réclamer justice

La Confédération rappelle que «les personnes lésées peuvent transmettre une réclamation au Seco qui peut agir en justice lorsque des intérêts collectifs sont menacés ou subissent une atteinte, c’est-à-dire lorsque des pratiques commerciales déloyales portent atteinte aux intérêts économiques d’un grand nombre de personnes».

Mais cela risque d'être compliqué, car aucune autorité officielle ne semble reconnaître la société accusée. Il est également impossible de retrouver la moindre trace de celui ou celle qui a enfanté la plateforme. Contactée par watson, la structure répond seulement par des titres comme «directeur de...», «Service conformité & affaires juridiques» sans jamais glisser un seul nom ou identité. Elle répond aux accusations:

«Notre société n’est ni une arnaque, ni un système pyramidal»

La plateforme assure qu'«aucune promesse de rendement n'est garantie».

Une panne qui dure

Actuellement, la plateforme affiche un message de maintenance. «L'indisponibilité découle d'une attaque informatique réelle et documentée», assure la société. Cette «maintenance» dure depuis plusieurs semaines désormais, rendant impossible le scan des tickets de caisse - alors que l'abonnement mensuel continue d'être facturé.

La plateforme est claire à ce sujet:

«Il ne s’agit en aucun cas d’une mise en scène»

Marc, lui, ne croit pas une seconde à cette panne qui s'éternise. Il envisage toujours de porter plainte. Seul un tribunal pourra dire si les pratiques de cette plateforme sont condamnables, rappelle le Seco.

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Video: watson
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