Pourquoi l'enquête sur cet élu UDC s'enlise
L'attention médiatique est grande, l'affiche politique fait débat et l'éventuelle infraction pénale dont il serait question relève du jamais vu en Suisse. L'affaire opposant Sibel Arslan, des Verts, à Andreas Glarner, de l'UDC, a tout pour intéresser.
Lors de la virulente campagne de 2023, le conseiller national UDC a partagé une vidéo générée par l'IA. Son but: vanter ses mérites par l'intermédiaire d'un deepfake de l'élue écologiste. De quoi susciter l'indignation sur les réseaux sociaux et donner lieu à une plainte.
Le fait qu'une conseillère nationale poursuive un autre membre du Parlement est déjà exceptionnel. Mais ce qui est plus intéressant encore, c'est le contexte juridique: Glarner pourrait s'être rendu coupable d'usurpation d'identité. Ce délit n'existe en Suisse que depuis début septembre 2023, soit environ un mois avant le fameux tweet litigieux.
Depuis lors, «quiconque utilise l'identité d'une autre personne sans son consentement dans le but de lui nuire ou de se procurer ou de procurer à un tiers un avantage illicite» est passible d'une peine pécuniaire, voire jusqu'à un an d'emprisonnement.
Il voulait «simplement plaisanter»
Depuis, les tentatives d'arnaque à l'aide de l'intelligence artificielle se sont multipliées. Les présentateurs de la RTS, plusieurs conseillers fédéraux et même Alfred Heer, un parlementaire défunt, ont été détournés dans de fausses annonces par des escrocs.
C'est notamment pour cette raison que le Parlement a décidé de lever l'immunité d'Andreas Glarner. «Le problème devrait s'aggraver à l'avenir. La commission estime par conséquent qu'il importe de clarifier la pertinence pénale de ses actes et le cadre juridique applicable à l'utilisation des deepfakes», a estimé la commission des Affaires juridiques du Conseil des Etats.
Toujours selon elle, tolérer les actes de l'élu UDC pourrait conduire à une augmentation de ceux-ci. Au risque de nuire à terme au débat démocratique.
Glarner s'est toutefois défendu sur la chaîne régionale Tele M1:
«Rien de nouveau» à signaler
Pour le ministère public de Muri-Bremgarten, la décision du Parlement ouvrait la voie à une procédure pénale contre Glarner. C'était en juin 2025, plus d'un an et demi après le tweet en question. Mais depuis, rien ne s'est passé.
Nous avons sollicité le ministère public la semaine passée. Sa réponse? Il n'y a «rien de nouveau» à signaler dans cette affaire, écrit un porte-parole, qui confirme qu'une procédure a été ouverte.
L'avocat de Sibel Arslan dresse le même constat:
L'affaire n'est d'ailleurs plus entre les mains du ministère public de district, mais de la justice cantonale.
Nous nous sommes procuré une correspondance du ministère public qui suggère une pause délibérée de la procédure. Les autorités chargées de l'enquête y affirment ne pas vouloir se laisser manipuler par la politique.
Puis tout s'accélère
Un nouvel élément pourrait toutefois relancer la machine. Un porte-parole indique par téléphone que personne ne souhaite prendre le risque de dépasser le délai de prescription. On apprend alors que les invitations à la première audition partiront dans les jours à venir.
C'était il y a une semaine. Selon nos informations, la convocation n'est pas encore parvenue à la partie plaignante.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
