Le nouvel horaire CFF est actif depuis dimanche. Le plus grand remodelage des heures de départs de train depuis 20 ans voit notamment Renens comme nouveau «hub» central en Romandie. Le vrai crash test, c'était lundi matin.
A Renens, l'ambiance était pourtant tranquille. La nouvelle gare de référence romande a déjà des airs de grande station, avec sa large passerelle et ses grands quais qui accueillent, mine de rien, un nombre conséquent de passagers.
A l'arrivée sur la passerelle, plusieurs jeunes, engagés pour l'occasion par les Transports lausannois (TL) et portant un gilet jaune, distribuent des flyers d'information sur les correspondances avec les bus. Ils sont là depuis 6h ce matin, tendant les papiers aux personnes qui montent sur la passerelle.
La gare semble pouvoir absorber la quantité de passagers plutôt facilement. Hassan et Mehdi papotent en attendant le RegioExpress vers Annemasse. Le premier sortira à Morges et le nouvel horaire ne change pas grand-chose pour lui, si ce n'est quelques minutes de trajet en plus. Mais pour Mehdi, qui pendule de Vufflens-la-Ville jusqu'à Lancy, le nouvel horaire est avantageux: il n'a plus besoin de prendre deux correspondances et doit uniquement changer à Renens. Plus besoin de sortir à Bussigny pour lui, soit un sacré avantage confortable.
Le gros des pendulaires débarque de la Voie 4 vers la Voie 3 à 7h18: c'est l'heure où l'IC5 en provenance d'Yverdon-les-Bains et de Neuchâtel débarque les pendulaires qui doivent prendre la direction de Genève. La passerelle est soudainement remplie de gens pressés qui montent les escaliers et l'escalator, tournent rapidement à droite et redescendent immédiatement de l'autre côté. L'affaiblissement de la ligne directe entre Neuchâtel et Genève a été un des points les plus critiqués de ce nouvel horaire.
Un des employés des CFF est présent sur les quais avec un gilet jaune et aide les pendulaires à trouver leur chemin. «N'hésitez pas à vérifier en ligne ou sur l'application», indique-t-il à une dame qui lui pose une question. Sur les quais depuis dimanche, il sera présent jusqu'à mi-janvier, indique-t-il, soufflant qu'il risque d'y avoir du travail durant les fêtes.
Mais au premier grand matin du nouvel horaire, les choses sont relativement tranquilles. «J'ai eu une dizaine de questions depuis six heures, mais c'est tout», explique-t-il, avant de devoir me fausser compagnie. «Je vous laisse, il y a la correspondance qui arrive sur la Voie 2», dit-il avant de rapidement tourner les talons.
Mais tous ne sont pas avantagés, à l'image de Yannick, étudiant en ingénierie du son, qui pendule entre Vaulruz et Genève. Auparavant, il changeait à Palézieux puis pouvait prendre directement l'InterRegio 15 en provenance de Lucerne vers Genève. Il doit désormais changer deux fois, avec un arrêt supplémentaire à Renens.
Son trajet d'1h43, déjà long, est encore rallongé à 1h50. Le temps de trajet n'est pas ce qui dérange l'étudiant, qui peut bosser ses cours dans le train. Mais devoir changer de train deux fois ne semble pas l'enchanter, d'autant plus qu'il doit attendre quatorze minutes à Renens. Et si son train a du retard et qu'il loupe sa correspondance? Yannick fait une grimace. «Je préfère ne pas y penser.»
Il y a aussi T., étudiante en logopédie qui habite à Marin dans le canton de Neuchâtel, mais dispose d'une chambre d'étudiante à Renens. Que pense-t-elle du nouvel horaire?
Elle déroule: «Pour moi, c'est beaucoup mieux car avant, pour venir à Renens le dimanche soir, je devais changer tard à Yverdon-les-Bains. Désormais, je peux prendre un train direct.» Le reste du temps, elle pendule vers Genève ou Morges, où elle accomplit un stage.
Voici donc une passagère neuchâteloise que l'on retrouve ravie à Renens. Du reste, les étudiants croisés sur le quai de la gare et qui ont une chambre dans les environs semblent être heureux du nouvel horaire.
Certains ne s'en sont même pas rendu compte, à l'image de ces deux étudiants tessinois qui mangent un croissant sur le quai. «Un nouvel horaire? Les trains ne partent plus à la même heure, c'est vrai?» lancent-il avant de mordre à pleines dents dans leur viennoiserie et de prendre le prochain train régional qui passe par là.
Il est huit heures et les employés des TL qui distribuaient des flyers vont faire une courte pause. Leur employeur a d'ailleurs pensé à tout en ce premier jour d'horaire: un «coffee truck» a été engagé. Derrière le comptoir, Walter distribue gratuitement cafés et petits cappuccini. Lui se déplace plutôt avec une voiture pour tirer sa remorque. «Je ne prends pas beaucoup le train», concède-t-il, «donc quand je le fais, je regarde l'horaire».
Il indique: «Ma copine fait le trajet Lausanne-Genève, il y a désormais un arrêt systématique à Renens. Cela lui fait perdre quelques minutes, mais ça ne la dérange pas plus que ça, je crois.»
ll estime que le nouvel horaire est une bonne chose. «Il faut se mettre à jour», considère-t-il. «C'est comme amener sa voiture au service de temps à autre, mais pour les pendulaires.»
Maria vient prendre un café. Consciente du changement d'horaire, elle a oublié d'y prêter attention avant de partir et doit attendre quelques minutes avant de prendre son train vers Lausanne. Mais celle qui habite à Renens et travaille dans la capitale cantonale est ravie: maintenant que quasiment tous les trains s'arrêtent dans sa commune, elle dispose de deux fois plus de correspondances.
Pour certains pendulaires, rien n'aura au final vraiment changé, notamment entre les grandes villes. A l'image de cette passagère qui circule tous les jours entre Genève et Lausanne. «Je sais qu'il y a un nouvel horaire, mais je n'ai pas regardé. Il en a suffisamment de trains entre les deux villes. D'ailleurs, je devais descendre à Lausanne: je me suis trompé d'arrêt et j'attends juste le prochain.»
Il n'empêche, Harold, un pendulaire régulier entre Genève et Lausanne, a remarqué que de nombreuses personnes étaient descendues à Renens ce matin-là. «Je ne pensais pas qu'il y en aurait autant», lance-t-il. Tous ces pendulaires qui changent de train à Renens, c'est aussi ça de moins à devoir descendre à Lausanne pour reprendre un train vers l'Ouest lausannois.
Le nouvel horaire des CFF semble déjà digéré par les pendulaires. Alors que je monte dans un des — très nombreux — trains pour rentrer à Lausanne, j'aperçois l'employé des CFF en train d'indiquer la direction à un homme sur le quai. Certains auront encore besoin d'un moment pour s'y faire.