Des salaires italiens en Suisse? Un élu PS accuse les CFF
«Des salaires scandaleux!», titrait en 2014 le syndicat des cheminots SEV dans le journal destiné à ses membres. L'entreprise de transport de marchandises Crossrail, contrôlée par des intérêts étrangers, voulait employer des conducteurs de locomotive italiens avec des salaires nettement plus bas que ceux en vigueur en Suisse. Les frontaliers devaient gagner 3350 francs par mois, soit environ un quart de plus qu'en Italie, mais 2000 francs de moins que les conducteurs de locomotive en Suisse, révélait le SEV à l'époque.
Pour empêcher l'érosion des revenus des conducteurs de locomotive, le syndicat des cheminots a déposé un recours contre une décision de l'Office fédéral des transports et obtenu gain de cause. Un an plus tard, le Tribunal administratif fédéral mettait un terme à la situation. Il a statué que les conducteurs basés en Suisse et travaillant dans le transport ferroviaire transfrontalier devaient percevoir des salaires conformes aux usages en vigueur dans leur pays.
Dix ans plus tard, le dumping salarial semble refaire surface, sous une autre forme cette fois. Le conseiller national et syndicaliste David Roth (LU/PS) a déposé une interpellation intitulée «Dumping sur la ligne du Gothard?». Il constate:
Les filiales italiennes formeraient «du personnel de locomotive pour l'homologation suisse» afin que «ces trains puissent circuler de la frontière italienne jusqu'à Arth-Goldau (SZ)».
Le socialiste cite un exemple concret: à partir de janvier 2026, la filiale suisse de la Deutsche Bahn aura récupéré le transport entre les frontières allemande et italienne jusqu'ici opéré par CFF Cargo. Celle-ci employait 18 conducteurs de locomotive pour cela. Sa remplaçante n'a toutefois «embauché que quatre nouveaux conducteurs de locomotive». Sur la base d'informations provenant du Tessin, David Roth en conclut:
Salaires beaucoup plus bas en Italie qu'en Suisse
Une recherche rapide sur internet nous apprend que les conducteurs gagnent souvent entre 30 000 et 40 000 euros bruts par an en Italie. En Suisse, le salaire moyen atteint plus du double pour cette profession.
Le syndicaliste lucernois souhaite désormais savoir, entre autres, si le personnel des locomotives sous contrat suisse est également remplacé par du personnel sous contrat étranger dans d'autres régions du pays, et ce que le Conseil fédéral compte faire pour lutter contre ce phénomène. Il a adressé sa question au ministre de l'Economie, Guy Parmelin et au ministre des Transports, Albert Rösti, tous deux membres de l'UDC.
La pratique semble exister aussi, dans une certaine mesure au moins, dans d'autres secteurs ferroviaires. Un conducteur décrit un cas similaire dans le transport de voyageurs:
Cela permet sans aucun doute aux CFF de réaliser des économies. Puisqu'à l'inverse, les conducteurs de train suisses, mieux rémunérés, ne conduisent sur la ligne Zurich-Stuttgart que jusqu'à Singen en Allemagne, juste après la frontière. A partir de là, les conducteurs de train de la DB prennent le relais jusqu'à destination.
Traduit de l'allemand par Valentine Zenker
