L’UDC et la Lega ciblent un pilier économique du Tessin
La nervosité est palpable au Tessin à mesure que la date de la votation sur l'initiative «200 francs, ça suffit», se rapproche. Récemment, les deux conseillers d'Etat de la Lega (droite dure), Norman Gobbi et Claudio Zali, ont jeté de l'huile sur le feu en rendant public leur soutien à l'initiative portée notamment par l'UDC, dans le journal Mattino della domenica, ce qui diverge de la position officiellement défendue par l'exécutif cantonal.
S'il ne s'agit pas formellement d'une violation du principe de collégialité, la prise de position des membres de la Lega a suscité une vive émotion, notamment sur les réseaux sociaux.
L'un des plus grands employeurs du canton
Pour la majorité au gouvernement, si la redevance était drastiquement réduite, la SSR diminuerait sa couverture régionale au détriment notamment du Tessin. Le Conseil d'Etat craint aussi la perte de nombreux emplois, une opinion, par ailleurs, également partagée par les autorités grisonnes.
L’argument des emplois est central. La Radiotelevisione svizzera di lingua italiana (RSI) emploie 1124 personnes (990 postes à plein temps à fin 2024). Beaucoup risqueraient de perdre leur travail, sans compter celles indirectement liés à la RSI. De nombreux événements culturels seraient aussi menacés, la RSI étant un important acteur économique dans la région.
Après l'Etat, la RSI est en effet le plus grand employeur du Tessin grâce à la redistribution des fonds de la redevance perçue par la SSR. Environ 22% de ces fonds sont destinés à la RSI, bien que les Tessinois ne représentent que 4% des contributeurs. Ce pot commun permet de financer des documentaires coûteux, des émissions d'investigation comme Falò ou des postes de correspondants aux Etats-Unis.
Une méfiance marquée
Malgré cet avantage économique, la méfiance envers la RSI est particulièrement marquée dans le canton italophone. Sur les 126 290 signatures valables pour l'initiative, près de 30 000 proviennent d'Outre-Gothard, soit près d'un quart.
L'attitude anti-RSI est régulièrement alimentée par les partis de droite, Lega et UDC en tête. Ils dénoncent une offre trop large et une «réalité hypermédiatisée» au sud des Alpes, dans laquelle de nombreux journalistes exploiteraient le service public «à des fins militantes». Ils critiquent souvent la RSI pour son orientation politique supposée à gauche. Parmi leurs cibles figure Maurizio Canetta, un ancien directeur de la RSI à la retraite qui s'est présenté pour le Parti socialiste et siège désormais au Grand Conseil.
Les salaires élevés, en particulier au sommet de la hiérarchie, alimentent également la colère. A l’approche de la votation, l’envie de «donner une leçon» à la SSR et à la RSI est palpable chez une partie de l’électorat. D’autant plus que des figures politiques de premier plan, comme les conseillers aux États tessinois Marco Chiesa (UDC) et Fabio Regazzi (Le Centre), se sont eux aussi prononcés en faveur de l’initiative.
Une majorité silencieuse pour la RSI?
Il est pourtant possible que les détracteurs soient plus bruyants et plus présents médiatiquement qu'une majorité silencieuse. En effet, le premier sondage de gfs.bern a montré qu'en Suisse italienne, 47% se disent «clairement contre l'initiative», soit plus que dans toutes les autres régions linguistiques. Seuls 34% sont clairement en faveur de l'initiative, tandis que 8% sont «plutôt pour» et 8% «plutôt contre». Au niveau national, les deux camps sont pour l'heure à égalité.
D'une certaine manière, les excès de la couverture médiatique de nombreux médias italiens sur la tragédie de Crans-Montana pourraient actuellement profiter à la RSI. Car avec un affaiblissement de la télévision de service public en Suisse, la télévision du voisin du sud gagnerait certainement en importance pour le public italophone. Et cela, beaucoup de Tessinois ne le souhaitent pas. (trad. btr)
