Il manquait l’essentiel depuis la tragédie
Dans la classe de ma fille, le drame de Crans-Montana a été évoqué. Comme dans beaucoup d’autres écoles romandes. Le prof n’a pas su contenir une maladresse. Comme on engueulerait son môme au lieu d’exprimer une émotion, il a pointé la propension des ados à dégainer le téléphone jusque dans la mort. Comme beaucoup l’ont fait sur les réseaux sociaux.
On sait pourtant que l’adulte n’a pas attendu Apple pour freiner en passant devant un accident sur l’autoroute.
Des conneries, on en a déjà entendu des tonnes depuis huit jours. Et on en entendra davantage encore, quand l’heure ne sera plus au recueillement collectif, à la douleur sourde.
Heureusement, beaucoup ont eu la plume juste.
Ce fut notamment le cas d’Antoine Jaquier, un écrivain romand qui a l’avantage d’en connaître un rayon sur cette douce saloperie qu’est l’adolescence. Dans un texte sèchement baptisé «des adultes ont tué des enfants», il a écrit ce qu’on n’a pas lu ailleurs.
Les patrons du Constellation prétendent que «tout a été fait dans les normes». Toutes penaudes, les autorités communales ont bégayé de vagues procédures immaîtrisées, comme s’ils n’étaient que des chenapans pris les phalanges dans un pot de Nutella. «Les adultes ont confondu la vérité et l'intérêt» chantait Pierre Perret.
Antoine Jaquier a raison et nous n’avons pas besoin d’attendre les conclusions de l’enquête pour nous en convaincre. Si des jeunes sont morts à Crans-Montana, c’est aussi (d’abord?) parce que, de part et d’autre, des adultes ont fait ce qu’ils font finalement le mieux: «Chercher à maximiser les bénéfices et à réduire les coûts à l’extrême».
De tout temps, les règles sont là pour être édictées et respectées par les adultes. De tout temps, les règles sont là pour être transgressées par les enfants. Ainsi va la vie. Quand on a encore la chance d’en avoir une.
Jusqu’au cœur de ce vendredi 9 janvier, journée de deuil national, il a manqué quelque chose de pourtant fondamental, entre la formidable solidarité, les condoléances et les promesses politiques.
Des excuses.
Franches.
Fermes.
Inconditionnelles.
Totales.
Formulées par tous les adultes. Adressées à tous les jeunes. Car ce sont des décisions, des actes et des négligences de darons qui ont tué nos ados, dans cette cruelle prison de flammes. Il a fallu attendre les mots adroits de l’impeccable président du gouvernement valaisan, dans son discours en hommages aux victimes, pour y avoir droit.
Un gamin n’est pas tenancier de bistro, président de commune, pompier, avocat, procureur, médecin, prof, journaliste. Il le deviendra un jour. S’il ne finit pas écoeuré par les errances des grandes personnes.
C’est à nous, vieux cons, de (re)prendre nos responsabilités. Celles qu’il a manqué à certains, dans cette affaire.
La jeunesse nous regarde. Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que, un jour peut-être, nous puissions espérer le pardon d’une génération meurtrie à jamais dans sa chair. Soyons à la hauteur. Soyons adultes.
