Une «canicule infernale» cet été? Ce que disent les prévisions
Après des chutes de neige jusqu’à basse altitude, un anticyclone amène désormais des températures estivales en Suisse. Plusieurs modèles météo voient aussi des chances accrues d’un été 2026 plus chaud que la normale en Europe. Seule certitude pour l'heure, l’été fera une entrée remarquée dès ce samedi.
Un anticyclone centré au-dessus de la mer du Nord assurera un temps ensoleillé jusqu’au milieu de la semaine prochaine, et probablement au-delà. Quelques cumulus se formeront toutefois dans la journée au-dessus des montagnes. Les températures grimperont entre 27°C et 31°C pendant la Pentecôte, selon les régions.
Une vaste zone de hautes pressions s’étendra des Açores jusqu’à l’Europe de l’Est. «Dans cet anticyclone, l’air est comprimé à grande échelle et se réchauffe, un peu comme dans une chambre à air de vélo», explique Elia Zubler de MétéoSuisse. Comme une légère bise souffle en parallèle, l’air reste relativement sec et agréable. Les nuits continuent pour l’instant à bien se rafraîchir.
Le retour des fortes températures s’explique aussi par la position du soleil et la durée des journées. Fin mai, le soleil est déjà très haut et plus de 15 heures s’écoulent entre le lever et le coucher du soleil. Selon Elia Zubler, cet anticyclone est stable et pourrait durer plus longtemps que jusqu’au milieu de la semaine.
Un été plus chaud que la moyenne?
Plusieurs prévisions saisonnières annoncent un été plus chaud que la normale. C’est surtout le modèle météorologique européen ECMWF qui va dans ce sens. Pour la période allant de juin à août, ce modèle prévoit surtout de fortes chaleurs sur le sud-est de l’Europe. Mais selon lui, l’Allemagne et la Suisse devraient elles aussi connaître un été plus chaud qu’à l’accoutumée.
Le modèle américain NOAA CFSv2 arrive aux mêmes conclusions. La climatologue Sonia Seneviratne, de l’EPF de Zurich, estime également qu’un été très chaud est possible:
Quelle fiabilité?
On entend pourtant souvent les météorologues dire qu’une prévision au-delà de cinq jours n’est pas vraiment fiable. Dès lors, on peut se demander dans quelle mesure les prévisions actuelles de fortes chaleurs pour l’Europe et la Suisse sont scientifiques. Elia Zubler explique:
Elles portent sur des tendances météorologiques moyennes et non sur des événements précis. C’est là la différence avec les prévisions météo des prochains jours, qui annoncent par exemple concrètement des vagues de chaleur.
Les prévisions restent incertaines
Pour établir ces prévisions à long terme, les météorologues analysent une multitude de simulations afin d’estimer la probabilité d’obtenir des valeurs plus basses, similaires ou plus élevées que la moyenne observée sur plusieurs décennies. Il s’agit généralement de moyennes calculées sur trois mois. Elia Zubler souligne:
Malgré les progrès importants réalisés ces dernières années, la qualité des prévisions saisonnières pour l’Europe centrale – et donc pour la Suisse – reste limitée. Il est donc encore trop tôt pour affirmer qu’une «canicule infernale» nous attend réellement.
El Niño bat des records
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le phénomène El Niño pourrait toutefois se développer dès le milieu de cette année et avoir des conséquences sensibles sur les températures et les précipitations dans le monde entier.
D’après le service climatique européen Copernicus, l’année 2025 a déjà été la troisième plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale. En Antarctique, la température annuelle la plus élevée de l’histoire a été mesurée. El Niño pourrait encore augmenter la température moyenne mondiale cette année et l’année prochaine.
Selon des météorologues américains et irlandais, les effets du phénomène climatique devraient même être encore plus marqués en 2027, car l’atmosphère terrestre met du temps à réagir à El Niño.
Tous les deux à sept ans
El Niño est un phénomène climatique mondial qui survient régulièrement, environ tous les deux à sept ans. Elia Zubler détaille:
Une grande partie de cette chaleur océanique est ensuite transférée dans l’atmosphère. Comme El Niño peut s’étendre sur une très vaste zone et durer plusieurs mois, il influence la température moyenne mondiale.
Une superposition d'éléments
En règle générale, cette température moyenne globale est plus élevée durant les années marquées par un fort El Niño que durant les années où les températures de surface du Pacifique sont plus basses. On parle alors du phénomène inverse: La Niña. Elia Zubler avertit:
Les premiers signes montrent déjà une hausse des températures à la surface de l’océan dans le Pacifique équatorial. La météorologue indique:
Un constat partagé par la climatologue Sonia Seneviratne. La revue scientifique Nature estime à 82% la probabilité qu’El Niño se produise. Elia Zubler tempère:
Un super El Niño pourrait même survenir
Les spécialistes évoquent même la possibilité d’un super El Niño. Ce terme désigne des épisodes El Niño particulièrement intenses, beaucoup plus rares que les épisodes faibles. La prévisionniste de MétéoSuisse explique:
Un épisode est considéré comme fort lorsque la température de l’eau au large des côtes péruviennes augmente de 3°C à 5°C et de très fort au-delà de 5°C. Sur les 450 dernières années, les épisodes forts ou très forts sont revenus en moyenne tous les dix ans, avec des intervalles variant de quatre à vingt ans. Les derniers épisodes très puissants ont eu lieu en 1997-1998 et en 2015.
Ce super El Niño toucherait donc relativement peu l’Europe, mais davantage d’autres régions du monde. Il augmenterait fortement le risque de chaleur extrême et de sécheresse en Australie, au Canada, aux Etats-Unis et dans la forêt amazonienne. (btr/az)
Les températures étaient donc plus basses que d’habitude, sans pour autant être exceptionnelles, puisque le mois de mai reste un mois de printemps. Des gelées au sol ont même été observées – un phénomène peu fréquent à cette période de l’année sur le Plateau, mais qui se produit malgré tout régulièrement.
